Les carnets de Hans et Sophie Scholl - 2

Présentés par Pierre-Emmanuel Dauzat et lus par Laurent Charpentier et Sarajeanne Drillaud
Hans et Sophie Scholl sont le symbole de la Résistance allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’ici, leurs lettres et carnets n’avaient jamais été publiés. Ecoutez la lecture bouleversante de quelques extraits de ces lettres, témoignage d’un passé meurtri de blessures.


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Date de mise en ligne : 16 novembre 2008


Canal Académie a enregistré la soirée exceptionnelle de lecture organisée par les éditions Tallandier, de lettres choisies de Hans et Sophie Scholl. Cette émission vous propose une version abrégée, ne reprenant la lecture que de quelques lettres. Mais vous pouvez aussi écouter la version intégrale de cette soirée.

Membres fondateurs du groupe « La Rose blanche » avec Alexander Schmorell, Hans et Sophie Scholl sont le symbole de la Résistance allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Malgré un passage aux Jeunesses hitlériennes, le frère et la soeur prennent très tôt leur distance avec le régime nazi.

Écoutez dans un premier temps l’interview de Pierre-Emmanuel Dauzat qui a traduit, présenté et annoté de l’allemand les lettres et les carnets paru dans le livre Hans et Sophie Scholl, lettres et carnets, aux éditions Tallandier. Dans un second temps, découvrez quelques extraits de ces carnets lus par deux jeunes comédiens du Jeune théâtre national : Sarajeanne Drillaud et Laurent Charpentier.

Ces lettres permettent de découvrir une jeunesse allemande grandie sous le nazisme, que ni la guerre ni la propagande n’ont réussi à modeler. Elles présentent un itinéraire spirituel et intime ainsi que des portraits, des réflexions et des articles. Elles constituent un document historique hors pair sur le refus du mensonge dans l’Allemagne nazie.

Issus d’une famille d’intellectuels protestants, eux-mêmes lecteurs assidus d’Aristote, de saint Augustin ou de Goethe, Hans et Sophie sont soutenus par leur père et fortement encouragés par leur professeur de philosophie et mentor, Kurt Hubert, à entrer dans une résistance active. Fabrication de tracts destinés aux étudiants, placardage d’affiches et de slogans sur les murs, le groupe affronte avec courage la menace de la répression hitlérienne. Etudiant en médecine, Hans est contraint de partir sur le front de l’Est en tant qu’infirmier, une expérience qui ne fera que confirmer sa révolte contre la politique du Troisième Reich. A son retour, La Rose blanche rejoint un réseau national de résistance et leur action se fait plus largement entendre grâce aux milliers de documents répandus clandestinement de Munich à Vienne, en passant par Stuttgart et Francfort. Ils sont arrêtés en janvier 1943 alors qu’ils distribuent des tracts dans l’Université de Munich. Pendant leur procès, Hans et Sophie Scholl ne renient pas les faits qui leur sont reprochés : ils sont guillotinés quatre jours plus tard.

Sophie Scholl en train de lire
Sophie Scholl en train de lire

Le groupe de résistance « La Rose blanche » fut fondé au printemps 1942, à l’université de Munich, par Hans Scholl et Alexander Schmorell.

Les jeunes étudiants refusaient d’accepter le totalitarisme dans lequel avait sombré l’Allemagne, et voulaient sauvegarder leur indépendance d’esprit face au nihilisme intellectuel que représentait le nazisme.

Révoltés par la dictature hitlérienne et les souffrances causées par la guerre, les étudiants se décidèrent à agir pendant l’été 1942. Hans Scholl et Alexander Schmorell rédigèrent les quatre premiers tracts, les envoyèrent par la poste de la fin du mois de juin à la mi-juillet à des destinataires soigneusement choisis à Munich, principalement des intellectuels. Les étudiants se référèrent dans leurs tracts à d’éminents penseurs et écrivains comme Schiller, Goethe, Novalis, mais aussi Lao Tseu, Aristote, et citèrent également la Bible. Les destinataires de ces tracts, pour la plupart écrivains, professeurs d’université, directeurs d’établissements scolaires, libraires et médecins de Munich et de ses environs, étaient censés reproduire les tracts et les envoyer au plus grand nombre possible de gens.

- Extrait de tract diffusé par le mouvement de La Rose blanche de Hans et Sophie Scholl, en Allemagne, en janvier 1943.

« Rien n’est plus indigne pour un peuple civilisé, que de se laisser, sans résistance, régir par l’obscur bon plaisir d’une clique de despotes. Est-ce que chaque Allemand honnête n’a pas honte aujourd’hui de son gouvernement ?

Qui d’entre nous ne pressent quelle somme d’ignominie pèsera sur nous et nos enfants quand le bandeau, qui maintenant nous aveugle, sera tombé et qu’on découvrira l’atrocité extrême de ces crimes ?

Nos yeux ont été ouverts par les horreurs des dernières années, il est grand temps d’en finir avec cette bande de fantoches. Jusqu’à la déclaration de guerre, beaucoup d’entre nous étaient encore abusés. Les nazis cachaient leur vrai visage. Maintenant, ils se sont démasqués et le seul, le plus beau, le plus sain devoir de chaque Allemand doit être l’extermination de ces brutes. »

- Extrait des lettres de Hans et Sophie Scholl (retrouvez d’autres extraits lus par les comédiens du jeune théâtre national dans cette émission) :

« Mon cher Fritz !

Haecker était avec nous le jour de ton anniversaire. Ce furent des heures mémorables. Ses paroles tombent lentement comme des gouttes qu’on voit s’accumuler à l’avance, et elles chutent au cœur de cette attente avec un poids considérable. Il a un visage très paisible, un regard qu’on dirait tourné vers l’intérieur. Jamais encore personne ne m’avait à ce point persuadée comme lui par son visage .
Otl est en permission à présent. J’ai passé de longues heures avec lui au cours des derniers jours parce qu’il m’a modelée. Mes mains me démangent maintenant de l’imiter. J’ai hâte. La plume ou le crayon sont bien trop impatients pour fixer un visage et, quand je m’en sers, je n’éprouve pas la même assurance qu’avec le toucher presque excitant de la glaise.
J’attends impatiemment les toutes dernières nouvelles te concernant. J’espère que tu as été évacué maintenant et que tu vas faire en sorte de te retrouver au moins pas trop loin de moi. Pour autant que je sois libre (ma liberté est très réduite), je viendrai naturellement te voir. Je me réjouis d’avance à la pensée de te retrouver. Chaque minute un nouveau plan germe en moi comme de la mauvaise herbe sur du fumier. Mais la mauvaise herbe brille de toutes les couleurs.
Mais ne te fais pas de souci, je saurai me dominer.
Mes pensées les plus affectueuses !
Ta Sophie
 »

Partenaires :

Canal Académie et les éditions Tallandier sont partenaires pour vous faire partager ces soirées de lecture. Organisées par Antoine Sabbagh, directeur de la collection d’histoire contemporaine des Editions Tallandier, elles ont lieu dans un théâtre parisien en une soirée unique et exceptionnelle.

Deux versions à écouter :

La version courte que vous écoutez dans cette émission ne retransmet que quelques unes de ces lettres. Retrouvez la lecture intégrale de cette soirée dans la version longue.

Références :

- Les éditions Tallandier
- Le jeune théâtre national
- Le film sur les derniers jours de Sophie Scholl : « Sophie Scholl, les derniers jours »






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