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2 mai 1808 : les Espagnols contre Napoléon

Madrid se soulève contre les français
Dans la série de portraits et d’éphémérides consacrés à la guerre espagnole de Napoléon, Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon et auteur de plusieurs ouvrages sur le Consulat et l’Empire, revient sur l’insurrection madrilène du 2 mai 1808.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : HIST316
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist316.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida2665-2-mai-1808-les-Espagnols-contre-Napoleon.html
Date de mise en ligne : 27 avril 2008


Dos de Mayo
Dos de Mayo
Le 2 mai 1808, la charge des Mamelouks de Francisco Goya, musée du Prado

À Sainte-Hélène, Napoléon confie à Las Cases : « Cette malheureuse guerre d’Espagne a été une véritable plaie, la cause première des malheurs de la France […] j’embarquai fort mal toute cette affaire, je le confesse ; l’immoralité dut se montrer par trop patente, l’injustice par trop cynique, et le tout demeure fort vilain, puisque j’ai succombé ». De 1808 à 1813, la guerre d’Espagne constitue une véritable « épine dans le pied » de Napoléon. Il s’avère incapable de vaincre une résistance espagnole qui pourtant, dès le départ, s’était montrée déterminée à sauvegarder sa liberté, comme en témoigne l’insurrection de Madrid, le 2 mai 1808.

Les origines du soulèvement

Aux yeux des Français, l’Espagne est en 1808 un pays archaïque, terre d’hidalgos et de couvents, royaume décadent vivant dans la nostalgie du siècle d’or. L’Espagne est pourtant l’alliée de la France, pour le meilleur, mais aussi pour le pire, comme l’a montré la défaite navale de Trafalgar en 1805. C’est en vertu de cette alliance que les deux pays ont décidé, à la fin de 1807 de se partager le Portugal, pays allié de l’Angleterre sur la péninsule. En route vers le Portugal, les troupes françaises, commandées par le général Junot pénètrent en Espagne en octobre 1807. Junot entre à Lisbonne le 30 novembre. Mais dans le même temps, plusieurs autres corps d’armée s’installent dans la péninsule ibérique, sous le prétexte d’assurer une couverture aux troupes de Junot. Au début de l’année 1808, ils occupent le nord et le centre de l’Espagne et se sont emparés des citadelles de Barcelone, Pampelune et Saint-Sébastien. Cette pression grandissante provoque une vive inquiétude dans les milieux gouvernementaux espagnols, d’autant plus que le 20 février, le maréchal Murat est désigné comme lieutenant général de l’empereur en Espagne. Or Murat, titulaire à cette date du grand duché de Berg et beau-frère de Napoléon, est un des hauts personnages de l’Empire ; son arrivée à Madrid ne peut qu’inquiéter sur les véritables motifs de Napoléon. En réalité, au début de 1808, l’empereur est bien décidé à intégrer l’Espagne au Grand Empire.

Les affaires intérieures du royaume d’Espagne facilitent la démarche de Napoléon. Pour bien comprendre la situation, il faut suivre la famille royale espagnole. Face à l’invasion française, elle s’était réfugiée à quelques dizaines de kilomètres au sud-est de Madrid, dans la résidence royale d’Aranjuez. Dans la nuit du 17 au 18 mars 1808, une émeute y éclate. Provoquée par des membres de la noblesse espagnole favorable au prince des Asturies, fils du roi Charles IV, elle est dirigée contre le premier ministre Godoy, dont l’impopularité est à son comble. L’arrivée des Français en Espagne, directement liée à ses projets portugais, a en effet achevé de le discréditer. Godoy est arrêté après trente six heures de traque. Il est emprisonné, mais la tension ne faiblit pas et l’émeute populaire pousse finalement le roi Charles IV à abdiquer le 19 mars 1808. La royauté n’est pourtant pas en cause. Derrière les insurgés en effet veillent les partisans du prince des Asturies, Ferdinand, qui n’attend qu’une occasion pour s’emparer du trône. La conspiration d’Aranjuez lui en offre les moyens. Il succède à son père sous le nom de Ferdinand VII. Mais ce changement mécontente Napoléon qui refuse de reconnaître le nouveau roi. Persuadé de la docilité des espagnols et convaincu de sa toute puissance, l’empereur convoque alors le père et le fils à Bayonne pour régler le sort de la couronne espagnole.

Madrid se soulève

Tres de Mayo, Francisco Goya, 1814
Tres de Mayo, Francisco Goya, 1814
huile sur toile 345 × 266 cm Museo del Prado

Depuis le mois de mars, la tension a monté entre la population et l’armée française qui fait de plus en plus figure d’armée d’occupation. L’annonce de l’entrevue de Bayonne, qui apparaît comme un piège, met le feu aux poudres. Lorsque Murat veut faire partir vers Bayonne les derniers éléments de la famille royale encore à Madrid, le peuple madrilène se mobilise autour du palais, lance des pierres et des injures contre les soldats français. La charge de grenadiers contre cette foule ne fait qu’attiser sa révolte. Les émeutiers investissent la ville, s’en prennent aux soldats isolés, égorgent des officiers français dans leurs maisons et cherchent à s’emparer des portes de la ville pour empêcher l’arrivée de renforts. Le maréchal Murat procède alors à une répression systématique. Il fait dégager les alentours des portes et entrer dans la ville les troupes cantonnées à l’extérieur. Les combats sont particulièrement sanglants aux environs de la porte de Tolède où s’illustrent les escadrons de lanciers polonais. La charge des mamelouks, retracée notamment par Goya, a aussi laissé une trace forte parmi les madrilènes qui voient en eux la résurrection des Maures. Puis Murat ordonne le ratissage complet des quartiers en ébullition. Tandis que ses troupes progressent en colonnes vers le centre de la ville, sabrant au passage les émeutiers, ces derniers, réfugiés dans les immeubles voisins, tirent sur l’armée française. Mais le fusil est encore peu répandu dans les rangs insurgés où l’on use plus volontiers de l’arme blanche, le poignard, ou d’armes de circonstance, bâton, épieu ou pierre. Le bilan de ce qu’il faut bien appeler une guérilla urbaine est lourd pour les insurgés, probablement plus d’un millier de morts, une centaine du côté français. Mais la bataille de Madrid est surtout l’étincelle qui devait embraser la Péninsule.

En savoir plus :

Bibliographie
- Jean-René Aymes, L’Espagne contre Napoléon. La guerre d’indépendance espagnole 1808-1814. Paris, Nouveau Monde éditions, Fondation Napoléon, 2003.
- François Malye, Napoléon et la folie espagnole. Paris, Tallandier, 2007.
- Thierry Lentz, Nouvelle histoire du IerEmpire, t.3 La France et l’Europe de Napoléon (1804-1814). Paris, Fayard, 2007.

Les dates principales de la Campagne d’Espagne sont sur Kronobase






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