Léonard Gianadda : une fondation d’art en souvenir de son frère Pierre

Rencontre avec le créateur à la Fondation Pierre Gianadda à Martigny, en Suisse
Pour célébrer son 30e anniversaire, la Fondation Pierre Gianadda a choisi une rétrospective de l’œuvre de Balthus pour commémorer – et c’est l’unique exposition de cet anniversaire dans le monde - le centenaire de cet artiste singulier. Un évènement. Canal Académie a saisi cette double occasion de faire le déplacement à Martigny dans le Valais suisse pour s’entretenir avec le fondateur de ce « temple » de l’art.


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Émission proposée par : Krista Leuck
Référence : carr400
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Date de mise en ligne : 2 novembre 2008
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Fondation Léonard Gianadda à Martigny en Suisse
Fondation Léonard Gianadda à Martigny en Suisse
© Krista Leuck

Accédez à la vidéo en bas de page : La fondation Pierre Gianadda fête ses 30 ans (1978-2008)

Affiche anniversaire des trente ans de la fondation Gianadda
Affiche anniversaire des trente ans de la fondation Gianadda
© Krista Leuck

Temple de l’art n’est pas une figure de style. La Fondation Pierre Gianadda est construite en réalité autour des vestiges du plus ancien temple gallo-romain de Suisse – mis au jour en 1976. Léonard Gianadda nous conte son extraordinaire histoire de la découverte de ces trésors archéologiques alors qu’il envisageait de construire un immeuble locatif sur une parcelle de terrain dont il était propriétaire. Après le tragique accident d’avion de son frère cadet Pierre, dont il était très proche, Léonard décide de créer une fondation qui perpétuera son souvenir. Il érige autour du temple antique un centre culturel qui portera le nom de son frère… L’inauguration a eu lieu le 19 novembre 1978, jour où Pierre aurait fêté son quarantième anniversaire.

Léonard Gianadda dans la cour de l’Institut de France, 4 juin 2003
Léonard Gianadda dans la cour de l’Institut de France, 4 juin 2003
© André Morin

Martigny-la-Romaine

« A l’époque romaine déjà, Martigny était connue comme centre de commerce important. Décrite par Jules César comme le lieu d’une défaite de ses troupes en 57 av. J.C., la ville fut forum impérial sous l’empire de Claude et devint par la suite capitale des Alpes Pénines sous le nom de Claudii Vallensium. Ses vestiges gallo-romains, mis à jour par de nombreuses fouilles archéologiques, vous invitent à voyager dans le temps et à découvrir le Temple gallo-romain, l’Amphithéâtre romain, le Domus du Génie domestique, le Temenos et le Mithraeum, seul sanctuaire de Mithra ouvert au public en Suisse. » Extrait de la brochure Martigny la Romaine.

Amphithéâtre romain IIe-IVe siècle ap. J.-C.) à Martigny
Amphithéâtre romain IIe-IVe siècle ap. J.-C.) à Martigny

La Fondation Pierre Gianadda

Le cœur de la Fondation Pierre Gianadda est le musée d’art créé en 1978. Trente ans d’activités au service de l’art et des artistes.

Musée de la Fondation Gianadda
Musée de la Fondation Gianadda
© Fondation Gianadda

Cette fondation s’est étendue à d’autres sites :

- le musée archéologique galllo-romain présentant dans une nouvelle muséographie les principales découvertes archéologiques faites à Martigny.
- une salle de concert où se produisent les orchestres et solistes les plus prestigieux du monde de la musique – Cécilia Bartoli, la « Diva de Gianadda » pour ne citer qu’elle – est une fidèle de la Fondation depuis des années.

Salle de concert de la fondation Gianadda
Salle de concert de la fondation Gianadda
© Fondation Gianadda

- un musée de l’automobile abritant une collection exceptionnelle de voitures anciennes de fabrication suisse avec des modèles uniques au monde.

- le parc de sculptures dans les jardins de la Fondation ouvrant le regard sur les cimes enneigées et les œuvres des plus grands sculpteurs modernes, de Rodin à César…

Parc de la fondation Gianadda
Parc de la fondation Gianadda
© Fondation Gianadda
Sculpture de Nicky de St. Phalle dans le parc de la fondation
Sculpture de Nicky de St. Phalle dans le parc de la fondation
© Krista Leuck

Léonard Gianadda a également créé une « promenade archéologique » à travers la ville de Martigny en dégageant et en exposant aux visiteurs les multiples vestiges gallo-romains : l’amphithéâtre, la borne milliaire, une cathédrale paléo-chrétienne, Domus Minerva (une grande maison de maître), le Mithraeum (seul sanctuaire de Mithra) et dans les jardins de la Fondation, les vestiges de thermes – frigidarium et caldarium -appartenant à un vaste enclos sacré antique.

Vestiges gallo-romain conservés à la fondation
Vestiges gallo-romain conservés à la fondation
© Fondation Gianadda

Par quelle porte l’art est-il entré dans la vie de Léonard Gianadda ? Cet entretien permettra aux auditeurs de Canal Académie de suivre ce parcours hors du commun.

L’histoire d’une réussite spectaculaire

La vie de Léonard Gianadda s’apparente à une saga. L’ingénieur de formation, sur les traces de ses ancêtres italiens, suit son destin d’après un « fil invisible » (Jean Clair, de l’Académie française). Constructeur de maisons et de bâtiments, il est devenu bâtisseur d’espaces d’art (lire Léonard Gianadda, un Bâtisseur converti à l’art, Editions Demoures, TSR). Choc décisif : à l’âge de quinze ans, un voyage en Italie avec sa mère et ses frères lui révèle toutes les richesses de l’art italien. À Florence il découvre la Renaissance. À Rome ce sera Michel-Ange et la Chapelle Sixtine, Pompéi, autant de merveilles qui décideront de son cheminement.
Dans la préface à cette biographie déjà mentionnée, Jean Clair évoque le « domaine de l’intuition, de l’occulte, entre ses origines italiennes, la condition de l’émigré, l’ambition, le courage, la ténacité et puis, au bout, l’éclatante réussite ».

Un parcours de la sculpture du XXe siècle

Les œuvres des plus grands noms de la sculpture moderne sont réunies dans ce parc des sculptures, dans ce paysage d’exception qui entoure le bâtiment de la Fondation Pierre Gianadda sous le regard du Grand St. Bernard et du St. Gotthard avec, au loin, le sommet du Mont Blanc. Savamment disposés entre des arbres centenaires et plans d’eau, il y a là des Rodin, Laurens, Moore, Max Ernst, Miro, Chagall, Pol Bury, Nicky de St. Phalle, Arman… pour ne citer qu’eux.

Sculpture de Pol Bury dans le parc de la fondation Gianadda
Sculpture de Pol Bury dans le parc de la fondation Gianadda
© Krista Leuck

Léonard Gianadda nous raconte avec simplicité comment il a réussi cet exploit d’acquérir et de rassembler tous ces artistes de renom international.

La Suisse, terre de l’imaginaire

Au-delà des stéréotypes — les montres, le chocolat —, il existe une Suisse secrète et qui a profondément fécondé l’imaginaire européen, un passage obligé de la culture européenne, depuis les aristocrates jusqu’aux rêveurs de haute montagne en passant par quelques penseurs, écrivains ou artistes les plus renommés, une Suisse qui attire les pèlerins de l’étrange.
Évoquons ne serait-ce que J.-J. Rousseau, Dürrenmatt, les romantiques Füssli, Böcklin, Giacometti, tous étaient Suisses. Il faudrait aussi mentionner ceux qui ont subi la force d’attraction de ce pays et qui s’y sont installés ou réfugiés, tels Byron, les grands polonais Mickiewizc et Slowacky, les russes Dostoïevski, Turgeniev, Rilke, Pierre Jean Jouve, et toute une pléiade de peintres, bien sûr, Paul Klee, et Balthazar Klossowski – Balthus…

Balthus photographié par Henri Cartier-Bresson
Balthus photographié par Henri Cartier-Bresson
© Henri Cartier-Bresson

Un pays petit par la taille mais à égale distance de l’Allemagne, de l’Italie, de l’Autriche et de la France, à la frontière des cultures de l’olivier et du blé. D’où vient ce magnétisme qui en a fait un pôle d’attraction pour de grands esprits ? Est-ce un hasard que le plus influent des chercheurs dans le domaine de l’imaginaire soit Carl Gustav Jung ? Pour Léonard Gianadda ce pays représente essentiellement une terre d’accueil, la sienne et celle de ses ancêtres.

La plus belle récompense

Léonard Gianadda a été honoré de multiples décorations, il est membre associé étranger de l’Académie des beaux-arts, membre d’une longue liste de conseils d’administration de musées, de fondations réputées. Comment peut-il faire face à tant de responsabilités tout en se ménageant le temps de vivre, vivre l’art, vivre la famille, vivre les amis ?
Il nous le confie : il lui arrive parfois de songer à la retraite, mais toujours son tempérament de créateur prend le dessus. Sa plus grande joie fut d’être nommé dans la commission d’acquisitions du musée Rodin et du musée d’Orsay. Il l’a vécu comme un témoignage suprême de reconnaissance.

La Fondation ne touche pas une élite. Elle connaît un grand succès que l’on peut dire populaire avec un nombre impressionnant de visiteurs (plus de 7 millions jusqu’en 2008) venus non seulement de la Suisse mais de tous les pays… Cette ouverture, ce rayonnement d’un lieu culturel offert à tous, tel est l’un des souhaits les plus chers de Léonard Gianadda.

Pierre Gianadda, petit frère de Léonard à Martigny, 1957
Pierre Gianadda, petit frère de Léonard à Martigny, 1957
© Fondation Gianadda

Pour en savoir plus :

Léonard Gianadda, Académie des beaux-arts
La Fondation Pierre Gianadda
Office de tourisme de Martigny

Ecoutez aussi nos émissions consacrées à Balthus : Rétrospective de l’œuvre de Balthus à la Fondation Pierre Gianadda à Martigny

Catalogue de l’exposition de photographies Léonard Gianadda d’une image à l’autre. Elle retrace la carrière de Léonard Gianadda et les activités de la Fondation Pierre Gianadda. Elle révèle aussi l’œuvre photographique inédite que le jeune photo-reporter Léonard a réalisée lors de ses multiples voyages dans le monde entier. Conception et réalisation : Jean-Henry Papilloud, avec la collaboration de Marie-Antoinette Gorret.


La Fondation Pierre Gianadda fête ses 30 ans (1978-2008)

DVD, édité par la Médiathèque Valais, Martigny.
Montage et réalisation : Antoine Cretton. Images : Archives audiovisuelles de la Fondation Pierre Gianadda.
Mixage du son : Stanley Maumary.
© CIN E2000/Fondation Pierre Gianadda 2008.





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