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Abattre des animaux par « principe de précaution » ?

avec Anne-Marie Brisebarre, anthropologue, et Barbara Dufour, vétérinaire
SRAS, grippe aviaire, maladie de la langue bleue... Régulièrement, les élevages sont touchés par des virus potentiellement transmissibles à l’homme et des cheptels entiers sont abattus. La vaccination de ses animaux peut-elle être une alternative ? Ses bêtes doivent-elles êtres considérées comme des êtres sensibles ou des purs produits de consommation ? Eléments de réflexion en compagnie de deux spécialistes.


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Référence : RC302
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Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida3234-Abattre-des-animaux-par-principe-de-precaution.html
Date de mise en ligne : 10 août 2008


Les maladies infectieuses ne sont pas une fatalité. L’homme sait les éradiquer. C’est le cas en France de la rage. Il aura cependant fallu beaucoup d’efforts, mêlant à la fois vaccination et mesures de « dépopulation ».

L’émergence de ces zoonoses (épidémies animales transmises à l’homme), potentielles ou avérées, nous inquiètent, jusqu’à provoquer des ruptures de stock de masques anticontaminations et de médicaments.
Dernier exemple en date : la grippe aviaire.
Pourtant, dans ce dernier cas, la grippe aviaire, comme son nom l’indique, ne touchait que les oiseaux. Entre 2005 et 2008, on ne recensait en effet que 180 contagions humaines dans le monde.


Fallait-il abattre toutes ces volailles ?

Pour Barbara Dufour, « les mesures prises concernant la grippe aviaire n’étaient effectivement pas des mesures de santé publique, mais de santé animale ».
Cette maladie, très grave pour les oiseaux et surtout très contagieuse, oblige à abattre les oiseaux touchés pour éviter la dispersion de la maladie. L’abattage collectif est une épreuve pour l’éleveur concerné, mais il en va de la préservation des autres élevages ».

Ne pourrait-on pas vacciner ses bêtes ?

Si la prévention est importante, Barbara Dufour, vétérinaire de formation, ne croit pas à la vaccination systématique : « C’est une fausse solution, économiquement trop lourde, et surtout sur le plan de la manipulation des animaux. Vacciner à tour de bras rend enfin beaucoup plus difficile la détection d’une bactérie ou d’un virus qui circule au sein d’une population ».

Vache folle : le zèle du gouvernement

Dans la deuxième partie de l’émission, Anne-Marie Brisbarre développe le rapport entre l’homme et l’animal et appui sur l’épidémie de vache folle et ses images dérangeantes qui sont encore dans nos mémoires. « Entre la vache, animal corpulent, et l’homme, il y a une certaine proximité physiologique. Au moment de la crise de la vache folle, cette bonne vache aux yeux si doux, qui évoque à la fois la douceur et l’enfance est un choc pour ceux qui découvrent à la télévision les montagnes de carcasses traînées par tractopelle ».

Au-delà du rôle des médias, qui n’ont peut-être pas su trouver la limite du sordide, Anne-Marie Brisbarre analyse une situation intéressante au regard de l’anthropologue :
« Pour la première fois, la mort animale est filmée et exposée aux yeux d’une société qui depuis le XIXe siècle a installé ses abattoirs en dehors des centres villes ; pour des raisons d’hygiènes certes, mais aussi par gêne. Les citadins de l’époque pensaient en effet que la vision de la violence envers les animaux pouvait amener les humains à être violents entre eux ».
Et Barbara Dufour de poursuivre : « Nous sommes dans une société qui éloigne la mort : les mourants partent à l’hôpital, on repousse la vieillesse à coup de lifting et de pilules… Finalement, ces images nous rappellent notre propre condition de mortel ».

Dans le cas de la vache folle, plusieurs débordements sont apparus :
- tout d’abord l’abattage par principe de précaution. Pratique qui a fait ses preuves en cas de foyer d’épidémies, il semble cependant que le gouvernement ai fait du zèle dans ce domaine…Une manière de se racheter une conduite après l’affaire du sang contaminé.
- Ensuite, il a fallu trouver un coupable : ce rôle fut endossés par les éleveurs « monstres » qui avaient transformé leurs vaches en « cannibales », avec les farines animales. La maladie de la vache folle apparaissait alors aux yeux de tous comme une sanction bien méritée.

Pourtant, comme Barbara Dufour l’explique, « tous les animaux végétariens ont besoin à un moment de leur vie de protéines animales : les vaches par exemple mangent la délivrance de leurs produits. Pour des raisons d’hygiènes évidentes, on ne les laisse plus faire, mais on remplace ce besoin par des farines animales, qui ne constituent pas pour autant leur alimentation principale. Sachez par ailleurs que ces farines animales sont composées de protéines animales et de sels minéraux. » Dans cette malheureuse histoire d’encéphalite spongiforme bovine, il n’y a pas de coupable, aussi bien côté scientifique que côté éleveur .

L’homme, grand responsable ?

Dans la revue Nature, publiée en février 2008, une étude a montré que le nombre de maladies infectieuses augmentaient avec le temps chez l’homme. Plus de la moitié est d’origine bactérienne, le reste provient d’animaux sauvages.
L’homme favorise en partie l’introduction du pathogène, par le biais de la circulation des gens et des animaux. En d’autre terme, la mondialisation des échanges comprend aussi l’échange d’agents pathogènes !

Le dernier exemple en date est celui de la maladie de langue bleue chez le mouton. Elle a atteint le nord de l’Europe en 2006 et fait parler d’elle depuis 2007.
L’hypothèse en cours de validation est la suivante : des bulbes de fleurs d’Afrique du sud introduites en Allemagne et aux Pays-Bas auraient servis d’abris aux Culicoides, sortes de petits moucherons vecteurs de la maladie.

Écoutez sans plus tarder les explications détaillées de Barbara Dufour et Anne-Marie Brisbarre.

Anne-Marie Brisebarre et Barbara Dufour (de gauche à droite)
Anne-Marie Brisebarre et Barbara Dufour (de gauche à droite)

En savoir plus :

Barbara Dufour est Enseignant- chercheur au service des maladies contagieuses, à l’école vétérinaire d’Alfort. Elle est également correspondant de l’Académie d’agriculture.

Anne-Marie Brisebarre est anthropologue, directeur de recherche au CNRS, membre du laboratoire d’anthropologie sociale au Collège de France dirigé par Philippe Descola. Ses travaux portent sur le rapport de l’homme à l’animal et du statut que nous lui conférons.

Épidémiologie appliquée à la lutte collective contre les maladies transmissibles majeures publié en 1996 aux éditions Maisons-Alfort

Écoutez nos émissions en lien avec les maladies infectieuses :
- L’éternel retour des épidémies
- La maîtrise des maladies infectieuses






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