Console et Train

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost
Jean Pruvost, lexicologue, nous livre l’étymologie des mots "console" et "train". Que de sens peut prendre le mot console ! Vous ne les connaissez pas tous ? Consolez-vous, cette rubrique va élargir vos connaissances et rompre votre train-train que vous preniez le TGV ou le train 11 !


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Référence : MOTS306
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Date de mise en ligne : 27 avril 2008


Console, d’un consolateur à l’autre

C’est un membre d’architecture qui se met aux deux côtés de la porte ionique pour soutenir la corniche qui est au-dessus . Ainsi, dans le premier de nos dictionnaires monolingues (1680), une phrase suffit à Richelet pour définir la console. Cependant, cinq siècles plus tard, dans le Dictionnaire de l’Académie, modèle de clarté et de précision, ladite console a pris de la vigueur en s’installant dans cinq domaines d’emploi distincts.

- Tout d’abord l’architecture, la console désignant la partie saillante en forme de S qui soutient une corniche ou un balcon. Deux étymologies sont avancées : soit la console tire son nom des consolateurs, figures d’hommes utilisées comme accoudoirs dans les stalles d’un chœur d’église, soit du verbe consoler, soulager une douleur, les consoles soulageant effectivement d’un poids certain toute corniche.

console époque régence
console époque régence

- C’est ensuite par analogie de forme que la console est devenue, au XVIIe siècle, la tablette à pieds galbés appliquée au mur. Ses épaules sont ma console, mon Acropole ! s’exclame en 1887 J. Laforgue à propos de la belle qu’il célèbre poétiquement. Quant à Colette, elle donne au meuble une vertu curative en décrivant la chatte, chaude de fièvre , qui se couchait sur une console de marbre et dont le lait diminuait !
- Un saut est franchi, lorsque la console désigne pour la harpe et l’orgue, la partie de l’instrument où se trouvent les commandes de réglage, cheville ou claviers. Toute table support de commande devient alors console.
- À R. Debray alors de signaler une pléiade de bonzes au crâne rasé devant leur console électronique dans quelque inquiétant centre d’opérations. À nous d’imaginer de précieux opérateurs devant les consoles de mixage des enregistrements télévisés ou radiophoniques. Enfin, aux jeunes d’attendre avec impatience le Père Noël dont la hotte est chargée de « consoles de jeux vidéos » connectables en réseau sur Internet. Un consolateur virtuel ?

Du trantran au train à grande vitesse

L’extrême rapidité des voyages en chemin de fer est une chose antimédicale. Aller comme on fait, en vingt heures de Paris à la Méditerranée, en traversant d’heure en heure des climats si différents, c’est la chose la plus imprudente pour une personne nerveuse. Elle arrive ivre à Marseille, pleine d’agitation… déclare J. Michelet en 1861 dans La Mer. Presque cent cinquante ans plus tard, l’inquiétude médicale n’est plus de mise, le train à grande vitesse, le TGV, est au contraire réclamé à cor et à cri et l’agitation qu’il entraîne devient même signe de pleine santé pour une ville, en somme le contraire du train-train. Train-train ou trantran ? En fait, il n’était jadis pas question du train mais de la chasse à cour, le tran désignant le son du cor, au fond des bois... Il s’agissait d’une onomatopée, imitant l’instrument répétant plusieurs fois le signal d’où le trantran. Mais on ne résiste pas à l’attraction du train, et du trantran au train-train, ce train de vie trop tranquille, il n’y avait qu’une lettre à franchir. De son côté, le train est dérivé du verbe traîner, lui-même issu du latin tragere, altération de trahere, tirer quelque chose. D’où d’abord l’idée d’une suite d’êtres ou de choses, avec par exemple le train de maison, toute la domesticité suivant les maîtres, ou encore le train de bois, l’ensemble des troncs descendant une rivière. Vint alors au XIXe siècle la suite de wagons d’un nouveau train, celui qui sifflait (trois fois, diront les cinéphiles), avec ses extras, le train bleu, train de voitures-lits de ladite couleur ayant pour destination la Côte d’Azur, ou encore les trains de plaisir spécialement affrétés pour une excursion. Il reste à évoquer le plus indispensable, le train onze, attesté en argot depuis deux siècles : d’un côté, le train le plus rapide, le TGV, de l’autre le plus lent et le moins cher, le train onze. Prendre le train 11, c’est en effet tout simplement marcher à pied, les deux 1 du 11 étant assimilés à nos modestes jambes…

Jean Pruvost est Professeur des Universités à l’Université de Cergy-Pontoise, où il enseigne la linguistique et notamment la lexicologie et la lexicographie. Il y dirige aussi un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise (Métadif, UMR 8127) consacré aux dictionnaires et à leur histoire.






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