L’Homme économique de Christian Laval

une chronique de Jean-Louis Chambon
Jean-Louis Chambon, président du Prix Turgot, présente dans cette chronique l’ouvrage de Christian Laval intitulé l’Homme économique. Une réflexion anthropologique essentielle. Un regard sans concession sur les valeurs du monde occidental.


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Émission proposée par : Jean-Louis Chambon
Référence : CHR308
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Date de mise en ligne : 3 décembre 2007


Jean-Louis Chambon
Jean-Louis Chambon

Sous un regard extérieur de plus en plus incrédule et critique, le Monde occidental tend à se confondre, dans ses activités et ses valeurs, avec « une vaste machine productrice de biens et de services, d’idées et de désirs… ». Dans cette société, le marché est devenu le « grand signifiant », modèle unique qui structure les rapports humains. Ce nouveau modèle normatif, construit par l’Occident au fil des ans fait de l’Homme, un « être d’actions » mû prioritairement par la maximisation de son plaisir et la diminution de ses peines ; l’utilitarisme régit à la fois les actions individuelles et collectives. La science économique et la planète finance se sont construites dans leur principe sur ces postulats. L’Europe et les USA, terres d’élections de ce modèle, ont favorisé la résurgence des idéaux de liberté absolue de la production et de l’échange, exprimés jusqu’au paroxysme par le néo libéralisme.



Dans son remarquable essai, Christian Laval montre que cette pensée s’appuie sur deux croyances :
- la certitude que toutes les populations aspirent à rejoindre ce modèle — l’idée que tous les éléments de l’environnement humain ont d’abord, une valeur économique à commencer par l’homme lui-même (cf. les expressions capital humain, ressources humaines, etc.).

C’est dans ce contexte que l’auteur, chercheur multi disciplinaire à Paris X montre que cette pensée fait apparaître son concept de « l’homme économique » : sujet économique et sujet de l’économie, « machine à calculer », cet être dédoublé, « maître supérieur de ses choix » mais aussi « objet » (utilisable et de plus en plus jetable), simple unité de valeur de la comptabilité sociale aspire de toutes ses forces au bien être matériel.

Les fondements et les conséquences de ce néo libéralisme sont passés au crible d’une analyse anthropologique, sans concession, s’appuyant sur une culture exceptionnelle intégrant au delà de l’économie, les dimensions historiques et philosophiques qui interpellent : en quoi cette norme unique de l’Occident d’existence des êtres et des biens qui fonde sa morale et sa politique porte en elle les germes de sa décrépitude ? Ces prétentions affichées d’être la seule vérité sociale et la seule réalité possible s’apparentent-elles à une forme d’intégrisme ?
C’est en tout cas dans cette « cage d’acier » (1) que la place laissée aux libertés individuelles (qui reste un acquis indéniable) paraît peu susceptible de compenser cette forme de la fragilité de la puissance (2).

C’est par ces éclairages dérangeants que « sur la manière de faire société » et d’"être homme" que Christian LAVAL apporte une contribution exceptionnelle sur des questions éthiques décisives. L’actualité, hélas, avec la montée des réponses alternatives violentes à ce modèle nous rappelle à quel point une autre manière de penser et de vivre s’impose à nos sociétés. Une grande contribution à une réflexion essentielle. Immanquable.

(1) Max Wéber : Ethique protestante et esprit du capitalisme (2) Fragilité de la puissance – Alain Gras - Fayard

L’Homme économique de Christian LAVAL éditions Gallimard – 396 pages






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