27 novembre 1095, l’appel de Clermont : Urbain II lance la croisade

avec Jacques Heers reçu par Christophe Dickès
Jacques Heers, directeur du département d’études médiévales de la Sorbonne et auteur de ’’La première Croisade’’ nous raconte les circonstances et le déroulement de la Première Croisade dans les toutes dernières années du XIe siècle.


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Émission proposée par : Christophe Dickès
Référence : HIST010
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Date de mise en ligne : 1er janvier 2005

Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II lançait son fameux appel à la Croisade lors du Concile de Clermont.
Evènement majeur pour la chrétienté occidentale et orientale, il s’inscrit dans un contexte et une continuité méconnus que l’historien Jacques Heers dévoile pour nous.

  • 18 novembre 1095 : LA PREMIERE CROISADE

    Le 15 août 1095, en la ville du Puy en Velay, le pape Urbain II annonce solennellement sa décision de convoquer en un prochain concile tous les évêques d’Europe, les abbés et les supérieurs des monastères, les rois, les princes et les seigneurs de la chrétienté. Il fixe le lieu : Clermont, en Auvergne, et la date : le dimanche après la Saint-Martin, soit cette année-là, le 18 novembre. La nouvelle fait grand bruit. C’est que ce pape, sur le trône de Saint-Pierre depuis 7 ans, jouit d’une réputation telle que nul ne s’aviserait de prendre cette convocation à la légère ! Il est nécessaire de saisir cette personnalité hors du commun pour mieux comprendre le retentissement de son appel et le succès de son "prêche pour la croisade" qui fut, sans aucun doute, l’un des événements du Moyen Age les plus lourds de conséquences dans tous les domaines.

  • L’appel des chrétiens d’Orient

    Urbain II était parfaitement informé de la situation précaire dans laquelle se trouvait l’empereur de Constantinople, Alexis Comnène, menacé par les Turcs. Il avait entendu l’appel au secours des chrétiens d’Orient et y avait été très sensible. Lorsqu’il veut lancer chevaliers et princes chrétiens vers la Terre Sainte, son discours rencontre un public déjà en majorité averti. L’idée d’une croisade n’est pas née du jour au lendemain. Elle était dans l’air. Cependant, elle n’avait encore jamais été officiellement lancée. Grégoire VII, vingt ans auparavant, avait déjà donné l’alerte sur la situation mais ses propos n’avaient guère atteint qu’un auditoire restreint. La grande nouveauté du Concile de Clermont n’est pas tant dans les mots que dans l’importance en nombre et en qualité des auditeurs.

  • La convocation du Concile

    L’année 1095 marque le tournant décisif. En mars, Urbain II convoque d’abord un important concile à Plaisance réunissant tous les évêques d’Italie, de France et d’Allemagne, plus 4000 clercs et près de 30.000 laïcs, les séances étant publiques. Il fait à nouveau condamner les simoniaques et l’anti-pape (lequel ne restait pas inactif, loin de là, puisqu’il réussit à soulever les Lombards contre Urbain, à envahir Saint-Pierre de Rome, et à convoquer un concile illégitime). Mais il accorde un "délai de grâce" au roi de France pour qu’il règle sa situation conjugale. Urbain II se pose donc en véritable chef de la chrétienté, chargé, à l’extérieur, de la « libération » de celle-ci, et à l’intérieur, de la restauration de l’ordre.
    Durant le printemps, il admoneste les cités italiennes, Crémone, Milan, Come, Asti, pour éviter qu’elles ne prennent parti pour l’empereur germanique. Puis il décide de gagner la France où il sait trouver large audience.
    C’est ainsi qu’en août 1095, il lance la convocation du Concile de Clermont. En attendant que les préparatifs s’organisent, il entreprend une intense série de visites, parcourant le Dauphiné, le Gévaudan, le Rouergue, la Provence. On le voit à La Chaise-Dieu, Valence, Saint-Gilles (où il rencontre le comte Raymond), Tarascon, Avignon, Lyon, Vienne puis, après s’être arrêté dans toutes les abbayes clunisiennes sur son trajet, il se rend à Cluny même dont la vaste église abbatiale n’est pas encore tout à fait terminée et il préside à la translation des reliques de saint Mayeul à Souvigny.
    Enfin, le 18 novembre, comme prévu, il ouvre le Concile à Clermont. Sont présents, dans cette modeste cité arverne, 13 archevêques, une centaine d’évêques (il manquait plusieurs évêques allemands favorables à l’anti-pape), une multitude d’abbés, de princes, de chevaliers, sans compter une foule évaluée à plus de 100.000 personnes. Il gèle à pierre fendre. L’évêque de Clermont, Durand, un clunisien, épuisé par les nécessités de l’organisation, meurt. Deux autres décèdent après lui : l’assemblée réunie commence donc par célébrer des funérailles.

  • Les thèmes du discours de Clermont


    Ce n’est qu’à la dixième séance qu’il prêche la Croisade. Il évoque, avec grande émotion, les souffrances subies par les chrétiens d’Orient et le Saint-Sépulcre de Jérusalem, profané, aux mains des Infidèles. Ce sont, pour les auditeurs de l’époque, des thèmes mobilisateurs. Il s’adresse aux chevaliers et aux gens d’Eglise : Soldats de Dieu, tirez le glaive et frappez vaillamment les ennemis de Jérusalem. Dieu le veut. Ce dernier cri sera repris sur place par tous les présents et, plus tard, par les croisés à l’assaut des murailles de Jérusalem.

  • Un retentissement considérable


    Le discours d’Urbain II suscite immédiatement des décisions : l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil, celui-là même qui l’avait accueilli en août, est le premier à annoncer son départ pour Jérusalem. Puis ceux de Toulouse, dont Raymond de Saint-Gilles, qui avec ses hommes, avaient déjà combattu les Maures en Espagne. Et les Normands, Robert Courteheuse (fils de Guillaume le Conquérant), Bohémond de Tarente et Tancrède. Les Flamands, les Rhénans et les Lorrains. Ils sont tellement nombreux à vouloir s’engager que le pape fait distribuer des morceaux d’étoffe cousus en croix pour distinguer les partants des autres. Il demande que soit désigné un chef spirituel : ce sera Adhémar de Monteil. Mais qui serait le chef militaire ? Le roi de France et l’empereur d’Allemagne sont excommuniés… et celui d’Angleterre, Guillaume le Roux, au bord du schisme ! Les évêques se tournèrent alors vers l’Est, indiquant Ladislas de Hongrie et son neveu Conrad de Bohême. Ce choix généra dans leurs pays respectifs de graves querelles.
    "La croisade, résume René Grousset, se propagea avec une rapidité inouïe parce que ce fut une idée passionnelle, suscitant une mystique collective".
    Urbain II à Clermont donnait à la chrétienté un idéal fédérateur, capable de mobiliser des foules. L’année 1095 fut donc celle d’un formidable élan spirituel.
    Un immense enthousiasme se fit jour, mais essentiellement parmi le clergé et le peuple, et si quelques chroniqueurs affirment que l’on vit aussitôt accourir, de toutes les parties du monde, des comtes, des prélats, des gens du peuple, "et des rois en dernier lieu…", ceux qui répondirent à l’appel le firent avec zèle et ardeur. Néanmoins, on ne peut manquer de remarquer que plusieurs grands personnages ne semblent guère pressés de partir. Henri IV d’Allemagne, malgré les tentatives de réconciliation lancées par le pape Urbain, se dit toujours son ennemi, et les barons germaniques restent à l’écart. Les princes des grandes villes de Lombardie et de Vénitie, se comptent en petit nombre. Et le roi de France, Philippe, comme on l’a vu, se montre récalcitrant à faire amende honorable. "Au total, constate Jacques Heers, cette croisade n’a pas, et de loin, mobilisé tous les chrétiens d’Occident. Les Espagnols se trouvaient engagés dans leur combat contre l’Islam et les Italiens, du nord et du centre de la péninsule, englués dans leurs guerres civiles".






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