Rechercher

Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

A savoir

25 octobre – 27 novembre

Exposition Une odyssée sibérienne de Claudine Doury, lauréate en 2017 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière en partenariat avec l’Académie des beaux-arts. Plus d’informations

Apologie de la réminiscence

Apologie de la réminiscence

« Mes souvenirs me sont précieux parce qu’ils sont incertains, qu’ils ressemblent à des apparitions. Autrement dit parce qu’ils disparaissent au moment même où je prétends les saisir. J’en suis réduit à aimer ce mystère où ils reposent, comme un joyau dans un écrin, entouré ou perdu au sein d’une masse floconneuse qui est censée le mettre en valeur. Aimerais-je davantage cette masse floconneuse que le joyau lui-même ? Un mot me vient à l’esprit, relatif à cette incertitude de mes souvenirs : celui de réminiscence. Autrement dit, cette lente réapparition d’un souvenir lointain dont je distingue si mal les contours. On ne se méfie jamais assez de ce qui est net. Seuls les mensonges sont précis, sont définis, comme on le dit d’une image. Ils ont l’aplomb de copier la réalité, de se prétendre exacts. Les réminiscences n’ont pas cette ambition. Je pense à une réflexion de Joubert dans ses pensées : “La réminiscence est comme l’ombre du souvenir.” L’ombre, tout est là ! Cette ombre qui trahit ou révèle quelque chose alors que le souvenir irréfutable est précisément ce qu’il faut réfuter. Il est trop ressemblant ou trop beau pour être honnête. Il a été retouché, il enjolive la réalité qui n’en demandait pas tant. »

Extrait de Longtemps, j’ai donné raison à Ginger Rogers, par Frédéric Vitoux, Editions Grasset, janvier 2020, 368 p, 22 €.