Hommage à Henri Amouroux 2/2

par Jean Miot, ancien président de la Fédération nationale de la Presse française
Henri Amouroux est décédé le 5 août 2007. Lors de la messe souvenir célébrée en l’église Saint-Jacques du Haut Pas, à Paris, Jean Miot a prononcé l’éloge du journaliste exemplaire que fut H. Amouroux. Jean Miot a été successivement Président du Conseil de surveillance du Figaro, Président de la Fédération nationale de la Presse française, Directeur de l’Agence France-Presse. Voici l’intégralité de son discours.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher

Référence : HAB315
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hab315.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida2303-Hommage-a-Henri-Amouroux-2-2.html
Date de mise en ligne : 5 novembre 2007


Henri Amouroux
Henri Amouroux

Henri Amouroux était un porte-drapeau du journalisme et de la liberté d’expression. La première de toutes les libertés. Les dictateurs en tous genres l’ont bien compris, qui commencent par étouffer la Presse ; dès lors, ils peuvent étrangler toutes les autres libertés, mais désormais dans le silence.

Henri Amouroux « était » : il est insupportable cet imparfait de l’indicatif qui nous fait prendre conscience d’une si présente absence.

Henri était de cette race de journalistes - en voie de disparition, force m’est de le constater, hélas ! - qui ne sont animés que par une seule passion : la recherche de la vérité. Cette passion, il l’a mise toute sa vie au service de l’Histoire comme au service de la Presse. C’était, bien sûr, le même combat, tant il est vrai que le journalisme n’est rien d’autre que raconter notre Histoire au présent.

Ce Périgourdin a fait la plus grande partie de sa carrière au journal Sud-Ouest, de la fin de la guerre à 1974. Il en était devenu le directeur général. Commence alors pour lui l’aventure de « France-Soir », qui était encore à l’époque le premier quotidien national. Pierre Lazareff, disparu en 72, avait prévu le déclin de la Presse Quotidienne, qui avait annoncé : « Jusqu’alors, quand se produisait un événement, on descendait dans la rue pour le lire ; désormais on rentrera chez soi pour le voir ». Prophétique.

Le journal Sud-Ouest en 1949
Le journal Sud-Ouest en 1949

Henri Amouroux dirigera ensuite le « Journal Rhône-Alpes » de 1977 à 1982. Il poursuivra sa carrière surtout au « Figaro » auquel il fut très attaché - et réciproquement ! - traquant la vérité avec une rigueur qui faisait notre admiration. Jusqu’à son dernier souffle il est resté journaliste. L’idée de défroquer ne pouvait l’effleurer !

Tout juste huit jours avant de nous quitter, il avait réagi dans une de ses incoercibles chroniques « à chaud », en authentique « canardier » qu’il était, sur le scandale du Tour de France. Et le 28 Août dernier, « le Figaro Littéraire » publiait à titre posthume son ultime compte-rendu d’un livre de Christian Destrémeau, « Ce que les Alliés savaient », consacré à la guerre des services secrets alliés contre les nazis. Inépuisable sujet de sa vie d’Historien.

Tout au long de ses reportages - au Vietnam, aux Indes, au Canada, en URSS, en Yougoslavie, en Israël, en Jordanie, dont il tirera non seulement des articles mais des livres - il assumera cette inextinguible soif de vérité, nourrissant ses articles de témoignages sans cesse vérifiés. Car c’était sa règle de base, qui devrait être aujourd’hui, plus que jamais, au fronton des écoles de journalisme : ne jamais accepter d’être dépendant d’une seule source d’information.

C’est pourquoi nul mieux que lui ne pouvait présider le Prix Albert Londres, le Maître de ce journalisme que l’on se plait aujourd’hui à qualifier « d’investigation » ; monstrueux et risible pléonasme à la mode.

La vie d’Henri Amouroux n’a été qu’investigation, qu’il soit le journaliste témoin de son temps ou l’historien soucieux de raconter la vérité du passé. Mais il savait aussi que « la vérité ne va pas sans la complexité », comme il l’écrivait courageusement dans « Les oubliés de l’Histoire ».

« Le journal est la conscience d’une Nation », a dit Albert Camus. Henri Amouroux, lui, fut la conscience du journalisme.

Liens vers les autres émissions.

- Henri Amouroux avait rédigé son dernier article dans Le Figaro à propos du livre de Christian Destrémeau. Ecoutez cet auteur Ce que savaient les Alliés

- Ecoutez l’hommage établi par la rédaction de Canal Académie Hommage à Henri Amouroux 1/2

- Henri Amouroux a donné plusieurs émissions sur Canal Académie que vous pouvez retrouver en tapant son nom sur le moteur de recherche. Notamment, parmi les dernières enregistrées, quatre émissions à propos de son dernier ouvrage paru "Trois fins de règne" .

Ainsi qu’une émission résumant son parcours : Le parcours d’Henri Amouroux






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires