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Grippe et confinement

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost
La grippe, on en parlait déjà au XIVe siècle ! Raison de plus pour s’agripper... ou rester confiné, comme notre lexicologue nous l’explique en livrant l’étymologie des mots "grippe" et "confinement".


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Émission proposée par : Jean Pruvost
Référence : MOTS303
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/mots303.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida2931-Grippe-et-confinement.html
Date de mise en ligne : 13 avril 2008

De la grippe de fer à la grippe aviaire…

C’est dès le XIVe siècle que la grippe frappe, mais il s’agit alors de la grippe de fer, une sorte de griffe permettant d’agripper quelque chose d’un seul coup. Or, c’est justement parce que la grippe vous grippe tout d’un coup qu’elle fut ainsi dénommée au XVIIIe siècle. Avant de devenir ce que le Petit Larousse de 1905 assimile à une « espèce de catarrhe épidémique », avec pour synonyme vieillissant l’influenza, un mot italien, la grippe désignait la fantaisie vous prenant d’un coup et sans raison. Ainsi, lorsque dans la Mascarade des enfants gâtés Corneille signale qu’il est plus heureux Que tant de fous et d’amoureux, Qui se sont perdus par leurs grippes , on est loin alors de la grippe qui cloue au lit, en général sans gravité ou parfois inventée, comme celle qui fait dire à G. Elgozy, dans le Fictionnaire (1973), qu’elle a pour synonyme absentéisme… Mais il y a des grippes dont on n’a pas envie de sourire, la grippe espagnole, asiatique ou encore la grippe aviaire. R. Devos posait la question facétieuse de la différence entre une bonne grippe et une mauvaise grippe, mais il ne serait assurément pas de bon ton de dire aujourd’hui qu’on a attrapé une bonne grippe aviaire.

Confinement, vieux mot ?

Pour P. Larousse, la chose est entendue, le confinement sobrement assimilé dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle à une prison et à l’action de confiner quelqu’un, en somme l’enfermer, représente indéniablement un « vieux mot ». Et d’ajouter qu’il désigne encore en jurisprudence l’isolement des prisonniers, avec un exemple rejetant le mot outre-Atlantique : En Amérique, le confinement est une peine légale . Ainsi, attesté seulement depuis 1481, le confinement se trouvait déjà en passe de disparaître. Cependant aux confins de chaque pays, étymologiquement à ses frontières - le latin confinium définissant la limite commune aux champs et territoires -, l’homme peut bien ériger des murs, les oiseaux et les atomes n’en ont cure ! Et le confinement d’un captif, repris dans le vocabulaire médical pour le malade mis en quarantaine, a repris toute sa force avec le confinement des substances explosives ou radioactives. Et voilà que le confinement touche désormais nos oiseaux, nos volailles ! On hésite alors entre Gide qui « confiné les jours de pluie … faisait la chasse aux moustiques et Racine laissant dire à Bérénice : Au bout de l’univers, va, cours te confiner !

Jean Pruvost est professeur des universités à l’Université de Cergy-Pontoise, où il enseigne la linguistique et notamment la lexicologie et la lexicographie. Il y dirige aussi un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise (Métadif, UMR 8127) consacré aux dictionnaires et à leur histoire.






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