La grammaire et Racine

la rubrique de bibliophilie de Bertrand Galimard Flavigny
Les tragédies de Racine.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 7 mars 2006

Deux tragédies de Racine, au moins, débutent par "oui" : Iphigénie et Athalie. C’était une devinette de potache de les connaître. Nous pourrions poursuivre ce jeu, en demandant autour de soi, le titre du premier ouvrage dramatique de Jean Racine, dont je vous rappelle les dates au passage : 1639-1699. Il s’agit de La Thébaïde ou Les Frères ennemis. Elle fut représentée pour la première fois chez Molière au Petit-Bourbon, le 20 juin 1664. Tous les personnages, au cours de la pièce, sans exception sont tués, se tuent ou meurent de douleur. Cette tragédie en cinq actes et en vers, composée, à la manière d’Etéocle et Polynice les tragédies de Corneille, était directement inspirée de l’Antigone de Jean Rotrou (1609-1650). Nous le savons, grâce à Racine lui-même, qui l’indique dans sa préface. Cette Antigone aurait connu un échec retentissant ; en fait Racine et Boileau s’acharnèrent à nuire à la réputation de ce malheureux auteur durant trente ans. Celui-ci, considéré comme précurseur de Corneille composa trente-cinq pièces dont vingt-deux furent imprimées.

Mais revenons à Racine. L’abbé Pierre-Joseph Thouilier d’Olivet (1632-1768), un jésuite, qui n’avait jamais et pour cause, rencontré Racine, car il était né trop tard, se mit en tête de juger la grammaire du tragédien, notamment à partir de cette Thébaïde. Il publia donc un premier ouvrage Remarques de grammaire sur Racine (à Paris chez Gandouin, 1738). Comment ! attaquer le grand tragédien classique ! Un certain Jean Soubeiran de Scopon (1699-1751), répliqua à l’importun avec des Observations critiques à l’occasion des Remarques sur Racine de Monsieur l’abbé d’Olivet (à Paris chez Pralt, 1738). Cet auteur sur lequel nous ne savons pas grand-chose, sinon qu’il était avocat à Toulouse et membre de l’Académie des jeux Floraux, et qu’il a fondé l’Églantine d’or, une distinction de cette académie, devait publier aussi des Considérations sur le génie et les mœurs de ce siècle, édité par Durand & Pissot en 1749. Je vais vous donner le sommaire afin de vous montrer l’étendue de ces considérations :

  • Réflexions sur la nature
    • De l’esprit de la société.
    • De la douceur.
  • Réflexions morales
    • De quelques travers.
    • Des femmes.
    • De l’amitié.
    • De la modestie.
    • De la modération dans les plaisirs.
  • Réflexions critiques
    • De l’envie.
    • De la noblesse.
    • Pensées philosophiques.
    • De l’envie.
    • De la générosité et de la reconnaissance.
    • Caractères.
    • Sentences et maximes.

Figurent encore dans sa biographie des réflexions sur le bon ton, sur le goût, sur la conversation de la bonne compagnie. C’était un habitué des réflexions car il en pondit une autre à l’occasion du Brutus de M. de Voltaire, et de son Discours sur la tragédie. Ce texte fut publié dans le Mercure d’avril 1731.

Là-dessus d’Olivet reprit sa plume et sortit un nouveau texte : Racine vengé, ou Examen des remarques grammaticales (...) sur les œuvres de Racine (Avignon, 1739). Puis l’on en resta là. Enfin, presque, car Les remarques connurent une seconde édition en 1766, intitulées Nouvelles remarques... Entre temps d’Olivet avait quitté la compagnie de Jésus et rejoint une autre compagnie, celle de l’Académie française où il se posa comme "régent de la langue et de la littérature", d’où la critique de la grammaire de Racine. Il y avait été élu, en 1723, sans effectuer aucune visite, au fauteuil de Jean de La Chapelle et eut comme successeur Etienne Bonnot de Condillac. Ce grammairien , car c’en était réellement un, était un ami de Boileau et de l’avocat Mathieu-Marais ; il reçut son ancien élève Voltaire et Châteaubrun. Il collabora au Dictionnaire, et publia en 1730, une Histoire de l’Académie faisant suite à celle de Pellisson ?

Il y a une suite dans cette histoire lancée par d’Olivet. Les trois ouvrages, Les remarques..., Les observations... et le Racine vengé, furent reliés avec un Traité de prosodie, en un seul volume pour Louis Racine (1692-1763), le dernier fils de Racine. Voltaire qui ne fut jamais tendre avec personne, définit Louis Racine, comme "un homme laborieux, exact et sans génie". Il eut un mot encore plus cruel à son égard : « M. Racine a beau faire, son père sera toujours un grand homme. » Louis avait un fils, Jean qui périt lors du désastre de Cadix provoqué par le tremblement de terre de Lisbonne, le 1er novembre 1755. Ce qui nous permet de revenir vers Voltaire qui composa un fameux Poème sur le Désastre de Lisbonne, publié en 1756. Mais cela nous entraînerait trop loin et déflorerait une prochaine chronique.

Avec Jean le second s’éteignait le nom de Racine. Les femmes allaient continuer la lignée. Celle-là se composait, selon le généalogiste Arnaud Chaffandon, auteur de Jean racine et de sa descendance, en 1964, de douze cents personnes divisées en deux cents familles ! Le généalogiste analysait à l’époque, cette descendance du "plus humain des poètes" à la manière de Prévert :
- Un directeur de Saint-Gobain
- Deux fermiers généraux
- Trois religieuses bénédictines
- Quatre officiers de marine
- Un compagnon de la Libération
- Deux inspecteurs d’assurances
- Trois commandeurs de la Légion d’honneur
- Deux héros de toutes les guerres
- Une femme d’académicien.

Nous pouvons le révéler, il s’agit de Yolande Jacobé de Naurois qui avait épousé le 5 avril 1933, Jacques de Lacretelle, élu en 1936 au fauteuil d’Henri de Régnier, le 39. Son successeur est Bertrand Poirot-Delpech. Un dernier mot encore, puisque nous parlons d’académicien. Jean Racine fut élu en 1672 au fauteuil 13. Parmi ses titulaires, nous remarquons Pierre Loti et Paul Claudel. Le successeur de Racine, aujourd’hui, est le chancelier honoraire Pierre Messmer.






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