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14 septembre 1940 : l’un des trois jours où Hitler a perdu la guerre (jour 1)

Avec Henri Amouroux, de l’Académie des sciences morales et politiques
Henri Amouroux démontre ici qu’à trois reprises, trois décisions prises par Hitler l’ont mené sur la voie de la défaite, bien qu’il puisse paraître paradoxal de dire qu’Hitler a perdu la guerre en trois jours, alors qu’elle a duré cinq ans. Voici le 1er jour : le 14 septembre 1940, Hitler renonce à envahir l’Angleterre.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : HIST227
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist227.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 13 février 2007

Henri Amouroux (1920-2007), auteur notamment de La grande histoire des Français sous l’Occupation, propose aux auditeurs de Canal Académie une série de trois émissions, chacune étant consacrée à une journée où « Hitler a perdu la guerre », faute d’avoir pris la bonne décision.

N.B. Les textes ci-dessous résument l’essentiel des propos d’Henri Amouroux sans les retranscrire entièrement. Dans les émissions, il développe plus largement ses analyses. Ces textes, venant en complément, sont faits pour vous inciter à les écouter ...

1er jour : 14 septembre 1940
Hitler renonce à envahir l’Angleterre

Reportons-nous fin mai 1940. Il ne reste presque plus d’Anglais sur le sol de France, à peine quelques uns en Normandie.
Le 18 juin, le chef de l’aviation allemande qui a pour objectif l’Angleterre (il s’est installé au Sénat !) propose à Hitler d’envahir ce pays "dans la foulée", en quelque sorte, de Dunkerque, l’Angleterre ayant abandonné toutes ses armes sur le sol de France.
Mais ça ne se fait pas pour une raison peu connue : Hitler essayait de négocier avec l’Angleterre.
Hitler –qui a pour les Anglais une grande admiration- les considère comme le seul interlocuteur valable pour un partager du monde, à lui l’Europe, à eux, l’ Empire.

Sir Winston Leonard Alexander Spencer Churchill (1874-1965)
Sir Winston Leonard Alexander Spencer Churchill (1874-1965)

Mais, depuis le 10 mai 1940, il n’y a plus d’arrangement possible entre Allemagne et Angleterre. À Chamberlain a succédé, en effet, Churchill, un homme de courage et de lucidité. Et la lutte va donc se poursuivre.

Une guerre aérienne

Pour envahir l’Angleterre, il fallait deux conditions : la priver de ravitaillement (attaquer les convois,) et asphyxier son aviation, au moins durant deux ou trois jours, pour s’assurer le passage.
La guerre aérienne commence donc le 10 juillet 40 : L’aviation allemande attaque l’aviation anglaise.
Il y avait environ 3000 avions de chaque côté, mais répartis différemment. Beaucoup de bombardiers du côté allemand, répartis en deux flottes, (environ 1500 bombardiers et 1200 chasseurs sur les côtes françaises, et le reste en Norvège). Le combat se livre donc entre quelques milliers d’aviateurs seulement. L’aviation anglaise, elle, possède surtout des avions de chasse, pour stopper les bombardiers.

On aurait pu prévoir l’issue de manière assez banale : les Anglais seront finalement vainqueurs puisque, ce qui compte, ce n’est pas tellement les avions mais les pilotes ! Un pilote allemand abattu au dessus de l’Angleterre est tué ou fait prisonnier, tandis que chaque pilote anglais qui saute en parachute, peut être récupéré et reprendre du service. En octobre, lorsqu’on fera les comptes, on découvrira qu’il y eut :
- 1563 avions allemands abattus avec tous les équipages tués ou prisonniers
- 900 avions anglais abattus avec 417 pilotes tués mais les autres, sauf les blessés graves, peuvent à nouveau piloter.

Il faut tenir compte de la naissance du radar utile (lors de la bataille de France, la France n’avait pas de radars). L’Angleterre est protégée par une ceinture de radars que les aviateurs allemands connaissent mal, même si, avant la déclaration de la guerre, ils avaient tenté de les localiser. Quant aux Anglais, ils ont compris toute l’importance des radars, ils savent que les objectifs allemands sont d’abord les terrains d’aviation et les radars.

L’imprévu qui change tout

Mais un événement totalement imprévu va changer le cours des choses : un pilote allemand brave, par erreur, l’interdiction d’Hitler et va bombarder, au moins d’août, un quartier de Londres. Or les Allemands, comme les Anglais, avaient décidé qu’il n’y aurait pas de bombardement de grandes villes. Ce « bombardement de Londres » (quelques maisons dans un quartier périphérique) provoque la fureur de Churchill qui, par représailles, fait bombarder Berlin par la R.A.F.. Et naturellement, la Lutwaffe réplique sur les villes anglaises mais ces répliques la détournent de ce qui devait être son objectif prioritaire, les radars, terrains d’aviation, usines de construction d’avions...

Chiffres faux

Les chiffres généralement avancés, et annoncés dans la presse de l’époque, sont faux. Une journée très importante par exemple, c’est celle du 15 août 1940 : les Anglais abattent 75 appareils allemands (ce qui est déjà énorme mais ils annoncent 148). Chiffres faux, naturellement à cause des nécessités de la propagande, mais également parce que les instruments ne permettent pas de s’assurer si un avion est abattu, si le pilote est mortellement atteint, etc.

La date repoussée et fausse alerte

Hitler qui avait fixé la date de l’invasion de l’Angleterre, date commandée par le temps (pour des raisons climatiques, avant octobre), « le Jour de l’aigle » avait donc été fixé à début septembre, mais il est repoussé de jour en jour.
Mais il faut savoir, et on manque d’études sérieuses sur ce point, qu’il y avait une concentration de navires et de troupes allemands massés sur les côtes françaises qui attendaient le moment du débarquement en Angleterre.

Le 7 septembre 1940, toutes les cloches d’Angleterre se mettent à sonner parce que le mot de code « Cromwell » avait été lancé pour signifier que l’invasion allemande était imminente. Fausse alerte.

Et le 14 septembre, Hitler renonce. C’est un jour essentiel. (les Anglais disent le 15, mais, compte tenu du temps nécessaire à la diffusion de la décision, Hitler l’a prise le 14).
En reportant sine die cette invasion, on peut dire qu’Hitler s’engage, ce jour là, dans la voie de la défaite.

Je reviens à ce que le général De Gaulle a dit fin juin 1940, dans son discours à la B.B.C. :
-  la guerre est mondiale (les Français croyaient qu’il ne s’agissait que du troisième épisode de la guerre franco-allemande)
-  les alliances ne sont pas éternelles
-  nous vaincrons par les armes ou nous serons vaincus. C’étaient là des mots prophétiques.

Les bombardements allemands vont continuer (nocturnes, sur Londres, sur les villes anglaises) mais il n’y aura pas d’invasion.

Et en France pendant ce temps là ?

Car un événement de cette importance (ce renoncement à l’invasion) a une influence dans le monde entier, et notamment en France. On ne comprend pas Montoire si on ne le lie pas au fait que l’Angleterre n’est pas envahie.
En automne 1940, les conditions d’existence de notre pays sont dramatiques, la France n’est pas, comme on le croit souvent, divisée en 2 mais en 5, le Nord et Pas de Calais rattachés à l’administration de Bruxelles et 7 départements (dans l’Est), qui sont zone interdite tandis que les trois départements annexés en 1870 (Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle), libérés en 1918, sont réannexés. Et la ligne de démarcation est sérieusement contrôlée, les Allemands s’en servaient comme un garrot qu’ils serraient ou desserraient à leur gré. La France payait 400 millions par jour. Et il y avait 2 millions de prisonniers.

Du côté de l’Espagne

Tout cela explique Montoire, car le Maréchal Pétain cherche à assouplir les conditions. La rencontre Hitler-Laval a lieu le 22 octobre 1940. Puis Hitler se rend à la frontière d’ Espagne, pour rencontrer Franco (qui ne le fait pas attendre une demie heure comme on le raconte, mais quelques minutes). Franco est sollicité par Hitler. Mais le général propose une liste interminable de demandes. Il fait tout pour ne pas réveiller la guerre civile, à peine terminée car il y a toujours des poches de conflits. Il veut en vérité éviter de jeter l’Espagne dans les bras de l’Allemagne, notamment pour ne pas perdre le ravitaillement assuré par les canadiens. Franco ne s’engage donc pas. Et son refus de se ranger aux côtés de l’Allemagne est d’une importance capitale pour la suite de la guerre.

L’entrevue de Montoire

Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain accueille Hitler pour l'entrevue de Montoire.
Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain accueille Hitler pour l’entrevue de Montoire.
© Sygma

Hitler revient donc le 24, voit le Maréchal Pétain durant 1 heure (mais que peut-on se dire en une heure quand il faut passer par des traducteurs de part et d’autre ? Très peu de choses se sont dites lors de cet entretien).
Pétain a demandé des modifications et des améliorations. Dans le compte rendu final, a été introduit le mot (malheureux) de collaboration, qui sera largement exploité par la suite, alors que, à l’époque, dans les journaux, l’entrevue (de Tours, on ne parlait pas de Montoire) est relatée 5 jours après, avec une minuscule photo de la fameuse poignée de mains. La déception de Pétain est immense (les Allemands n’ont pas libéré de prisonniers, seulement le général Laure et le général Juin ; 70.000 lorrains "francophiles" ont été chassés de leurs maisons en quelques heures et envoyés en zone libre, à Lyon, où ils seront provisoirement logés dans les bâtiments de la foire. Mais la somme à payer quotidiennement n’a pas été allégée). Déception totale. Et Pétain est devenu « prisonnier » de ce mot collaboration.

Hitler va donc rentrer en Allemagne, mais il apprend une nouvelle qui le met en rage : l’Italie a envahi la Grèce (il faut savoir qu’Hitler et Mussolini ne s’aiment pas, se jalousent. Hitler ne le tient d’ailleurs jamais au courant de ses projets. Mussolini (qui aurait pu faire de l’Italie la grande profiteuse de la guerre s’il n’avait pas, le 10 juin, déclaré la guerre à la France, déjà vaincue, et à l’Angleterre), a donc attaqué en Grèce sans prévenir Hitler.

Benito Mussolini (Il Duce) (1883-1945). Il fit de l’Italie une dictature entre 1922 et 1943.
Benito Mussolini (Il Duce) (1883-1945). Il fit de l’Italie une dictature entre 1922 et 1943.

Le retard dû à Mussolini

L’attaque de la Grèce par Mussolini aura d’importantes conséquences. Car Hitler, au printemps de 1941, est obligé de venir au secours de Mussolini dont les troupes sont en train d’être battues par les Grecs ; l’Allemagne attaquera donc et la Grèce et la Yougoslavie (qui s’est rangée du côté britannique), ses victoires seront rapides mais elles retarderont d’un mois au moins les préparatifs de l’attaque de l’URSS.

Et c’est la rupture du pacte germano-soviétique, (lequel pacte était comme l’eau et le feu, le nazisme et le communisme !!! une association impensable. Et en réalité, ce n’était pas seulement un pacte de non-agression mais un pacte de partage des territoires envahis). Staline voit, depuis mai 1941, des survols quotidiens d’avions allemands. Mais il croit à la bonne foi de Hitler.

Écoutez les deux autres parties :
- 22 juin 41 : l’un des trois jours où Hitler a perdu la guerre (jour 2)
- 11 décembre 41 : l’un des trois jours où Hitler a perdu la guerre (jour 3)






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