Le maître de la nouvelle

auteur caché n° 7
Une rubrique en forme de jeu culturel pour tester vos connaissances en littérature française. On vous donne 10 indices, on vous lit 10 lignes d’extrait et en moins de 10 minutes, vous devez découvrir de quel auteur il s’agit... Rassurez-vous, c’est un grand classique littéraire qui, bien sûr, fut académicien ! Vous êtes prêt ? A vous de jouer !


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Émission proposée par : Fernand Guiot , Hélène Renard
Référence : VOI318
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Date de mise en ligne : 4 janvier 2009

Les 10 indices biographiques

1er indice :

Notre auteur, esprit brillant et volontiers facétieux, s’est d’abord signalé par des mystifications littéraires, entendez qu’il a traduit des pièces de théâtre soi-disant de l’espagnol, alors qu’elles étaient de son cru, et qu’il a fait croire que les ballades qu’il rédigeait étaient authentiquement illyriennes….

2èmeindice :

On lui pardonne car le talent ne lui faisait pas défaut. Son premier succès ? Une Chronique du règne de Charles IX qui fait revivre avec vérité la Saint Barthélémy. Elle est publiée en 1829.

3èmeindice :

Et cette année 1829 est décisive dans la carrière de notre auteur car il donne à la Revue de Paris ses premières nouvelles, des nouvelles qui vont lui assurer un succès éclatant. L’Enlèvement de la redoute, Tamango, Matéo Falcone, Le vase étrusque ou encore La Double méprise. Il va ainsi porter à la perfection l’art de la nouvelle –qui exige une facture dense, concise.

4ème indice :

Il se sent aussi attiré par le genre fantastique. Les visions, les fantômes, le surnaturel, vont désormais hanter son univers littéraire. Ecoutez par exemple un extrait de la vision de Don Juan de Maranâ, lequel vilain séducteur, a projeté d’enlever une religieuse, Térésa.

  Tout à coup, une musique lugubre et solennelle vint frapper son oreille. Il distingua d’abord les chants que l’Eglise a consacrés aux enterrements. Bientôt une procession tourna le coin de la rue et s’avança vers lui. Deux longues files de pénitents portant des cierges allumés précédaient une bière couverte de velours noir et portée par plusieurs figures habillées à la mode antique, la barbe blanche et l’épée au côté. La marche était fermée par deux files de pénitents en deuil et portant des cierges comme les premiers. Tout ce convoi s’avançait lentement et gravement. On n’entendait pas le bruit des pas sur le pavé et l’on eût dit que chaque figure glissait plutôt qu’elle ne marchait. Les plis longs et roides des robes et des manteaux semblaient aussi immobiles que les vêtements de marbre des statues.
  A ce spectacle, don Juan éprouva d’abord cette espèce de dégoût que l’idée de la mort inspire à un épicurien. Il se leva et voulut s’éloigner mais le nombre des pénitents et la pompe du cortège le surprirent et piquèrent sa curiosité… Il demanda poliment quelle était la personne qu’on allait enterrer. Le pénitent leva la tête : sa figure était pâle et décharnée comme celle d’un homme qui sort d’une longue et douloureuse maladie. Il répondit d’une voix sépulcrale :
  - c’est le comte don Juan de Marana.
  Cette étrange réponse fit dresser les cheveux sur la tête de don Juan ;
  En ce moment, l’horloge de l’église sonna un coup : c’était l’heure fixée pour l’enlèvement de Teresa.
  - le temps est venu ! s’écria une voix qui partait d’un angle obscur de l’église, le temps est venu ! est-il à nous ?
  Don juan tourna la tête et vit une apparition horrible…

èmeindice :

Rassurez-vous, tout finira bien et don Juan entra au couvent ! Notre auteur adore mêler le tragique, le mélodramatique et l’humour… En 1834, à 29 ans, il est nommé inspecteur général des monuments historiques. C’est une aubaine pour lui, il voyage partout en France et à l’étranger. Et c’est une aubaine pour la France aussi puisqu’il répertorie sur place ses impressions sur l’état des monuments français. Il sauve de la ruine nombre de ces trésors du patrimoine. A ce titre, il sera élu à l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1843.

6ème indice :

Deux autres nouvelles vont assurer son succès, Colomba en 1840 et surtout, Carmen en 1845 ! Entre ces deux œuvres, en 1844, il est élu à l’Académie française.

7èmeindice :

Faut-il vraiment rappeler le thème de Carmen, reportage brillant et romancé sur les mœurs des gitans d’Espagne et sur la passion fatale ? On peut au moins apprécier le style de la scène finale :
  Quand la messe fut dite, je retournai à la venta. J’espérais que Carmen se serait enfuie ; elle aurait pu prendre mon cheval et se sauver ; mais je la retrouvai. Elle ne voulait pas qu’on pût dire que je lui avait fait peur. Pendant mon absence, elle avait défait l’ourlet de sa robe pour en retirer le plomb. Maintenant, elle était devant une table, regardant dans une terrine pleine d’eau le plomb qu’elle avait fait fondre et qu’elle venait d’y jeter. Elle était si occupée de sa magie qu’elle ne s’aperçut pas d’abord de mon retour. Tantôt elle prenait un morceau de plomb et le tournait de tous les côtés d’un air triste, tantôt elle chantait quelqu’une de ces chansons magiques où elles invoquent Marie Padilla, la maîtresse de don Pédro, qui fût, dit-on, la Bari Crallisa, ou la grande reine des Bohémiens :
  - Carmen, lui dis-je, voulez-vous venir avec moi ?
  Elle se leva, jeta sa sébile et mit sa mantille sur sa tête comme prête à partir. On m’amena mon cheval, elle monta en croupe et nous nous éloignâmes…
  Pour la dernière fois, m’écriai-je, veux tu rester avec moi !
  Non, non, non ! dit-elle en frappant du pied. Et elle tira de son doigt une bague que je lui avais donnée et la jeta dans les broussailles. Je la frappai deux fois. C’était le couteau du Borgne que j’avais pris, ayant cassé le mien. Elle tomba au second coup sans crier. Je crois encore voir son grand œil noir me regarder fixement ; puis il devint trouble et se ferma. Je restai anéanti une bonne heure devant ce cadavre. Puis, je me rappelai que Carmen m’avait dit souvent qu’elle aimerait à être enterrée dans un bois ; Je lui creusai une fosse avec mon couteau et je l’y déposai ; Je cherchai longtemps sa bague et je la trouvai à la fin. Je la mis dans la fosse auprès d’elle avec une petite croix. Peut-être ai-je eu tort. Ensuite je montai sur mon cheval, je galopai jusqu’à Cordoue, et au premier corps de garde je me fis connaître. J’ai dit que j’avais tué Carmen ; mais je n’ai pas voulu dire où était son corps. L’ermite était un saint homme. Il a prié pour elle ! il a dit une messe pour son âme… Pauvre enfant ! ce sont les Calés qui sont coupables pour l’avoir élevée ainsi.

8ème indice :

Notre auteur, se mettant à l’étude du russe, s’intéressa également à la littérature russe qu’il contribua à répandre en France par ses traductions d’œuvres de Gogol, Pouchkine et Tourguenieff.

9èmeindice :

Très lié à la famille des Montijo et donc à l’impératrice Eugénie, sous le Second Empire, il fut nommé sénateur. Il fut élu à l’Académie française le 14 mars 1844, au fauteuil précédemment occupé par Charles Nodier et cette élection fut considérée comme un succès pour l’école romantique. Il mena campagne pour faire élire George Sand à l’Académie, mais ce fut sans succès !

10ème indice :

En 1869, il tombe gravement malade ; en 1870, il assiste à la défaite de la France et à la chute de l’Empire et en septembre de cette année, il meurt à Cannes. Il avait 67 ans.

Vous l’avez reconnu ? Si oui, bravo ! si non, cliquez sur le document ci-joint pour obtenir la réponse.

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