Indemniser le don d’organes ?

Par la philosophe Valérie Gateau
Parler du don d’organe et d’une possible indemnisation est tabou. Pourquoi ? Parce que nous l’assimilons à une rémunération avec toutes les déviances possibles. Pourtant, que dire aux donneurs vivants, qui, en faisant un acte généreux, se retrouvent en difficulté ? Cette émission apporte des éléments de compréhension aux débats à venir.


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Date de mise en ligne : 5 avril 2007


Valérie Gateau, philosophe des sciences médicales, travaille aux côtés d'Anne Fagot-Largeault au Collège de France
Valérie Gateau, philosophe des sciences médicales, travaille aux côtés d’Anne Fagot-Largeault au Collège de France

En France, le don d’organe est autorisé depuis 1968. Depuis cette date, plus de 30 000 malades ont été transplantés. Grâce aux progrès de la médecine, la greffe est devenue une nouvelle solution pour guérir les patients.
Très vite la demande fut beaucoup plus importante que l’offre, et dès 1976, l’Etat a légiféré sur les transplantations hépatiques avec donneurs vivants (THDV), autrement dit, le don de vivant à vivant.
A cette époque naissent plusieurs termes : celui de mort cérébrale, de mort cardiaque, et de bioéthique.

Dans la première partie de l’émission, Valérie Gateau nous replonge dans le contexte historique des premières transplantations, post-mortem et THDV.

Dans la seconde partie de l’émission, faites le point sur la situation actuelle des donneurs vivants. En France, malgré la loi de bioéthique de 2004 élargissant le cercle de donneurs au noyau familial élargi, les français s’opposent de plus en plus au don d’organe dans les enquêtes d’opinions :
- En 1990, on recensait 9,6% d’opposition au prélèvement ;
- En 1993, le taux d’opposition atteignait les 25%
- A ce jour, il est estimé à 30%

Il faut dire que la crise de confiance envers la médecine est croissante, et les donneurs vivants sont souvent confrontés à des difficultés que l’on commence seulement à percevoir.

Dans l’enquête nécessaire à sa thèse, Valérie Gateau a suivi 21 donneurs à l’hôpital Cochin, dont 6 ont eu des difficultés à des degrés divers :
- problèmes médicaux
- problèmes relationnels (intrafamilial) entre le donneur et le receveur
- problèmes professionnels : certains perdent leurs emplois ou ne décrochent pas le poste espéré
- problèmes financiers : une personne sur les vingt-et-une suivies, a révélé avoir fait un prêt

En plus de ses difficultés, s’ajoute la honte d’être dans le besoin, face à la famille...

Dans la troisième partie de l’émission, la philosophe Valérie Gateau en vient aux solutions, évoquées de plus en plus par les bioéthiciens, mais encore rejetées en bloc pour les médecins : une indemnisation pour les donneurs confrontés à des complications médicales ; une prise en charge de l’Etat et des mutuelles.

Mais certains donneurs ne seraient-ils pas appâtés par les sommes mises en jeu ? Non, répond Valérie Gateau. Les donneurs interrogés ne l’auraient pas fait pour de l’argent et seraient prêts (malgré les complications) à recommencer.
Pourtant, comment évaluer le prix d’un organe ? Faut-il le sous-évaluer afin de ne pas provoquer un éventuel trafic ?

Ecoutez sans plus tarder cette émission passionnante, qui s’appuie sur la thèse de la brillante philosophe des sciences biologiques et médicales Valérie Gateau.

Valérie Gateau a soutenu sa thèse en novembre 2006 sur les Enjeux éthiques des transplantations hépatiques avec donneurs vivants. Philosophe, elle travaille au Collège de France auprès d’Anne Fagot-Largeault, de l’Académie des sciences (également sa directrice de thèse).
Sa thèse a été remise aux membres de l’Agence de la biomédecine.

En savoir plus sur :

- L’Agence de la biomédecine
- Site du ministère de la santé concernant le don d’organes
- La Chaire de Philosophie des sciences biologiques et médicales au Collège de France






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