Ernst Nolte : Entre les lignes de front

Un entretien avec l’historien des totalitarismes fasciste et communiste
A plusieurs reprises, l’émission « Un jour dans l’Histoire » s’est penchée, non pas sur un livre, mais sur l’œuvre complète d’un historien qu’il nous semblait important de mettre en avant. Christophe Dickès reçoit au micro de Canal Académie Ernst Nolte, historien des idéologies plutôt que des idées. Tour d’horizon d’une carrière controversée mais non moins brillante.


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Émission proposée par : Christophe Dickès
Référence : HIST325
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Date de mise en ligne : 6 avril 2008

Le nom d’Ersnt Nolte reste d’abord attaché aux débats sur les liens entre les fascismes, le communisme et les totalitarismes. Pour nous Français, il est aussi associé à une relation épistolaire qui fit honneur au débat intellectuel, à la disputatio, celle entretenue avec François Furet peu avant sa disparition au mois de juillet 1997.

Ersnt Nolte
Ersnt Nolte

Longtemps occultée par l’historiographie, c’est précisément François Furet, dans une note de son livre majeur Le Passé d’une illusion, qui sortit l’œuvre d’Ernst Nolte d’un silence dont il était la victime. Depuis, son œuvre est désormais largement diffusée en France. Au mois de mars 2000, les éditions des Syrtes publiaient une de ses œuvres majeures, La Guerre civile européenne, préfacée par Stéphane Courtois, œuvre dans laquelle Nolte donne à la Révolution de 1917 un caractère générateur puisque les fascismes italiens et allemands y sont présentés comme la conséquence de cette révolution russe. C’était là la fameuse théorie du nexus causal.

Deux ans plus tard, c’était au tour des éditions du Rocher de publier Les fondements historiques du national-socialisme préfacé par le professeur italien Massimo Amato, qui rassemble plusieurs conférences prononcée à l’Université Bocconi (Milan).

Puis, aujourd’hui, c’est au tour des éditions Robert Laffont de publier une série de textes dans sa fameuse collection bouquins intitulés Fascisme et Totalitarisme, un livre aujourd’hui introuvable et réédité. Enfin, Entre les lignes de front est le dernier ouvrage de l’historien (Editions du Rocher). Celui-ci rassemble les entretiens qu’il eut avec un de ses élèves et disciple, Siefried Gerlich, dans lequel il revient sur l’ensemble de sa carrière et des débats qui l’ont jalonné.

L’entretien a été réalisé avec l’aide du traducteur d’Ernst Nolte, Jean-Marie Argelès dont on entend quelquefois la voix lorsqu’il suggère à M. Nolte la traduction française de quelques mots.

Présentation de l’éditeur du livre Entre les lignes de front (Ed. du Rocher).

Il s’agit d’un petit livre d’entretiens entre Ernst Nolte et le jeune philosophe Siegfried Gerlich, publié il y a deux ans en Allemagne, qui permet à Nolte de revenir longuement sur l’ensemble de son itinéraire intellectuel. Il revient d’abord sur son double intérêt fondamental : la philosophie allemande — rappelons que Nolte est philosophe de formation —, puis sur ce qu’il considère comme son principal apport historique : le développement de l’histoire des idéologies et des mouvements idéologiques, par différence avec l’histoire politique, militaire, sociale, et même par rapport à l’histoire des idées qu’il distingue nettement de l’idéologie. Il souligne sa « haine amoureuse pour les idéologies […] et envers ce que l’idéologie manifeste de volonté de faire triompher à tout prix la conception qui est la sienne, quitte à renoncer à la recherche de ce qu’on appelle l’objectivité scientifique » — Nolte rappelle qu’il a suivi un cursus secondaire scientifique, avant de s’intéresser à la philosophie puis à l’histoire. Repartant de son grand œuvre originel, Le fascisme dans son époque, Nolte revient en détail sur la querelle des historiens qui, en 1986-1987, a animé le champ de l’histoire contemporaine en Europe et l’a opposé en particulier à Jurgen Habermas. Il rappelle à cette occasion le climat d’extrême violence dont il fut victime alors, allant jusqu’aux agressions physiques.

Nolte aborde ensuite cinq de ses thèmes d’intérêt majeurs :
- La révolution bolchévique et son influence sur l’ensemble du 20e siècle et sa relation dialectique avec l’émergence du nazisme.
- Marx et le nazisme, où il revient sur son grand livre non traduit en français Marx et la révolution industrielle, et où il s’interroge sur l’influence de Marx dans l’émergence des exterminations de masse au 20e siècle.
- Nietzsche, sur lequel il a publié un livre important traduit en français, chez qui il souligne la passion exterminatrice.
- Heidegger, dont il fut l’étudiant après guerre.
- L’évolution de la Droite en Allemagne depuis 1945 jusqu’à aujourd’hui.

Au total, un livre de philosophie historique très clair, mais aussi un livre très personnel et donc très vivant.

Présentation de Stéphane Courtois du livre Fascisme et totalitarisme (Robert Laffont)

En 1963, Ernst Nolte, philosophe de formation, fait irruption dans le champ de l’histoire contemporaine en publiant un ouvrage monumental, Le Fascisme dans son époque. Il voit dans l’émergence du fascisme le fruit d’un enchaînement dialectique : une double réaction de type révolutionnaire face au système libéral et démocratique et, surtout, face au mouvement marxiste incarné à partir de novembre 1917 par la révolution bolchevique.

L’historien philosophe cherche à comprendre les deux phénomènes typiques du xxe siècle que sont le communisme et le fascisme. L’une des grandes originalités de sa démarche est l’attention qu’il porte à l’histoire des idéologies, ensembles d’idées qui traduisent des " émotions fondamentales " et peuvent mettre en mouvement des populations entières. Ces émotions fondamentales – peur, haine, mépris, colère, mais aussi enthousiasme, espoir, foi –, François Furet les nommait " passions " et a montré leur importance. Nolte n’est pas un historien des idées, mais des idéologies vécues par leurs adeptes comme des religions séculières se livrant à une surenchère permanente dans les promesses de bonheur.

Figurent ici trois textes majeurs de l’auteur sur une époque (1917-1945) qui " a exigé de la vie plus de victimes qu’aucune autre ", ainsi que son article de 1986, " Un passé qui ne veut pas passer ", qui déclencha en Allemagne la célèbre " querelle des historiens ". Ils sont accompagnés d’une esquisse autobiographique inédite d’Ernst Nolte qui éclaire le parcours intellectuel de l’un des historiens majeurs du fascisme et du totalitarisme, récemment salué par René Girard.






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