Lévi-Strauss, l’ethnologue-philosophe selon André Comte-Sponville

Le regard du philosophe sur l’ethnologue
A l’occasion des hommages rendus à Lévi-Strauss, de l’Académie française, pour le centenaire de sa naissance, Canal Académie vous propose le regard du philosophe André Comte-Sponville sur l’ethnologue : certains de ses livres l’ont ébloui !


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher

Référence : HAB357
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hab357.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 29 juin 2008


- « Pourquoi aimer tellement un ethonologue quand on s’intéresse si peu à l’ethnologie ? »
- « ... Parce que cet ethnologue est philosophe ! »

André Comte-Sponville avait déjà évoqué Lévi-Strauss dans un article « Lévi-Strauss ou le courage du désespoir » paru dans Le Figaro littéraire en 1989 puis dans son livre Une éducation philosophique édité cette même année. Le philosophe nous livre ici un témoignage riche de philosophie. Parsemée de réflexions et d’anecdotes, il nous offre une empreinte personnelle et sensible. Ne se risquant jamais à commenter l’ethnologue qu’il « laisse aux ethnologues », il n’hésite cependant pas à nous faire part de ce qu’il a appris du philosophe. Il le résume en quelques affirmations didactiques.

1. Claude Lévi-Strauss : « Le moi n’est rien que l’ensemble des illusions qu’il se fait de lui-même ».
Commentaire d’André Comte-Sponville : J’aime les philosophes qui pensent contre eux-mêmes car comme dirait Lévi-Strauss, philosopher c’est apprendre à se déprendre. »

2. Claude Lévi-Strauss : « La vie ne débouche que sur le néant ».
Cette dernière phrase de l’ouvrage « L’homme nu » frappe Comte-Sponville qui y voit une approche clairement matérialiste où de toutes les créations humaines, il ne restera que le constat aboli qu’elles eurent lieu, c’est-à-dire rien. »

Claude Lévi-Strauss © Louis Monier
Claude Lévi-Strauss © Louis Monier

L’anthropologue : un très grand philosophe ?

Pour André Comte-Sponville, aucun doute, le dernier chapitre du livre Tristes tropiques parle de lui-même. À propos de cet ouvrage qui « le marque à vie », il déclare : « Je le considère comme l’un des quatre ou cinq plus beaux textes du xxe siècle écrit en français. Il est d’une beauté, d’une profondeur, d’une intelligence absolue. C’est de la philosophie.  » Nommant aussi l’ouvrage « Les mythologiques », il avoue être incapable de tout lire mais retient avec admiration le finale (dernier chapitre du quatrième tome) qui reste pour lui à nouveau un éblouissement total. Au fond nous explique-t-il, c’est quand « il consent à la fin de ses livres à faire de la philosophie » qu’il mesure en lui tout le brio.

Les deux hommes quelquefois en désaccord se retrouvent aussi souvent sur le même terrain : celui du matérialisme, de la critique des désillusions du sujet. Sur le relativisme, « il n’y a pas de valeur absolue ». Sur le goût artistique comme le dédain pour l’art contemporain. Et sur une leçon : « on n’a pas besoin de faire semblant d’admirer ce que l’on méprise. La modernité c’est aussi de savoir dire non ! »

Acceptant de nous faire part de quelques anecdotes, Comte-Sponville évoque le mélomane qui laissait échapper sur la musique « je vois trop où ça mène pour aimer ça ! » ou encore sur son esprit très objectif à propos de lui-même. « Notre première rencontre suivit la critique que j’avais rédigé sur Lévi-Strauss dans le Figaro littéraire. Le passage du début était un peu irrespectueux. Quelques jours après, Jean-Marie Rouart, le directeur de l’époque, m’appelle, embarassé et me dit : j’ai trouvé votre article un peu irrespectueux. Je l’ai fait lire à Claude Lévi-Strauss. Il m’a dit littéralement que c’est le meilleur article qu’il ait jamais lu sur lui-même. » Lévi-Strauss a toujours su étonner.

Le philosophe André Comte-Sponville
Le philosophe André Comte-Sponville

Philosophe humaniste, André Comte-Sponville est l’auteur de nombreux ouvrages dont :
- Traité du désespoir et de la béatitude (1984-1988)
- Une éducation philosophique (1989)
- L’amour la solitude (1992)
- Valeur et Vérité (Etudes cyniques, 1994)
- Petit Traité des grandes vertus (1995)
- Impromptus (1996)
- Pensées sur l’athéisme (1999)
- L’être temps (1999)
- Présentation de la philosophie (2000)
- Le bonheur désespérément (2000)
- A-t-on encore besoin d’une religion ? (en collaboration, 2003)
- L’esprit de l’athéisme (2006)

En savoir plus :

A lire :

- Claude Lévi-Strauss de l’Académie française
- Nos émissions consacrées à Claude Lévi-Strauss

- Claude Lévi-Strauss, L’homme nu, éditions Omnibus (oct. 1971)
- Claude Lévi-Strauss, La pensée sauvage éditions Presses Pocket, 1991

Prix National Claude Lévi-Strauss

Le vendredi 28 novembre 2008, au Musée des Arts premiers du Quai Branly, à l’occasion du centième anniversaire de M. Claude Lévi-Strauss, Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a annoncé la création d’un grand prix de sciences humaines et sociales.






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires