L’armistice du 22 juin 1940 par Henri Amouroux

Un armistice controversé, raconté par Henri Amouroux, de l’Académie des sciences morales et politiques
Spécialiste incontesté de la Seconde Guerre mondiale, l’académicien Henri Amouroux est venu au micro de Canal Académie parler d’une sombre page de notre histoire : l’armistice signé le 22 juin 1940 à Rethondes par le IIIe Reich et le gouvernement du Maréchal Pétain.


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Émission proposée par : Christophe Dickès
Référence : HIST004
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Date de mise en ligne : 1er janvier 2005

La débâcle de 1940, cette « étrange défaite » selon le titre du témoignage de Marc Bloch, plus grand désastre militaire de l’histoire de France, est par excellence un événement historique soumis aux jugements à l’emporte-pièce et aux analyses rapides. Et Henri Amouroux, l’un des plus grands spécialistes de la France pendant les Années noires, répète à l’envi que l’Histoire est complexe et que le manichéisme ne donne jamais de réponse valable. La question, pourtant, est inévitable : sur qui rejeter la faute de l’armistice ?

Les loups sont rentrés dans Paris (mi-juin 1940). Nous sommes une poignée de jours après l'armistice.
Les loups sont rentrés dans Paris (mi-juin 1940). Nous sommes une poignée de jours après l’armistice.

Selon Amouroux, la guerre était en fait perdue avant même d’avoir commencé. En cause, l’effet de surprise créé par la banalisation des alertes, les différences démographiques opposant une armée allemande beaucoup plus jeune, une préparation exécrable sur le plan industriel (les 40 heures du Front Populaire restent imposées dans les industries de guerre jusqu’à fin 1938 !) comme psychologique, avec ces maux français chroniques que sont la sous-estimation du danger et le mépris de l’adversaire. « Il faut toujours surestimer l’adversaire », martèle Amouroux.

L’académicien évoque aussi la lenteur des communications, en rappelant le gouffre technologique qui sépare nos deux époques en la matière : « La défaite, c’est quand le téléphone ne répond pas », dit-il. La fureur du Blitzkrieg, avec ses 80 000 morts en six semaines de bataille (une boucherie proportionnellement au moins aussi intense que la Première Guerre mondiale) et ses 8 millions de personnes sur les routes, instille dans la population française un désarroi et un sentiment de fatalité sans bornes, qui facilitent l’accès au pouvoir du pro-armistice Philippe Pétain, « Vainqueur de Verdun » et homme providentiel indiscuté.

Il faudrait encore parler de l’incapacité des généraux français, du vide politique à la tête du gouvernement et du manque de soutien anglo-américain, sur lesquels on a tant glosé. Mais pour Henri Amouroux, si tous ces facteurs sont avérés, le mal vient de plus loin. Dès le Traité de Versailles en fait, avec ses promesses de misère et de chômage pour l’Allemagne weimarienne, l’hitlérisme est dans l’œuf.

De Rethondes à Rethondes

Göring, Hess, Hitler (1<sup>er</sup> plan), von Ribbentrop et von Brauchitsch (derrière) devant le wagon de l’Armistice.
Göring, Hess, Hitler (1er plan), von Ribbentrop et von Brauchitsch (derrière) devant le wagon de l’Armistice.

Cette humiliation versaillaise qui l’a propulsé au pouvoir en nourrissant les rancœurs allemandes, Hitler ne se prive pas de la rappeler dans le discours qu’il prononce dans le wagon de Rethondes face aux plénipotentiaires français en ce 22 juin 1940. Œil pour œil, dent pour dent : le Führer a tenu personnellement à organiser la cérémonie dans la même clairière, la même voiture et les mêmes conditions que l’armistice du 11 novembre 1918, jusqu’aux conditions lues par le Maréchal Keitel qui, en miroir du Traité de Versailles, limitent la France à une armée de 100 000 hommes.

L’armistice était-il évitable ? Peut-être, mais il eût fallu s’y prendre plus tôt, en organisant par exemple un repli en Afrique du Nord ; auquel cas l’absence de véritable industrie d’armement, de chars ou de réseaux de chemins de fer en Algérie aurait été préjudiciable à terme.

La Clairière de l'Armistice (Forêt de Compiègne, Oise)
La Clairière de l’Armistice (Forêt de Compiègne, Oise)

On ne refait pas l’Histoire. Et on doit se garder de prendre de haut les cas de conscience appartenant à des contextes étrangers à nous. Henri Amouroux n’a pas une vision naïve de sa discipline, mais il a des principes : il ne croit ni à la vérité ni à l’objectivité, mais à l’honnêteté. L’historien peut se tromper, mais ne doit pas tromper ses lecteurs. Et c’est en toute lucidité qu’il considère la mémoire historique comme sélective : « On ne retient que des grains d’Histoire », analyse-t-il. « Et généralement ceux qui vous arrangent… »

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- En savoir plus :

Henri Amouroux, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, est l’auteur d’une monumentale histoire de la France sous l’occupation allemande (La Grande Histoire des Français sous l’Occupation, en dix volumes parus de 1976 à 1993). Après une longue carrière dans le journalisme, il a aussi été président du jury du prix Albert Londres de 1984 à 2006.

Les grands moments de l’armistice de 1940 sont sur Kronobase

Et à l’occasion du 70e anniversaire de l’Année terrible :

Max Gallo : 1940, de l’abîme à l’espérance

Le Mythe de la guerre-éclair : La Campagne de l’Ouest de 1940

Les armistices de juin 1940






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