Catherine Cesarsky, une astrophysicienne à l’heure européenne

membre de l’Académie des sciences dans la section sciences de l’univers
Catherine Cesarsky est à la tête de prestigieux projets d’astronomie tels que le Very Large Telescope au Chili ainsi que de lE-’ELT (European Extremely Large Telescope) européen de 42 mètres de diamètre. Elle a également dirigé la construction de la caméra embarquée sur le satellite ISO pour tout savoir sur la naissance des étoiles. Première femme à diriger l’Observatoire austral européen (ESO), elle est aujourd’hui présidente de l’Union astronomique internationale et, depuis décembre 2007, membre de l’Académie des sciences. Retour sur un parcours, entre Argentine et galaxies.


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Date de mise en ligne : 4 mai 2008


Catherine Cesarsky, première femme Directrice de l'ESO, Observatoire austral européen
Catherine Cesarsky, première femme Directrice de l’ESO, Observatoire austral européen
© Volker Steger

Femme libre aux cultures multiples, Catherine Cesarsky change de continent sans aucun problème, toujours accompagnée par son mari Diego. Voici ce que disait le journal Le Monde de l’éminente astrophysicienne française :

« Catherine Cesarsky s’imagine dotée d’un don d’ubiquité qui lui éviterait d’avoir à choisir entre les pays qu’elle a aimés, entre les fonctions qu’elle a embrassées. Il y en aurait une en Argentine, qui prolongerait les années de sa jeunesse à Buenos Aires. Une en Amérique, qui poursuivrait ses travaux d’astrophysicienne dans une université prestigieuse.
La Française dirigerait des équipes et conduirait des projets. L’Européenne, dans la banlieue de Munich, pourrait ainsi assurer sans regrets la direction générale de l’Observatoire européen austral (ESO), qui gère notamment le Very Large Telescope (VLT), le plus puissant des instruments d’observation terrestres en activité. Et, comme celui-ci se trouve au Chili, une cinquième Catherine Cesarsky y ferait des séjours beaucoup plus longs que ceux que son emploi du temps lui permet actuellement ».

IN Le Monde, 18 octobre 2006, Jérôme Fénoglio.

Remontons le temps. Après la Seconde Guerre mondiale, les parents de Catherine Cesarsky font le choix de partir en Argentine où son père est muté. La culture latino-américaine l’enchante. Si elle fait ses études dans un lycée français, elle fera cependant le choix d’entrer dans une université argentine.
Ce n’est qu’en quatrième année que Catherine Cesarsky se spécialise en astronomie, époque qui correspond à l’arrivée d’un jeune professeur d’astrophysique, Carlos Varsavky. Celui-ci arrive avec un radiotélescope de 30 mètres, en pièces détachées. Les quelques jeunes étudiants à ces côtés parmi lesquels Catherine Cesarsky et son futur mari, l’aident à le remettre sur pied, tout en découvrant les fondements de l’astrophysique. C’est sur le chantier que sa vocation s’affirme.

Le départ pour les États-Unis

Carlos Varsavky invite de grands astronomes pour l’inauguration du radiotélescope et pour donner des cours à ses jeunes étudiants. Après ce mois de rencontres fructueuses, les demandes de bourse pour elle et Diego à l’Université de Harvard sont acceptées. Le destin veut qu’ils apprennent cette nouvelle le soir de leur mariage après avoir loué et meublé leur appartement !
Ils décident de saisir leur chance et de partir à Harvard, près de Boston. Catherine Cesarsky et son mari passent leur doctorat en cinq ans. La thèse de Catherine Cesarsky , dirigée par un Professeur de Princeton à côté de NYC, i porte sur la propagation des rayons cosmiques. Elle rencontrera un grand succès qui lui vaudra de lui ouvrir les portes du plus prestigieux institut de recherche en astronomie, Caltech, en Californie.

Là-bas, elle travaille sur les rayons cosmiques mais également sur l’espace interstellaire en collaboration avec son mari. Elle acquiert aussi de solides connaissances en astronomie infrarouge. En effet, dans l’espace interstellaire la densité d’énergie des rayons cosmiques est comparable à celle du gaz, et il est intéressant de comprendre les échanges entre ces deux composantes. Le gaz est mélangé à des poussières qui émettent des rayonnements infrarouges.
Ils restent ensemble à Caltech pendant trois ans avant de vouloir rentrer en Argentine. Mais nous sommes alors en 1973, date à laquelle le Général Peron réussit à se faire réélire Président et à rentrer de son exil.

Dès leur arrivée à l’aéroport, ils sont témoins d’émeutes. Leurs anciens collègues sont pris dans la politique... Ils font finalement le choix de partir, en France où deux postes leur sont proposés. Catherine fera sa carrière au CEA Saclay et Diego au CNRS.

Retour en France : direction de la recherche fondamentale au CEA

Caméro ISOCAM lancée en 1995 sur le satellite ISO
Caméro ISOCAM lancée en 1995 sur le satellite ISO
© CEA/DSM/SAP

Catherine Cesarsky accepte donc le poste au tout récent service d’astrophysique du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Elle en prendra plus tard la tête avant d’assurer celle de la direction des sciences de la matière (DSM).
Au cours des années 80, elle contribue à concevoir le satellite ISO, et dirige la construction de sa caméra embarquée, ISOCAM, une caméra refroidie par hélium qui offrira à la communauté scientifique, dès son lancement fin 1995, des aperçus incroyables de la naissance des étoiles. Les deux classes privilégiées d’objets observés avec cet instrument auront été les galaxies infrarouges distantes et les nuages moléculaires, comme rho-Ophiuchus ou les nébuleuses d’Orion.

1999-2007 : La direction générale de l’ESO

En 1999 et jusqu’en 2007, elle devient la première femme à diriger l’ESO, Observatoire Européen Austral (ou European Southern Observatory) à Munich. Elle assure la fin de construction et la mise en route du VLT, Very Large Telescope au Chili. Son exploitation est une réussite, il affirme le rôle de leader des pays européens dans l’astronomie optique. En effet le VLT a permis des avancées spectaculaires dans presque tous les domaines de l’astrophysique.
Citons :
- la détection de galaxies presque aussi vieilles que l’univers lui-meme
- l’obtention de preuves directes de l’existence éventuelle des trous noir au centre des galaxies, a commencer par la nôtre, la Voie Lactée.
- des progrès importants sur les systèmes planétaires autour d’étoiles autres que la nôtre.

Very Large Telescope au Chili
Very Large Telescope au Chili

Autre projet pharaonique auquel elle a participé, qui lie l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Asie de l’Est et le Chili : le projet ALMA, interférométrie dans les ondes millimétriques et sub-millimétriques. Le projet ALMA (Atacama Large Millimeter Array) a pour but de réaliser 66 radiotélescopes de 12 ou 7 mètres de diamètre chacun. Ces antennes pourront être déplacées sur une aire de 10 km de diamètre. Cet interféromètre sera installé au Chili, sur le haut plateau de l’Atacama à Chajnantor, à 5 000 mètres d’altitude.
L’entrée en service est prévue en 2012, et devrait dsonner des aperçus inédits et cruciaux sur l’origine des galaxies et la formation des étoiles.

Catherine Cesarsky a participé au programme GOODS (The Great Observatories Origins Deep Survey), en faisant faire á l’ESO un suivi en imagerie et spectroscopie des champs profonds relevés par les télescopes spatiaux Hubble, Spitzer, XMM-Newton et Chandra. Ceci a permis de découvrir la présence de plusieurs centaines de quasars, trous noirs énergétiques, cachés au sein de galaxies très poussiéreuses, ainsi que d’identifier un grand nombre de galaxies très lointaines.

Enfin, elle a établi les bases du projet E-ELT (European Extremely Large Telescope) européen de 42 mètres de diamètre, et en a lancé les études de construction en décembre 2006. L’E-ELT devrait voir le jour en 2018 pour un coût total de estimé entre 800 millions et 1 milliard d’euros.

Année mondiale de l’astronomie

Dernier thème abordé par Catherine Cesarsky au cours de cette émission : l’année mondiale de l’astronomie 2009 (International Year of Astronomy 2009), organisée par L’Union Astronomique Internationale dont Catherine Cesarsky est la présidente depuis aout 2006.

Le but d’AMA2009 est de stimuler l’intérêt mondial, particulièrement parmi les jeunes, dans l’astronomie et la science sous le thème central « l’univers, découvrez ses mystères ». L’UAI en coordonne de nombreuses activités à travers le monde, et en particulier onze pierres angulaires, allant de la protection du ciel étoilé à l’organisation d’expositions d’images astronomiques, et à l’introduction et la promotion de l’astronomie dans les pays en développement. Également de petites lunettes astronomiques seront distribuées dans divers pays.

Catherine Cesarsky est actuellement présidente du Comité des programmes scientifiques du Centre national d’études spatiales (CNES), conseiller scientifique à la DSM, CEA Saclay, chercheur associé au GEPI, Observatoire de Paris-Meudon et présidente de l’Union Astronomique Internationale. Elue le 11 décembre 2007 à l’Académie des sciences dans la section sciences de l’univers, elle sera reçue sous la coupole en juin 2008.

En savoir plus :

- L’ESO
- L’IAU
- Année mondiale de l’astronomie, International Year of Astronomy 2009
- ALMA

Site de l’Académie des sciences

La musique exploitée après le générique, mais aussi à 23mn, 25mn et à la 48e minute, nous a été gracieusement communiquée par Mathieu Cesarsky, dont voici les références :
Clouds par le groupe Chicros, tiré de l’album "Sour Sick Soul" paru sur le label Pole Nord.
Ecrit par P. Monthaye et M. Warsky
Edité par Twinn Fizz/Chrysalis, (c) et (p) 2007






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