Le temps, matière de l’image ?, de Claude Carrez

grand prix Allen 2008
Pour cet album, Claude Carrez a reçu le grand prix Allen 2008, lors de la XXIIIe Rencontre des arts et lettres en Bourbonnais, une manifestation culturelle dans l’Allier, fondée en 1985. Découvrez ce passionné d’images, à la fois collectionneur, formateur et animateur, qui nous offre de multiples points de vue sur l’image et dans leur histoire immense.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : PAG521
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Date de mise en ligne : 22 décembre 2008

Vous vous souvenez de ce tableau de Magritte qui représente une belle pipe, et sous laquelle Magritte a écrit « Ceci n’est pas une pipe ». Ce tableau, en vérité, ne s’intitule pas La pipe mais La trahison des images, et date de 1929.
L’intention de Magritte était de montrer que, même peinte de la manière la plus réaliste qui soit, la pipe d’un tableau n’est pas une pipe ; c’est une image de pipe. On ne peut ni la bourrer, ni la fumer. Magritte démontre ainsi que la réalité n’est pas dans l’apparence, qu’il existe une sur-réalité, que l’image peut, selon les cas, reproduire ou trahir la réalité, et, pour le moins, qu’il faut se garder de juger trop vite pour définir les choses…

Il en va de même pour le livre de Claude Carrez : à première vue, c’est un livre normal, avec un titre, Le temps, matière de l’image ? (notez le point d’interrogation), un sous-titre un peu énigmatique « traces, impressions et prolongements », un auteur, Claude Carrez, et un éditeur, Maurice Glaymann (« ce diable d’homme » paraît-il), des éditions Aléas, à Lyon. On y distingue même une illustration de couverture qui représente un homme, laissant couler dans sa main le contenu d’un sablier, pour symboliser bien sûr le temps qui passe.

Mais ceci n’est pas un livre !

Claude Carrez, franc-tireur s’il en est, a réussi un tour de force : proposer un objet qui ressemble à un livre, mais qui est, comme il le présente lui-même, « un peu spécial dans son contenu et dans sa forme », c’est le moins que l’on puisse dire !

Ce livre peut donc être, à votre choix :
- un coffre à images, comme on trouve au grenier un coffre secret, quasi oublié, renfermant toutes sortes d’objets hétéroclites, qui réveillent la mémoire et les souvenirs.

- un beau réservoir à souvenirs, tant il évoque des amitiés pour des amis partis mais jamais oubliés, toujours présents dans la mémoire. Des souvenirs qui dorment dans les albums de photos, les boîtes à biscuits ou à chaussures remplies de clichés jaunis.

- Ou encore une sorte de rétroprojecteur. Mais un rétroprojecteur à deux visages, tel Janus, tourné à la fois vers hier et vers demain. Car s’il évoque le patrimoine du passé, en termes d’images, il se veut aussi attentif aux sillons tracés pour l’avenir.

Bref, Claude Carrez ne s’est pas contenté de rédiger un simple livre, et surtout pas un livre de souvenirs d’anciens combattants. Mais bien un kaléidoscope, offrant une multitude de points de vue sur l’image ; 655 pages et un nombre incalculable d’illustrations.

Les amis de l’image

Tout est parti d’un jubilé. D’un colloque qui s’est tenu à Lyon en 2004, pour célébrer les cinquante ans de l’association « Gens d’images », fondée en 1954 par Albert Plécy et quelques amis, tous amoureux de l’image.

Claude Carrez rend d’abord un hommage d’amitié et de reconnaissance aux pionniers de l’image, aux maîtres (Jean Dieuzaide, Roger Pic, Guy Knoché, Bernard Planque, Agnès Varda, Chris Marker et bien d’autres), à ceux qui, dit-il, l’ont « inspiré », au sens de respiration, aidé à vivre, comme des battements de cœur. Son livre est empli de la chaleur de l’amitié.

Mais les gens d’images ne sont pas faits pour se voiler la face et fermer les yeux sur la réalité, bien au contraire. Et c’est pourquoi l’on trouve, reproduites dans cet ouvrage, bien des images noires de ce XXe siècle achevé, des images de nuit et de brouillard, de guerres, de déportations, de famines, de misères. Mais aussi, côtoyant ces images-là, d’autres qui émerveillent nos yeux, nous amusent, nous émeuvent, nous font goûter le bon vieux temps et apprécier celui qui vient.

Voilà le tour de force réussi par Claude Carrez : nous plonger, en un seul livre, dans l’immense histoire des images.
Mais de quelles images, direz-vous ? De toutes les images. Aussi bien celles de la photographie, de la peinture, de l’architecture, du livre, de la gravure, de l’imprimerie, du cinéma, de la télévision, de la publicité, des cartes postales, de la bande dessinée… On pourrait allonger la liste à l’infini tant les images nous entourent, quelquefois nous envahissent, nous réjouissent ou nous agressent, tant elles font partie de notre environnement quotidien.

Un homme de l’image : Claude Carrez

Claude Carrez est lui-même un homme de l’audiovisuel, c’est-à-dire à la fois du son et de l’image. Avant tout, il est enseignant, c’est-à-dire un transmetteur, un passeur, un formateur : du primaire à l’université, il a, tout au long de sa carrière, accompagné des jeunes gens, futurs ingénieurs ou avocats, dans l’approche du monde de l’image, de la communication. Il enseigne à la faculté des sciences de l’Éducation, au sein de l’université catholique de Lyon.

Mais il est aussi journaliste, producteur d’émissions culturelles ayant trait à l’image, notamment sur le réseau des radios chrétiennes francophones (RCF), dont Radio Fourvière à Lyon. Dans son émission « Médiagora », il s’entretient avec des gens d’images, photographes, reporters, artistes, cinéastes, et cela depuis plus de 25 ans !
Claude Carrez est membre du comité directeur de l’association « Gens d’images », qui décerne chaque année les prix Niépce et Nadar de la photographie, ainsi que le prix Arcimboldo des « nouvelles » images. Et, depuis peu, il dirige, aux éditions Aléas, une collection justement intitulée « Le Temps des passeurs ». Le premier ouvrage présente Charles-Henri Favrod, fondateur du musée de la photographie à Lausanne ; le deuxième, le photographe Claude Dityvon, et l’on attend le troisième.

Claude Carrez deviendra-t-il un jour « sage comme une image » ? Cette expression signifie-t-elle que la sagesse nous viendrait de la juste observation des images ? Ou de la juste place qu’il nous faut dans notre vie accorder aux images, les apprécier sans se départir de notre sens critique ? Cet ouvrage ne peut que nous aider à y parvenir.

À noter :

La cérémonie des prix Allen 2008 a également couronné, pour leur travail en faveur de la langue française, Marthe Etchebarne-Attieh et Claire Baraghid, toutes deux demeurant au Liban, où elles s’occupent d’édition de livres scolaires. L’un de ces ouvrages, À la croisée des textes, co-publié par la Librairie Antoine et Edicef, a repris, parmi les textes proposés aux élèves, l’éditorial de la journaliste Geneviève Guicheney, correspondant de l’Institut, qui a fait l’objet de notre émission Vivre autrement.

Les livres de Claude Carrez

Affranchi des phénomènes de mode et libéré du système de la commande et de ses contraintes économiques comme esthétiques, Claude Dityvon se définit plus aujourd’hui comme un créateur, un artiste, un passeur de sens que comme un simple photo-journaliste.

Mick Micheyl est née à Lyon pendant les années folles. Elle fait des études poussées, couronnées de grands prix à l’école des Beaux-Arts de Lyon.

Journaliste avant tout, Charles-Henri Favrod a parcouru le monde. Editeur et écrivain, conteur passionné, homme de rencontres, il s’est engagé dans des causes délicates, en Algérie et Indochine.






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