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Les neurones de la lecture

avec Stanislas Dehaene, de l’Académie des sciences
Comment l’homo sapiens, seul parmi les primates, a-t-il pu acquérir l’écriture et la lecture ? Stanislas Dehaene, connu pour ses travaux de recherche sur l’imagerie cérébrale, tente de résoudre cette énigme dans son nouvel ouvrage : les Neurones de la lecture. L’académicien des sciences revendique ici l’émergence d’une véritable science de la lecture qui serait l’alliance nécessaire de la neuroscience et des sciences sociales.


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Émission proposée par : Solenne Robin
Référence : ECL310
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/ecl310.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida2494-Les-neurones-de-la-lecture.html
Date de mise en ligne : 20 janvier 2008


Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et Académicien des sciences
Stanislas Dehaene, professeur au Collège de France et Académicien des sciences

Si l’enfant possède d’emblée une intuition des chiffres, ainsi que Stanislas Dehaene le démontre dans la Bosse des Maths, la lecture n’est pas innée : elle requiert un véritable apprentissage qui nécessite temps et patience. L’homme n’était pas « prédestiné » à la lecture. Son pendant nécessaire, l’écriture, a été créée de toutes pièces par les babyloniens il y a 5400 ans... L’alphabet apparaît il y a 3800 ans. Peu de temps, en comparaison avec l’histoire de l’évolution et l’apparition de l’homo sapiens, il y a quelques centaines de milliers d’années.

Le cerveau humain possède un certain patrimoine génétique, prédéfini. Si le cerveau est malléable, élastique, il ne l’est que dans une certaine mesure. De nombreux philosophes empiristes considéraient auparavant que le cerveau était une ardoise vierge où s’impriment les données de l’environnement naturel et culturel. Cette théorie prône l’avènement du relativisme culturel et de la plasticité généralisée du cerveau. Le cerveau se serait « modelé » pour recevoir l’écriture et la lecture.

Pronostic erroné, ainsi que l’imagerie cérébrale a pu le démontrer. Stanislas Dehaene parle plutôt de « recyclage neuronal » : au fil des siècles, le cerveau a adapté ses capacités, converti son sytème visuel, pour reconnaître l’écriture. Le patrimoine génétique a peu évolué au cours de l’histoire, mais nous avons adapté nos capacités inhérentes à nos besoins.
« Le cerveau n’a pas eu le temps d’évoluer sous la pression des contraintes de l’écriture, c’est donc l’écriture qui a évolué afin de tenir compte des contraintes du cerveau ».

Comment le cerveau peut-il traiter l’écriture et déchiffrer ses messages pour leur donner un sens ? En fait, rétine et cerveau travaillent de concert pour permettre la lecture.

Dans un premier temps, le centre de la rétine reçoit l’information visuelle - on parle de la fovéa-. Etonnamment, la fovéa n’occupe que 15° du champ visuel, or c’est la seule zone utile à la lecture !
Techniquement, chaque portion d’image est reconnue par un photorécepteur distinct. La fovéa est très étroite, nous ne pouvons reconnaître que 7 à 9 lettres à la fois. Sans même en avoir conscience, nous lisons par saccades. Stanislas Dehaene l’explique, hormis des pathologies oculaires, peu importe la taille des caractères : « le cerveau adapte la distance parcourue par l’oeil à la taille des caractères ».

Au fond, « la lecture n’est qu’une succession d’aperçus du texte, qui est appréhendé presque mot à mot ». Au final, si l’on peut optimiser quelque peu sa vitesse de lecture, l’homme ne pourra jamais dépasser un certain rythme sans manquer des informations et « perdre des mots ». En moyenne, les bons lecteurs lisent 400 à 500 mots par minute. Notre capteur rétinien permet difficilement de dépasser ce chiffre quasi optimal.

« Où » la lecture trouve-t-elle son siège dans le cerveau ? L’imagerie cérébrale, plus précisément l’IRM (i.e. imagerie par résonnance magnétique) fonctionnelle démontre l’importance du lobe occipito-temporal gauche dans l’apprentissage de la lecture - pour une idée plus précise, ce lobe se situe vers l’arrière de la tête, derrière l’oreille gauche, voir le document ci-dessous -. « Toutes les personnes étudiées montrent une activation de la même région [cérébrale] au cours de la lecture »...« Nous possédons une région de la forme visuelle des mots, et elle se retrouve toujours au même endroit ». Et même chez les lecteurs de l’hébreu ou de l’arabe, qui se lisent de la droite vers la gauche, la localisation cérébrale de la lecture est identique.

Les Neurones de la lecture, page 111.
Les Neurones de la lecture, page 111.
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Parmi les troubles concernant la lecture, la dyslexie mobilise la recherche. Stanislas Dehaene y consacre tout un chapitre de son ouvrage. Il la définit comme « une difficulté disproportionnée d’apprentissage de la lecture, qui ne peut s’expliquer ni par un retard mental, ni par un déficit sensoriel, ni par un environnement social ou familial favorisé ». En bref, « tous les mauvais lecteurs ne sont pas dyslexiques ».
Il est même aujourd’hui avéré que la dyslexie proviendrait d’une désorganisation anatomique du lobe temporal et d’une altération de ses connectivités -plus de détails dans l’ouvrage de Stanislas Dehaene-.

Parfois également, les très jeunes enfants qui apprennent à écrire le font « en miroir », c’est à dire indifféremment de la droite vers la gauche comme ils le feraient de la gauche vers la droite. La dyslexie n’est pas en cause ! Il s’agit souvent simplement de la conséquence naturelle de l’organisation des aires visuelles (symétrie naturelle à l’être humain).

Les Neurones de la lecture, page 306
Les Neurones de la lecture, page 306
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Autant d’aspects abordés par Stanislas Dehaene dans cette émission, et développés dans son ouvrage les Neurones de la lecture, paru chez Odile Jacob.

En savoir plus :
Stanislas Dehaene a été élu à l’Académie des sciences en 2005, à seulement 40 ans. Titulaire d’un doctorat dans le domaine de la psychologie expérimentale, il est professeur au Collège de France à la chaire de psychologie cognitive expérimentale et dirige le laboratoire UNICOG, unité mixte INSERM-CEA de neuroimagerie cognitive à Orsay. Il est considéré comme le pionnier de la recherche des bases cérébrales des opérations mathématiques, domaine qui le passionne.
Un nouvel axe dans la recherche des neurosciences est souligné par Stanislas Dehaene : la question de l’inconscient.

- Pour écouter l’émission consacrée à la Bosse des Maths, de Stanislas Dehaene






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