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les mots des religions : Noël

Rites et traditions de Noël, avec Sylvie Barnay, chargée de cours à l’Institut catholique de Paris
A Noël sont liés nombre de rites, de traditions, de croyances et d’histoires. Sylvie Barnay, maître de conférences à l’Université de Metz, chargée de cours à l’Institut catholique de Paris, évoque certes le père Noël et le sapin décoré, mais surtout la nativité du Christ : Noël au fil des siècles.


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Émission proposée par : Sylvie Barnay
Référence : TOR211
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Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida1213-les-mots-des-religions-Noel.html
Date de mise en ligne : 4 décembre 2006


Sylvie Barnay, maître de conférence à l’université de Metz.
Sylvie Barnay, maître de conférence à l’université de Metz.

La fête de Noël

Célébrée aujourd’hui le 25 décembre, la fête de Noël a été ignorée des chrétiens des trois premiers siècles. Le 25 décembre constituait par contre dans l’Empire romain une fête spéciale consacrée au culte du soleil. Un premier comput écrit en 243 attribué au Pseudo Cyprien fixe le jour de la naissance du Christ le 28 mars selon le principe de relecture des Ecritures suivant : le Messie est comparé au « soleil de justice » (Ml 4, 2), soleil que le récit de la Genèse mentionne comme séparé des ténèbres le quatrième jour (Gn 1, 3). Dans le calendrier romain, l’équinoxe de printemps étant fixé le 25 mars, le 28 mars constituait donc ce quatrième jour présenté comme annonciateur du Christ. Mais la question de la datation précise de la naissance du Christ est une question moderne que ne se posaient pas les Anciens. Elle est traitée d’abord et avant tout de manière exégétique, de façon à ce que l’Ancien Testament corresponde au Nouveau Testament. Mais surtout, davantage que l’Incarnation, c’est surtout la Résurrection qui focalise les regards. Cette focalisation explique que dans le christianisme primitif, la fête chrétienne par excellence demeure la fête de Pâques.

La fête de l’épiphanie

Les méditations sur la manifestation de Dieu dans le monde, mystère appelé « épiphanie », construisent par contre les premiers linéaments de la fête liturgique de Noël. A la suite des controverses qui ont lieu au début du IVe siècle au sujet de la divinité du Christ, l’Eglise commence à fêter la manifestation du Sauveur dans le monde, son épiphanie, le 6 janvier - date déjà retenue par exemple dans les joutes théologiques des milieux d’Alexandrie opposant païens et chrétiens : ce jour était en effet considéré comme le jour de la naissance d’Eon né de la vierge Coré. En Syrie, saint Ephrem décrit la fête du 6 janvier comme la plus lumineuse des fêtes chrétiennes, jour où on fêtait à la fois la naissance et le baptême de Jésus. La pèlerine Egérie (Journal de voyage, Sources chrétiennes, 296, p. 251) décrit les milliers de lumière qu’on allume à Jérusalem dans l’Eglise de la Résurrection le matin du 6 janvier, le Christ étant présenté comme la lumière qui jaillit des ténèbres.

La date du 25 décembre

Noël célèbre la naissance de Jésus, fils de Dieu.
Noël célèbre la naissance de Jésus, fils de Dieu.

Entre 325 et 354, selon l’hypothèse historique la plus vraisemblable, la fête de l’épiphanie est introduite à Rome, mais surtout déplacée le 25 décembre. Dès 336, le 25 décembre est attesté comme la fête anniversaire de la naissance du Sauveur. Le 25 décembre était alors considéré comme un jour de fête particulièrement important dans l’Empire romain puisqu’il coïncidait avec le culte solaire rendu à Mithra présenté comme le « sol invictus », le soleil invaincu. L’Eglise de Rome s’attache à développé le culte du Christ présenté comme la « Lumière qui éclairera les nations ». Saint Ambroise confronte expressément la fête païenne et la fête chrétienne en disant : « Christ est notre nouveau soleil ! ». Augustin lui aussi fait allusion à la fête païenne du 25 décembre quand il exhorte les chrétiens à ne pas adorer le soleil comme les païens mais celui qui l’a créé. Le pape Léon le Grand fustige ceux qui à Noël fêtent la naissance du soleil au lieu de celle du Christ. Dans les deux cas, plusieurs récits attestent que le peuple allumait des feux de joie, ce qui pouvait rendre à la fois l’analogie et la confusion bien facile entre le culte païen et le culte chrétien. Aujourd’hui, outre l’Eglise catholique romaine, les Eglises protestantes et la plupart des Eglises orthodoxes fêtent Noël le 25 décembre.

Le sapin de Noël

L’arbre est universel. Toutes les cultures ont développé des coutumes liées à la nature et aux arbres. Mais chacune donne à ces coutumes un sens particulier. Dans la culture chrétienne, le sapin évoque à la fois l’arbre du Paradis dont Eve croque le fruit et la Résurrection : en effet, son feuillage demeure toujours vert. Déjà au IVe siècle, le Père de l’Eglise Ephrem le syrien mentionne que chaque maison est décorée de branches le 6 décembre. A la suite des Evangiles apocryphes, les légendes médiévales attestent également que les arbres fleurissent au moment de la naissance du Sauveur. Pour évoquer ce miracle, on utilise des plantes persistantes comme le buis, le genévrier et plus particulièrement le sapin dont le vert persistant - même en plein hiver - évoque la vie éternelle. Christianisation ? Superstition ? La distinction n’est pas toujours simple à établir : l’humaniste strasbourgeois Sébastien Brant blâme par exemple la coutume de suspendre des branches de sapin comme une coutume superstitieuse (La Nef des fous, 1494). La décoration du sapin de Noël est attestée en Alsace dès la fin du XVe siècle. Au Moyen Age, les prédicateurs posent une équivalence théologique entre l’arbre de paradis et l’arbre de la Résurrection. Les images du Moyen Age ont habitué aux représentations de l’arbre du paradis auquel on suspendait une pomme (en latin, pomum, signifie « fruit »). La nuit de Noël, l’arbre de Noël évoquait ainsi l’arbre du péché que l’Incarnation du Christ venait racheter, introduisant également un retour de l’état paradisiaque dans le monde, retour dû à la venue du Christ dans le monde. Dans les sermons sur la Nativité du XVIe siècle, on insiste également sur la mort sur la Croix de celui qui est né dans la nuit sainte. Les premières descriptions du sapin de Noël reflètent cette théologie comparant également la Croix et l’arbre. En 1600, la chronique alsacienne de Balthazar Beck rapporte qu’on suspendit un sapin dans la Herrenstube de Selestat. Il décrit aussi son aspect : on y a accroché des pommes et des hosties, le pain dispensateur de vie divine, le pain eucharistique. Le symbole de l’hostie et du bois de la Croix donnent lieu à des évocations nombreuses au XVIIe siècle. Il semble que la décoration du sapin se limite aux pommes et aux hosties, mais progressivement on introduit d’autres éléments. En 1605, à Strasbourg, un anonyme relate dans un journal « Quelques curiosités aperçues à Strasbourg » : « A Noël, à Strasbourg, on dresse des sapins dans les salons. On y accroche des roses, découpées dans du papier multicolore, des pommes, des hosties, de l’or qui grésille, du sucre... ». Les légendes du Moyen Age ont leur explication : plusieurs racontent qu’une rose miraculeuse a fleuri la nuit de Noël et que la Vierge l’a ramassée, l’or évoque celui des trois rois mages. Plus tard, au XVIIIe siècle, des bougies sont fixées aux branches afin d’annoncer que le Christ est la lumière du monde (Jn 8,12). C’est surtout au moment de la guerre de 1870, que l’émigration des Alsaciens et des Lorrains emporte avec elle le sapin de Noël et les coutumes de Noël. Sous l’influence de l’industrialisation au XIXe siècle, apparaissent les premiers décors en série : papiers, boules de verre, figurines de Noël.

Les traditions de Noël

Les croyances mêlent le miracle à la merveille. Les traditions d’autrefois, puisées pour l’essentiel dans les récits apocryphes, affirment que les animaux se mettent à parler comme le bœuf et l’âne de la crèche et que les branches de cerisier mises dans l’eau fleurissent et guérissent. Les croyances ajoutent que les pierres tournent et laissent découvrir des trésors enfouis. La messe de minuit réunissait le voisinage. On s’y rendait muni de torches ou de lanternes sans oublier d’apporter le blé ou le pain à bénir. La célébration de Noël commençait par une veillée et se terminait par un réveillon. En Bourgogne, on dégustait des crêpes et du vin chaud ou la dinde aux marrons ; en Alsace, on servait une soupe au lait appelée « bouillie de l’enfant Jésus » ; en Charente, on dégustait des escargots ; en Provence, on terminait le repas par treize desserts. Selon la légende, ils sont au nombre de treize pour avoir été offerts au Christ et aux douze apôtres. On les disposait sur des tables couvertes de trois nappes superposées, symbolisant le mystère de la Trinité. Personne n’omettait de mettre la bûche ou le tison de Noël dans la cheminée, à l’origine de la fabrication du gâteau traditionnel appelé bûche de Noël. Elle passait pour posséder des vertus magiques : garantir contre le feu et le tonnerre, guérir les bestiaux des maladies, etc...

La crèche de Noël

Le théâtre du Moyen Age met en scène la vie des saints et représente « grandeur nature » l’épisode évangélique de la Nativité. A partir de la Renaissance, les crèches sont miniaturisées, placées dans les églises, puis dans les foyers.

Saint Nicolas, le saint des enfants et le père Noël

Saint Nicolas est lié à la légende de l’évêque de Myra en Lycie (Turquie d’aujourd’hui).
Saint Nicolas est lié à la légende de l’évêque de Myra en Lycie (Turquie d’aujourd’hui).

Des recueils entiers de miracles font de saint Nicolas le protecteur des enfants. On l’invoque pour avoir des enfants. On l’invoque pour qu’il les protège. Jusqu’à la première guerre mondiale, saint Nicolas est notamment beaucoup prié pour ramener les enfants de mort à vie. L’origine de cette invocation se trouve dans un récit de miracle que l’on commence à raconter à partir de la fin du Moyen Age. Le récit est simple. Trois jeunes enfants sont perdus. Ils demandent à un boucher de les accueillir pour la nuit. Le boucher accepte. Mais aussitôt les enfants entrés chez lui, il les égorge, les coupe en morceaux et les met au saloir comme les petits cochons. Voilà que saint Nicolas passe par là et demande l’hospitalité au boucher. Ce dernier s’empresse de lui servir un bon repas. Mais saint Nicolas exige de manger uniquement ce qui se trouve dans le saloir. Il ressuscite alors les trois enfants. Dans l’iconographie, ce récit a été maintes fois représenté. Saint Nicolas prend le nom de « Santa Klaus » dans les pays de l’Europe du Nord. Sous ce nom de Santa Klaus, il assume les fonctions du père Noël. Le jour de la saint Nicolas, les enfants se déguisent en « saint Nicolas ». Ils passent de maison en maison chercher des étrennes et des friandises. Le soir, ils placent leur chaussette ou leur sabot près de la cheminée. Pendant la nuit, saint Nicolas distribue des gâteaux et des cadeaux aux enfants sages. Gare aux enfants désobéissants qui verront venir le père Fouettard déposer un fouet dans leurs souliers ! L’origine de cette coutume est à mettre en rapport avec la légende de saint Nicolas qui distribue de l’argent aux pauvres et vient en aide aux enfants. Au XIXe siècle, le bonhomme Noël arrive à l’école laïque et républicaine vêtu de rouge, avec sa houppelande et son char venu du ciel, supplantant définitivement saint Nicolas et les saints distributeurs de cadeaux (notamment saint Grégoire et saint Martin). Ce dernier émigre alors aux Etats-Unis et en Australie où il connaît une nouvelle jeunesse. Au lendemain de la première guerre mondiale, il revient en fanfare sous l’appellation en Europe de « Santa Klaus », notamment sur les publicités des promotions commerciales de Noël.

Les jouets : un peu d’histoire...

Ils apparaissent au XIIe siècle, figurines et poupées en bois articulé. A la fin du Moyen Age, les enfants jouent avec des petits chevaliers. A la Renaissance, on commence à fabriquer des maisons de poupée avec tous leurs accessoires. La mode des soldats de plomb date du XVIIIe siècle.

Bibliographie :


- O. Cullmann, La Nativité et l’arbre de Noël, Paris, Cerf, 1993.

- M. Perrot, Ethnologie de Noël, Une fête paradoxale, Paris, Grasset, 2000.






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