L’art de se faire porter la queue

par le bibliologue Bertrand Galimard Flavigny
Les magistrats britanniques ont décidé de changer de robe et d’abandonner les grands cols, les hermines et l’écarlate qui permettaient de les distinguer du commun. Cela nous a rappelé une étude composée vers la fin du dix-huitième siècle intitulée Dissertation sur l’usage de se faire porter la queue


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 22 février 2009

Son auteur est le Père Claude-François Ménestrier (1631-1705), un personnage respectable d’autant plus qu’il était lyonnais et appartenait à la Compagnie de Jésus. Sa bibliographie comporte plus de 144 titres, essentiellement inspirés par l’héraldique. Le plus célèbre est La méthode du blason, éditée la première fois, à Lyon et à Paris par Michallet, en 1688 et qui bénéficia de huit réimpressions jusqu’en 1780. Le moins connu de tous ses ouvrages est donc cette Dissertation sur l’usage de se faire porter la queue…

Claude-François Menestrier d'après P. Simon,
Claude-François Menestrier d’après P. Simon,
gravé par J.B. Nolin. A Paris, chez I.B. Nolin, 1688 (Collection privée)

Qu’était donc allé faire ce grand blasonneur dans cette étude qui laisse, à première lecture, songeur ? Il devait, je cite : « répondre aux demandes qu’un chanoine, docteur de Paris, avoit faite sur cet usage ». Les longues queues, tous les hommes d’église et les robins le savent ce sont des habits et des manteaux de cérémonie. Selon le Père Ménestrier, cet usage est fort ancien puisqu’il cite des « habits trainans » (sic) chez les Grecs ; puis « la queue traînante des habits des tragédies » chez les Romains et enfin des « porteurs de queues aux cérémonies funèbres », essentiellement celles des princes chrétiens. Il vint la coutume de les porter dans d’autres cérémonies chez les personnes de qualité, souverains, princes et princesses, grands officiers, dignitaires des compagnies ecclésiastiques et séculières. « C’est ce qui fit donner le nom de queue à la suite des courtisans, officiers et domestiques qui accompagnaient ces personnes », écrit-il. Il y eut, naturellement, des abus. Le concile de Tolède condamna, en 1324, ces « superfluités ». Les cardinaux passèrent outre et en firent une distinction. Ils ne sortirent plus qu’avec des porte-queue, qu’on appela les « caudataires ». Quant aux souverains, ne revêtent-ils pas un manteau à longue traîne, le jour de leur sacre ? Et celle des mariées ? Mais ceci est un autre sujet ? Quoique…

Une première édition de cette intéressante Dissertation, fut donnée à Paris, chez Jean Boudot, en 1705, sur 51 pages. Son texte – « avec quelques retranchemens » (sic) - fut repris dans le Journal ecclésiastique de l’abbé Dinouart, en mai 1764 ; puis dans la Collection de pièces relatives à l’histoire de France, publiée en 1826, notamment par C. Leber. L’éditeur d’une ultime édition, imprimée par J.M. Barret, à Lyon, en 1829, celle-là même que nous avons sous les yeux, explique avec précaution que ce C. Leber « a accompagné cette dissertation d’un petit nombre de notes, la plupart intéressantes, que nous croyons devoir lui emprunter, et auxquelles nous en avons ajouté quelques-unes, sans prétendre (non plus que lui) au mérite d’épuiser la matière, et encore moins de mettre la dernière main à l’œuvre du savant auteur ». Dans ses descriptions, le P. Ménestrier a, en effet, omis la queue des robes des magistrats et des avocats. Elles existent toujours, mais elles sont, comme le précisent les textes officiels : « retroussées à l’intérieur ».






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