Faire la queue

Une allusion historique, par Jean-Claude Bologne
Depuis au moins le XVIIe siècle, on « prenait la queue » lorsqu’on se plaçait derrière les autres au bout d’une file. Mais pourquoi la file tout entière est-elle devenue une queue ? Explications historiques de Jean-Claude Bologne qui fait référence à Robespierre, Stendhal, et bien sûr à l’Académie !


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher
Émission proposée par : Jean-Claude Bologne
Référence : HIST505
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist505.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida3488-Faire-la-queue.html
Date de mise en ligne : 27 octobre 2008

S’il faut en croire Reinhard, lexicographe de la Révolution en 1796, l’expression se répand en 1794 par allusion aux dernières paroles de Robespierre. Au bourreau qui allait le guillotiner, celui-ci aurait prophétisé : « On me coupe la tête, mais on ne me coupera pas aussi facilement la queue. » Entendez, celle de sa perruque, à laquelle il n’avait pas renoncé. Cette queue désignait métaphoriquement son parti, qui allait venger sa mort. Depuis, selon Reinhard, les rassemblements aux portes des boulangers, qui font file, sont appelés des queues, car on craignait qu’ils soient fomentés par « les débris de la Jacobinière, ou autrement la queue de Robespierre », pour susciter des émeutes. Les historiens désignent par cette expression les cent cinq robespierristes guillotinés entre le 10 et le 18 thermidor.

Quoi qu’il en soit, la « queue » est un parisianisme qui étonne Stendhal, lors de son séjour en 1803 : « Il se forme ici, à la porte des spectacles, les jours qu’ils sont intéressants, une queue, c’est-à-dire une longue file d’amateurs qui prennent leur billet chacun à son tour », écrit-il à sa sœur Pauline, restée à Grenoble. Sans doute l’expression a-t-elle été popularisée par la Révolution, mais malheureusement pour la légende, elle est attestée dans le Moniteur universel avant l’exécution de l’Incorruptible : Dès le 25 mai 1794 (Robespierre est mort le 28 juillet), on dénonce les marchands « comme étant les principaux moteurs des rassemblements qui ont lieu journellement, et connus sous le nom de queues ». La légende a toujours raison : le XIXe siècle connaît sous le nom de « queue de Robespierre » les fanatiques attardés d’un parti moribond.

Aujourd’hui encore, la « queue d’un parti » désigne les derniers partisans d’un grand homme oublié, ou les derniers disciples d’une doctrine désuète.

Quant à l’Académie, elle a accueilli en 1898 l’expression « faire la queue », avec l’exemple désormais classique de la boulangerie : On dit figurément, Aller à la queue, faire la queue, se tenir à la queue, pour Se disposer et se tenir en file. Il y avoit une queue à toutes les portes de boulangers. On attendoit des nuits entières à la queue.

En savoir plus :

Jean-Claude Bologne est historien, essayiste et romancier.

Retrouvez les autres émissions "Les allusions historiques"
- Sur l’air des lampions
- L’oeuf de Christophe Colomb
- Une victoire à la Pyrrhus
- France, ton café fout le camp !
- Être sur un lit de roses
- Ça tombe comme à Gravelotte
- Du bois dont on fait les flûtes
- L’invincible Armada
- Aller à Canossa
- Il ne manque pas un bouton de guêtre
- Se retirer sur l’Aventin
- Aller au diable vauvert

et notre émission sur un autre ouvrage du même auteur La conquête amoureuse a une histoire !

Jean-Claude Bologne, Qui m’aime me suive, dictionnaire commenté des allusions historiques, éditions Larousse, 2007






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires