Figaro Hors-Série : Versailles retrouvé

La renaissance de la Galerie des Glaces
Vincent Tremolet de Villers et Isabelle Schmitz, membres de la rédaction des hors-séries du Figaro, partenaire de Canal Académie, nous présente le numéro exceptionnel consacré à Versailles et plus spécialement à la restauration de la Galerie des Glaces que le public peut à nouveau admirer depuis le 25 juin 2007.


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Émission proposée par : Christophe Dickès
Référence : PAG300
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Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida1848-Figaro-Hors-Serie-Versailles-retrouve.html
Date de mise en ligne : 24 juin 2007

Editorial de Michel de Jaeghere.

Un numéro exceptionnel
Un numéro exceptionnel

Chateaubriand avait donné le ton. Evoquant en 1802 les fastes de la cour du grand roi, il avait cru pouvoir conclure que son palais était devenu le témoin muet d’un passé qui ne reviendrait pas : « Un siècle s’est à peine écoulé, et ces bosquets qui retentissaient du bruit des fêtes ne sont plus animés que par la voix de la cigale ou du rossignol. Ce palais, qui lui seul est comme une grande ville, ces escaliers de marbre qui semblent monter dans les nues, ces statues, ces bassins, ces bois sont maintenant croulants ou couverts de mousse, ou desséchés ou abattus... » A l’orée du XIXe siècle, la cause était entendue. Versailles ne serait plus qu’un thème littéraire, le prétexte de quelques vers sur la vanité des grandeurs humaines. « Les chars, les royales merveilles/Des gardes les nocturnes veilles/Tout a fui » avait écrit André Chénier dès 1793. Napoléon, lui-même, avait dû renoncer à faire sa résidence de ce palais inhabitable. Louis XIV avait vu trop grand, trop large pour un siècle étriqué qui n’aspirait plus qu’aux délices de la vie bourgeoise. Ce parc était voué à servir à la promenade des « honnêtes familles » qui viendraient en baillant y perdre leur dimanche (Musset). Ce « bâtiment sans fin, prolongé sans mesure, resté décapité » (Michelet) était passé de mode, avec son architecture de caserne. Les boiseries précieuses des appartements du Dauphin, les lambris des chambres de Mesdames paraissaient rococo. Les dorures des salons d’apparat semblaient ostentatoires. Nul ne serait jamais plus assez grand, assez mégalomane pour en faire le décor de la liturgie du pouvoir.

« Le château agonise, avait tranché Zola ; la sève de la vie ne monte plus dans ses pierres qui s’émiettent ; la ruine vient, implacable, rongeant les angles, descellant les dalles, faisant à chaque heure son travail de mort. (...) Il a été bâti trop vaste pour la vie que l’homme peut y mettre. Il faudrait tout un peuple d’habitants pour faire couler le sang dans ces couloirs sans fin, dans ces enfilades de pièces immenses. Il fut l’erreur colossale de l’orgueil d’un roi qui le voua, dès l’enfance, à la ruine en le voulant trop grand. » On était rudement mieux dans les meubles cosy du pavillon de Médan.

Les torchères restaurées.
Les torchères restaurées.

Louis-Philippe avait sauvé Versailles en transformant le château en musée de toutes les gloires de l’histoire de France. Il n’avait pas hésité à détruire les appartements de l’aile des princes pour y aménager sa galerie des Batailles. Pour l’inauguration, on avait donné un grand bal dans la salle de spectacle, dont on avait badigeonné de rouge et d’or les couleurs délicates. Victor Hugo y était, avec Dumas, en costume de garde national. Dans la galerie des Glaces, Louis-Philippe avait présidé un banquet de mille quatre cents couverts. « Le roi gouverne par lui-même », lisait-on au plafond sur le cartouche placé par Louis XIV au-dessus du fauteuil du roi-citoyen. Ce n’était que l’illusion d’un soir. Les lumières s’étaient éteintes sur la voûte où Le Brun avait peint pour l’éternité la gloire du plus grand de nos rois. Versailles ne serait plus qu’un décor provisoire, on y célébrerait des fêtes, on y signerait des traités, on y voterait des constitutions : comme une maison de famille délabrée que l’on rouvre pour un mariage, en tentant de dissimuler aux invités l’étendue des dégâts.

C’est alors que vint Pierre de Nolhac. Ce jeune conservateur eut le rêve fou de ressusciter le Versailles de nos rois. « Pas de zèle jeune homme, ne vous emballez pas ! », lui avait recommandé son supérieur : éternel cri corporatif des bureaucrates. C’était en 1887. Le château venait d’être occupé par les troupes prussiennes, puis de servir de siège au gouvernement provisoire. Démeublé, il offrait le tableau de la déréliction d’un lieu déserté par l’histoire. Les briseurs de rêve n’avaient pas eu raison, pourtant, de son enthousiasme. Il s’est transmis, depuis, de génération en génération.

Un chef d'oeuvre de la monarchie
Un chef d’oeuvre de la monarchie

Pierre de Nolhac serait émerveillé, sans nul doute, par le spectacle que Versailles donne cent vingt ans plus tard. Après celles de la chambre de la Reine, des Petits Appartements, de la chambre du Roi, des appartements du Dauphin, du bosquet des Trois Fontaines ou de celui de l’Encelade, la restauration de la galerie des Glaces marque l’apogée d’une aventure qui va au-delà de la reconstitution d’un splendide décor palatial. En rendant ses couleurs somptueuses à la voûte de Le Brun, leur éclat à ses dorures, leur grain à ses miroirs, elle lui a redonné sa signification véritable, en lui restituant non seulement sa beauté, mais plus que cela, son faste. «  L’idée de faste monarchique et de dignité supérieure du trône fut très importante jadis, notait dans un récent essai l’historien Paul Veyne. Pour beaucoup d’historiens actuels, ce faste était de la propagande ; ce mot est pourtant anachronique, il sonne faux. On fait de la propagande pour devenir ou rester le maître, en convainquant des citoyens qui ne sont pas acquis d’avance, tandis qu’on déployait du faste parce qu’on était le maître légitime, chose dont chaque loyal sujet du roi était présumé être convaincu d’avance. Le faste était une affaire de dilatation du moi royal, pour se montrer digne de cette dévotion. La dignité souveraine voulait que le trône fût entouré et décoré des choses les plus belles et les plus nobles. » C’est justement souligner ce qui nous est, parfois, le plus inaccessible, le plus difficile à saisir dans notre histoire, tant nos mœurs politiques s’en sont éloignées, tant elles en ont pris le contre-pied en prêchant la simplicité et la transparence : la grandeur était, alors, l’une des dimensions du pouvoir. Elle s’exprimait par l’alliance de la beauté et de la mesure avec la force. La restauration de la galerie des Glaces en apporte, aujourd’hui, l’illustration la plus éclatante. C’est une leçon de sciences politiques à l’usage de nos gouvernants.

La restauration du plafond de Le Brun.
La restauration du plafond de Le Brun.

Références.

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- Le site officiel du Château de Versailles : ici.
- Versailles sur Canal Académie :ici.

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