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Société Française des Études Victoriennes et Édouardiennes

Alain Jumeau, professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne et Président de la Société Française d’Etudes Victoriennes et Edouardiennes, la SFEVE, raconte l’histoire de cette société si britannique dans ses choix et si française par les anglicistes qui la composent !


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Émission proposée par : Marie-Laure Massei
Référence : pdm324
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Date de mise en ligne : 24 juillet 2008

1. Alain Jumeau, pourriez-vous nous expliquer pourquoi une société d’études victoriennes et édouardiennes a été créée en France ?

La Société d’études victoriennes et édouardiennes a été créée, en Frane, en mai 1976, lors d’un congrès de la Société des Anglicistes de l’Enseignement Supérieur (la SAES, société-mère). Cette SAES rassemble tous les anglicistes français qui souhaitent y adhérer, pour parler de questions qui touchent à l’exercice de leur profession en général, mais aussi des connaissances et de la recherche dans le domaine de l’anglistique.

Comme son nom l’indique en partie, elle est spécialisée dans l’étude du XIXe siècle, de ses écrivains et des différents aspects de la civilisation britannique pendant cette période.

Alain Jumeau est le Président de la SFEVE depuis 2001, après avoir été, tour à tour, membre fondateur, trésorier, secrétaire, et vice-président ! "Je me souviens qu’à l’origine, nous avons bénéficié du parrainage de deux grands victorianistes français, Raymond Las Vergnas, qui fut doyen de l’ancienne Sorbonne avant 1968, et Sylvère Monod, professeur à la Sorbonne Nouvelle. Le premier était notre président d’honneur, le second notre président-fondateur. Les autres membres du bureau représentaient la province, car l’idée de la SAES était à l’origine de faire dialoguer toute la communauté des anglicistes de France, parisiens et provinciaux.

La société SFEVE a la particularité de ne pas séparer les études littéraires des études de civilisation, et de favoriser le dialogue entre ces deux domaines de recherche.

Alain Jumeau évoque le parcours exceptionnel du président fondateur de la SFEVE, Sylvère Monod qui a laissé son empreinte sur les études victoriennes, en tant que spécialiste de Dickens et de Conrad. En fait, sa culture en ce domaine était prodigieuse. "C’était un homme cultivé, explique Alain Jumeau, d’un humour délicieux, d’une grande gentillesse, qui se montrait particulièrement accueillant avec les jeunes chercheurs, même lorsqu’ils s’aventuraient avec beaucoup d’enthousiasme sur les chemins périlleux de la théorie critique, qu’il n’envisageait lui-même qu’avec la plus grande prudence. Il se disait prêt à recevoir tout discours critique attentif aux textes, et présentant une réelle cohérence — ce qui laisse le champ très libre aux innovations. Lorsqu’il est mort, pendant l’été 2006, nous nous sommes tous sentis un peu orphelins, et nous avons décidé de publier, en hommage à sa mémoire, un volume d’études victoriennes, qui est sorti à la fin de l’année 2007 aux Presses universitaires de la Méditerranée, à Montpellier. Avec l’aide d’une collègue et amie de Montpellier, je n’ai eu aucun mal à rassembler 24 articles sur Dickens, Conrad et les autres, tant était grand notre désir de témoigner notre reconnaissance à ce maître respecté et aimé".

3. Comme l’indique son titre, la SFEVE couvre deux époques de l’histoire britannique, dont le très long règne de Victoria. Pourquoi avoir choisi d’inclure la période édouardienne ?

Nous touchons là à une question qui intéresse les historiens, et qui s’appelle la périodisation. On sait que le règne de Victoria a été particulièrement long, de 1837 à 1901. Il a donné son nom à une période plus vaste, en fait, commençant, selon les uns, en 1832 avec la première réforme électorale, selon d’autres, en 1815 avec la fin des guerres napoléoniennes. A l’autre extrémité, il n’y a pas de rupture véritable en 1901 avec le décès de Victoria et le début du règne de son fils, Edouard VII (1901-1910). Beaucoup d’historiens considèrent en effet que la vraie rupture historique se produit en 1914, avec le début de la Première guerre mondiale. Nous nous intéressons donc, dans notre société, à ce que certains historiens appellent “le long XIXe siècle”, allant de 1800-1815 à 1900-1914.

4. Combien de membres la SFEVE compte-t-elle à ce jour ?

Notre annuaire le plus récent (2007-08) fait apparaître un peu plus de 130 membres, à jour de leurs cotisations. Compte tenu des inscriptions récentes après le colloque de janvier, et de quelques oublis et retards possibles, nous devons être dans une fourchette entre 130 et 150, ce qui en soi est fort modeste, mais très significatif, au sein de la SAES, notre société-mère, qui doit compter environ 2.000 membres au total.

5. Quel est le profil de ces membres ?

Il y a plusieurs profils, en fait. Nous comptons quelques anciens, qui sont professeurs émérites ou maîtres de conférences honoraires, mais surtout des collègues en cours de carrière et, il faut s’en réjouir, des collègues débutants, qui trouvent chez nous une occasion de faire connaître leurs travaux et de rencontrer des chercheurs plus expérimentés. Surtout, nous rassemblons tous les chercheurs intéressés par la période, qu’ils soient littéraires ou civilisationnistes. Nous ne sommes pas si éloignés du temps où, dans les études d’anglais, la priorité était donnée à la littérature. J’ai connu cela au cours de mes propres études. La civilisation s’est imposée progressivement, après 1968, et au cours des dernières décennies, elle a vraiment conquis son autonomie. Mais nous pensons que la civilisation britannique du XIXe siècle, si prestigieuse, ne doit pas être séparée de la littérature, car la littérature de l’époque s’intéresse beaucoup aux questions de société.

6. Quelles sont les orientations actuelles de la société ? Et quelle est la part de l’innovation ?

Du côté littéraire, les grands auteurs de fiction (Dickens, Thackeray, George Eliot, les Brontë, Hardy, etc.) sont toujours revisités, mais on voit apparaître des noms qui étaient peu cités par le passé, comme Elizabeth Gaskell, dont l’inspiration féministe et sociale retient l’attention, ou encore Mary Elizabeth Braddon et Wilkie Collins, représentant le “roman à sensation”. La littérature fantastique, la littérature enfantine et le roman d’aventures trouvent également leur place peu à peu, chez nous. Depuis peu, nous avons des travaux sur les réécritures du roman victorien à notre époque. La poésie est sans doute sous-représentée, malgré l’intérêt que suscitent les deux géants de la période, Tennyson et Browning, et parfois l’innovateur, Hopkins. Toutes les approches critiques sont bienvenues dans notre société. Compte tenu de la proportion de femmes, parmi nos membres, et de la mode actuelle des études féministes, on ne s’étonnera pas de voir le succès de ce courant critique. Les innovations les plus spectaculaires sont peut-être dans le domaine de la civilisation. Longtemps, la place d’honneur y est revenue aux questions économiques et sociales, voire à l’histoire des idées (y compris dans le domaine politique et religieux). Les grands noms le plus souvent cités étaient Carlyle, Ruskin, Newman, J.S.Mill, etc…, à la charnière entre littérature et civilisation. Mais récemment, on a constaté que c’est plutôt l’histoire de l’art et les questions d’esthétique qui s’imposent. A notre dernier colloque, il a beaucoup été question de Ruskin critique d’art, de son peintre préféré Turner, des peintres préraphaélites, et même des caricaturistes de l’époque. A d’autres occasions, nous avons abordé les questions de l’empire et de l’impérialisme, mais aussi des loisirs, etc. Notre registre reste donc ouvert.

7. Quel est le rythme de vos réunions et de vos travaux ?

Nous nous réunissons trois fois par an, traditionnellement : deux fois pour des travaux scientifiques, et une fois pour régler des questions d’organisation, de fonctionnement. En janvier, nous avons notre colloque sur un thème que nous choisissons. A titre d’exemples, nous étions à Tours en 2006, pour parler du “sentiment d’appartenance” ; à Nanterre en 2007, pour “la peur et les peurs”, et à Aix-en- Provence en 2008, pour les “quatre éléments”. Parmi les thèmes plus anciens, on trouve : le divertissement, l’héroïsme, la femme, la machine, le corps, l’enfance, l’exil, l’innocence, le vieillissement, etc. En mai, nous avons notre atelier propre dans le cadre du Congrès de la SAES en province. L’an dernier, nous avons parlé le “l’envers du décor” à Avignon. Cette année, nous serons à Orléans, pour y parler de la “résurgence”, un thème qui semble inspirer à la fois les littéraires et les civilisationnistes, puisque notre atelier est complet, sur trois demi-journées. Enfin, en octobre, notre Bureau réunit une assemblée générale à Paris, toujours dans le cadre de la SAES, pour définir les orientations de notre société et traiter les affaires courantes.

8. Comment assurez-vous la diffusion de vos travaux ?

Les communications que nous entendons dans nos colloques et nos ateliers sont sélectionnées par un comité de lecture, qui retient les meilleures pour publication dans une revue semestrielle qui s’appelle les Cahiers Victoriens et Edouardiens, dont la diffusion est assurée par les Presses universitaires de la Méditerranée de Montpellier, avec lesquelles nous avons un accord.

9. Existe-t-il des liens entre la SFEVE et d’autres sociétés — en France et à l’étranger ?

Il existe bien sûr des liens avec notre société-mère, et les autres sociétés qui en dépendent. Par exemple, nous avons des contacts étroits avec la Société Conrad, mais aussi avec la Société d’Etudes Anglaises Contemporaines, dont certains membres appartiennent également à notre Société. Nous avons conscience, en effet, que tout ne s’arrête pas au XIXe siècle, malgré l’admiration que nous avons pour lui. Nous avons des liens avec ESSE, qui regroupe les différentes sociétés d’anglicistes d’Europe, mais aussi, plus directement avec la Belgique et l’Italie, où nous comptons des membres. En participant en juin dernier à un colloque en Italie, à Gênes, avec quelques membres de la SFEVE, j’ai découvert que les spécialistes de Dickens, en Angleterre et aux Etats-Unis, souhaitaient prendre contact avec nous, pour organiser une manifestation internationale pour le bicentenaire de la naissance de Dickens en 2012. Enfin, nous avons des contacts avec différentes universités britanniques, d’où viennent les conférenciers prestigieux que nous invitons habituellement à nos colloques.

10. Et enfin, quel est le thème du prochain colloque ?

Nous irons à Strasbourg en 2009, pour y réfléchir sur “culture savante et culture populaire”. Pour la suite, les thèmes restent à définir, mais nous sommes déjà invités à Dijon en 2010, et à Reims en 2011. Les collègues de province sont très heureux de nous accueillir et se donnent beaucoup de mal pour assurer des conditions de travail exemplaires, afin de faciliter les échanges scientifiques, dans une atmosphère d’ouverture et de cordialité. Rien ne peut procurer plus grande satisfaction au Président de la SFEVE, comme vous l’imaginez.

Alain Jumeau, nous vous remercions d’être venu présenter la SFEVE aux auditeurs de Canal Académie, qui, à la suite de cette émission, auront peut-être envie de s’intéresser à cette période incontournable et fascinante de l’histoire de la Grande-Bretagne.

Merci de rester à l’écoute de Canal académie et à bientôt !

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