"Qui nous délivrera des Grecs et des Romains ?"

Robert Kopp, correspondant de l’Institut, au troisième colloque international de l’Adirel
Baudelaire, Flaubert et les Goncourt face à l’Antiquité et à la question sulfureuse : "Qui nous délivrera des Grecs et des Romains ?". Intervention de Robert Kopp, professeur de littérature à l’Université de Bâle, et correspondant de l’Institut, qui répond avec humour et facétie, suivie d’une courte interview dans laquelle il développe ce propos.


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Date de mise en ligne : 30 mars 2008

Le troisième colloque international de l’Adirel, Association pour la Diffusion de la Recherche Littéraire, à l’initiative de Madame Madeleine Bertaud, se tenait à La Sorbonne du 5 au 8 mars 2008 sous le thème : la littérature française au croisement des cultures.

Robert Kopp intervenait sur la question de l’Antiquité puis il a accordé une interview à Canal Académie.

N.B. Le son de cet enregistrement fait sur place reprend "les conditions du direct" et n’offre pas la même qualité que l’interview en studio.

L’Adirel est une association créée en 1988 par un petit groupe d’universitaires. Elle travaille à la diffusion de la recherche littéraire.

Robert Kopp est professeur de littérature à l’Université de Bâle, et correspondant de l’Institut.

En savoir plus :

- Écoutez également notre émission avec Robert Kopp sur Baudelaire, ainsi que que sur Jean-François Revel

- L’Adirel, Association pour la Diffusion de la Recherche Littéraire

A lire :

Lors de la soirée de clôture de ce colloque dans le Grand Salon de la Sorbonne, le Président de Canal Académie, Jean Cluzel, de l’Académie des sciences morales et politiques, a fait un exposé sur l’histoire et les enjeux de Canal Académie. En voici le texte :

UNE INTUITION CREATRICE : CANAL ACADEMIE Première radio académique francophone sur Internet

I - Héritiers des lumières et fidèles à l’universalitéLe 26 janvier 2005, la première radio académique francophone émettait sur Internet à partir du Palais de l’Institut. Toute œuvre naît d’un acte de foi. Elle n’a pas fait exception à ce principe, cette radio sur la toile qui s’appelle Canal Académie, fruit d’un travail d’équipe. Après avoir surpris par son ambition, elle surprend pas sa rapide implantation internationale. En trois ans, il a été prouvé que ses fondateurs avaient eu raison de lancer des passerelles entre les Académiciens du quai de Conti et les jeunes générations du monde entier. Car rien n’est pire que les ruptures de mémoire collective lorsqu’une génération ne sait pas ce qui s’est passé avant son arrivée sur terre.

1/ Rappelons que les cinq Académies du quai de Conti ont toujours été fidèles aux deux missions confiées en 1795 par la Nation : • mission de réflexion et de recensement des savoirs • mission de rayonnement de la culture et de la langue françaises.

2/ Sachons qu’au XXIème siècle, la croissance de la population mondiale est, au minimum évaluée, pour les cinq premières décennies, à deux milliards d’être humains. Les responsabilités des institutions vouées à la culture se sont donc accrues par rapport aux siècles passés. Car il ne s’agit pas seulement de nourrir et de soigner ces populations supplémentaires, il faudra aussi les éduquer. Ces missions, l’une ancienne et les autres nouvelles, l’une donnée par la Convention et les autres imposées par l’évolution de l’humanité, justifient la création de Canal Académie. L’œuvre est immense, mais à l’échelle d’un demi-siècle, elle est possible. Elle est possible pour deux raisons : • à la structure pyramidale de transmission des connaissances et des idées existant depuis des siècles s’est ajoutée une structure en réseaux, permettant à des centaines de millions (un milliard et demi actuellement) d’émetteurs-récepteurs de communiquer entre eux. • chaque possesseur d’ordinateur est un média en puissance. Grâce à Internet et en utilisant Internet, Canal Académie fait partie intégrante du monde qui se crée sous nos yeux. C’est pourquoi l’Institut et les cinq Académies qui le composent peuvent – grâce à Internet – remplir, à l’échelle de la planète, les missions confiées par la Convention le 25 octobre 1795 et confirmées par les pouvoirs publics en avril 2006.

II - Une époque frappée de surdité par les médias

Depuis le début des années 60 du siècle dernier, la télévision est devenue la source quasi monopolistique des informations et des connaissances. Se sont, du même coup, trouvées éliminées toutes les étapes de la pensée et du questionnement. Or, c’est une situation de régression intellectuelle que de ne pas nuancer le propos, de ne pas expliquer comment on en est arrivé aussi prestement à conclure, sans laisser place ni à la critique ni au débat. Sans la connaissance des hypothèses et des prémices, la discussion sur un sujet est devenue impossible. On est ainsi passé du côté de l’argument d’autorité, en lieu et place de l’argument rationnel, parce que le temps et l’espace de la télévision sont limités ; parce que la forme du langage médiatisé est celle de l’interview et qu’elle entraîne l’adhésion, non pas au nom de la vérité, mais en fonction de la séduction.

Ce n’est pas par malignité que les professionnels de la télévision ont contribué à évincer le débat intellectuel du petit écran, c’est parce que leur outil ne leur a pas permis d’agir autrement. Pour le faire fonctionner, ils doivent demander au savant, ou à l’expert, de résumer tout sujet en une minute trente, voire en soixante secondes, quelle qu’en soit la complexité. Sinon, l’exposé ne pourrait entrer dans le cadre d’une séquence de journal télévisé.

En quelques années, le monde est entré dans un système de contraintes médiatiques qui partage les savants et les experts entre, d’un côté, ceux qui acceptent les règles du jeu et, de l’autre, ceux qui les refusent. On peut encore dire que ce système a pour conséquence de scinder les idées en deux grandes catégories : celles qui peuvent être médiatisées (en très petit nombre) et celles qui ne le peuvent pas (la plupart d’entre elles). L’élément essentiel du conflit est l’opposition qui existe entre logique de l’actualité et logique de la pensée. En définitive, ce qui est en question, c’est le rapport au temps. La télévision veut de l’instantané, de l’immédiateté alors que l’horizon de la pensée se situe à 15 ou 20 ans. On voit ainsi à quel point l’outil télévisuel ne peut qu’ignorer le monde des idées et comment, à force de l’ignorer, il l’a fait disparaître de ses écrans.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la masse des images et de signes est adressée en permanence à la planète toute entière. Cette myriade de programmes est d’un tel volume et jouit d’une si considérable faveur auprès du public que se trouvent, sous leur influence directe, les comportements, les mœurs et les cultures. C’est ainsi que, sous nos yeux, des entreprises, plus puissantes que les États eux-mêmes, font main basse sur les biens les plus précieux de la démocratie : la culture et l’information. Le résultat en est le médiatiquement correct et le philosophiquement correct ; la mondialisation connaît ainsi sa première crise de pensée en s’éloignant de l’universalité.

III - De nouveaux moyens de communication

Dans ce monde nouveau où la pensée pourrait n’être bientôt plus qu’une marchandise il est évident que les Académies – et, avec elles, toutes les grandes institutions culturelles non tournées vers le spectacle, ou financées par la vente d’espaces publicitaires – doivent faire en sorte de se placer en un point d’où elles puissent être entendues. Au cours des siècles, l’homme a toujours su tirer le meilleur profit des techniques qu’il avait inventées et les mettre au service de ses plus nobles aspirations. Comme l’écriture, comme l’imprimerie, Internet est un outil et la valeur de cet outil ne dépend que de la volonté et du discernement de celui qui en use. Afin de développer encore sa présence auprès du public mondial, les Académies ont décidé de tirer parti des développements technologiques récents – et notamment de la diffusion rapide des connexions haut débit – en créant une radio sur Internet : Canal Académie. L’irruption de l’Internet au cœur des techniques de communication a complètement modifié la situation permettant à la pensée de s’exprimer en s’affranchissant à la fois de la précarité de l’édition scientifique traditionnelle et des règles qu’impose – au-delà d’elle-même – la télévision.

C’est dans cet univers sans boussole que des institutions, comme les Académies, peuvent jouer le rôle que leur assigne l’Histoire, celui de garants. Offrir la garantie d’une recherche honnête de la vérité, voilà ce qu’elles peuvent apporter sur Internet. Donner une caution, indiquer un chemin, voilà encore deux missions qu’elles ont le pouvoir et, par conséquent, le devoir de remplir. En 2008, le nombre d’internautes dans le monde va dépasser le chiffre du milliard et demi contre 50 millions en 1995. Leur présence dans cette nouvelle Agora sans frontières peut permettre aux Académies de s’adresser directement, ou indirectement grâce à des relais efficaces, à tous ceux qui fréquentent en nombre croissant la toile virtuelle qui enserre la planète.

Internet au service de la pensée... La formule peut surprendre même si, peu à peu, cette idée gagne du terrain. En réagissant, en entreprenant des actions non encore répertoriées, en s’élançant hors des sentiers battus, les Académies ont voulu prouver que c’était possible. Parce qu’elles avaient compris l’étendue de la révolution qui secoue la société de l’information.

IV - Les Académies européennes à l’Institut

L’Institut de France a toujours accordé une attention particulière à ses relations avec les Académies d’Europe. C’est pourquoi Monsieur le Chancelier Gabriel de Broglie, eut l’idée, en octobre 2007, de réunir, pour la première fois au Palais de l’Institut, un grand nombre d’Académies européennes parmi les plus anciennes et les plus prestigieuses, mais également quelques institutions plus récentes : quatre-vingts Académiciens, issus de trente-cinq pays représentant soixante et une Académies se retrouvèrent donc quai de Conti.

Dans son discours introductif, Monsieur le Chancelier, devait insister sur la mission universelle confiée aux Académies et aux institutions culturelles pour la transmission des savoirs et des connaissances. « Nous la partageons certes avec les universités et les bibliothèques, mais il y a une différence : nous sommes indépendants. Nous échappons à la tutelle du pouvoir. Nous nous choisissons entre pairs. Notre lecture du monde reste indépendante et paraît même originale, fantaisiste parfois aux yeux d’une société sur laquelle pèse forcément une idéologie dominante mais à laquelle nous n’avons aucune obligation de nous référer. » (…) Quelle médiatisation des Académies pour se faire entendre ? Quelle attractivité pour les académies vis-à-vis des grands esprits et talents de notre temps ? »

A sa suite, Jean-Claude Casanova rappelait que les « Académies réunies à Paris ont toutes en commun d’être européennes . Elles revendiquent leur filiation antique qui remonte à Athènes, Jérusalem et Rome. Elles savent aussi que le monde ne se réduit pas à l’Europe. Toutes, enfin, vivent à l’âge démocratique mais en se souvenant que ce ne fut pas toujours le cas dans le siècle qui précède. » Puis il a précisé « que nos Académies servent des fins ultimes qui les dépassent, au premier rang desquelles est la vérité. Or, il n’est pas sûr que nos sociétés modernes, vouées au progrès économique et réparties en nations égoïstes et querelleuses, acceptent entièrement cette fin, ou tout au moins acceptent de s’y subordonner. »

On peut retrouver les échos fidèles de ces travaux et de ces échanges – qui durèrent quatre jours – en consultant la médiathèque de Canal Académie. Car elle ne transige pas avec le devoir de transmission. Avec cette originalité d’en tenir la mémoire à la disposition des hommes à travers l’espace et à travers le temps.

V – Au printemps 2008 : pari gagné, défi relevé

En ayant contourné l’omerta décidée par les grands médias français à l’encontre des Académies du Quai de Conti à Paris qui forment l’Institut de France : 7 702 939 internautes sur Canal Académie en 2007

En permettant aux internautes de puiser à volonté dans les trésors des Académies jusqu’alors réservés à l’élite intellectuelle parisienne : 2 795 321 émissions téléchargées en 2007

Durant la première moitié du XXIe siècle, deux milliards d’enfants naîtront dans des pays pratiquement dépourvus de structures éducatives. Face à cette énorme croissance, les entreprises, les États, la communauté internationale et les fondations humanitaires parviendront, tant bien que mal, à les nourrir et à les soigner. Mais, sans réseau éducatif, ces enfants risqueraient d’être condamnés à une vie sous humanisée par défaut d’instruction, d’éducation et manque d’accès à la culture.

Avec Canal Académie, des Académiciens ont décidé de proposer à cette jeunesse, via Internet, une offre éducative. Par exemple, en œuvrant avec les services culturels français à travers le monde ; puis en apportant leur concours au projet, mis au point par l’Onu et l’Unesco, appelé un enfant, un ordinateur : comme des réseaux intercontinentaux d’instruction et d’éducation.

Le premier importateur des émissions de Canal Académie en 2007 est… la Chine ! Le 13 décembre de cette année-là, 111 612 émissions de Canal Académie ont été téléchargées, principalement depuis la Chine. De cette moisson il sera certainement fait bon usage puisque rien ne sera plus facile – en raison de la gratuité des programmes – aux 111 612 nouveaux possesseurs de ces trésors d’en assurer eux-mêmes la diffusion chez eux et ailleurs.

VI - De découverte en découverte quai de Conti

Une découverte : il existe à Paris, Quai de Conti pour être plus précis, un lieu où, si l’Esprit souffle, il ne le pouvait, par la volonté des médias, qu’en d’étroites limites. Une découverte : il existe, à Paris, un espace de liberté où les Académiciens et leurs invités peuvent étudier, analyser, inventorier, comparer, rédiger sans tenir compte ni des courtisans ni des adeptes de la pensée dominante ; de cette liberté ils savent se servir en ne s’alignant sur aucune mode ; ils sont tout à la fois les héritiers du classique XVIIe siècle, des Lumières, des XIX et XXe qui surent avancer dans la voie des progrès et ils en étonnèrent plus d’un en décidant de créer Canal Académie.

Une découverte : parce que la voix des Académies, c’est aussi l’une des voix de la France ; cette voix qui, maintenant, se fait entendre dans le monde entier. Comment expliquer une percée aussi rapide ? Sinon parce que, durant trois années, une petite équipe s’est immergée jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, dans les textes des Académiciens. Et, qu’elle a pu et su s’imprégner de leurs idées. Non seulement parce qu’elle a lu et entendu, mais aussi parce qu’elle a analysé leurs pensées, leurs livres et leurs colloques d’abord pour les comprendre dans toute leur complexité ; ensuite pour les traduire en un langage radiophonique adapté à l’Internet ; tant il est vrai que l’on ne comprend bien et que l’on ne transmet bien que ce que l’on a parfaitement assimilé. En y consacrant le temps, l’attention et la foi nécessaires. Une découverte : pour ceux qui – à travers le monde – ont avec joie appris que les portes des deux bibliothèques du Quai de Conti leur étaient maintenant grandes ouvertes (Bibliothèque Mazarine et Bibliothèque de l’Institut). Une découverte : si les trompettes de Jéricho, nous apprend le livre de Josué dans la Bible, ont fait s’écrouler les murailles de la ville, de même on peut prétendre que le signal de Canal Académie, porté par Internet aux quatre coins du monde, a fissuré les murs de silence imposés par les médias.

VII - Au secours des familles françaises expatriées

En 2007, quarante pour cent des téléchargements pris sur Canal Académie ont été effectués depuis l’étranger, le Royaume-Uni venant en tête, les Amériques dans leur ensemble étant également bien placées. Ainsi, les Français expatriés, les francophones répartis dans le monde et autres amateurs de langue et de culture françaises sont largement représentés chez les auditeurs de Canal Académie. Plus que l’habitant de la métropole, l’expatrié est conscient du risque d’ex-culturation et se soucie de savoir si ses enfants, surtout s’ils sont immergés dans un monde anglophone, deviendront ou non des adultes de langue française ou, au contraire, seront partiellement ou totalement perdus pour la francophonie. On peut ainsi comprendre que les familles françaises expatriées, tout comme les autres francophones et francophiles du monde, soient demandeurs de médias susceptibles de leur procurer ce qu’elles considèrent comme le meilleur de la France, et de sa culture. Elles demandent des émissions traitant d’art et d’histoire, de langue et de littérature, de philosophie et des valeurs qui en découlent, de réflexion plus diachronique qu’immédiate sur l’évolution de la France de l’Europe et du monde. Or c’est précisément là que réside l’originalité de l’offre proposée par Canal Académie ; c’est probablement ce qui explique, la forte proportion des téléchargements opérés depuis l’étranger.

Aussi, pourrait-il paraître nécessaire que Canal Académie puisse durablement remplir cette mission originale au service de la langue et de la culture françaises ; non dans un objectif de domination mais de partage ; non pour asservir mais pour servir. En poursuivant avec ardeur la mise en place de réseaux intercontinentaux d’instruction et d’éducation. Afin que les enfants des familles françaises expatriées ne disparaissent pas dans la culture anglophone.

DE LA PASSION AVANT TOUTE CHOSE

Les Académiciens du Quai de Conti savent que, durant leur vie académique, ils peuvent – contrairement aux jugements sarcastiques de si nombreux aveugles – agir davantage encore qu’au début de leur vie. Parce que leur appartenance à l’Institut leur permet de participer à une action collective de civilisation. Et qu’ils ont – avec les institutions culturelles – une fois pour toutes, décidé d’en être acteurs. Après avoir accepté d’entrer dans la société de l’information en mettant au service des œuvres de l’intelligence et de la culture les nouvelles technologies de l’information et de la communication.

Acteurs de civilisation pour avoir voulu assumer leurs responsabilités académiques. Pas seulement Quai de Conti ; pas seulement dans les limites de la France ; pas seulement dans celles de la francophonie ; mais pour le monde entier. Billevesées diront les grincheux ; inutile s’exclameront les envieux ; attendons conseilleront les peureux ; qui paiera ? finasseront les financiers. Réponse : courage et volonté font toujours des merveilles. J.C.






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