Jonathan Littell, Les Bienveillantes

Une chronique littéraire d’Elizabeth Antébi
"Les bienveillantes", de Jonathan Littell a séduit les membres du jury de l’Académie française, qui lui ont attribués Le grand prix du roman 2006. Ouvrage truffé de références littéraires, Elizabeth Antébi nous livre une lecture éclairée de cette si sombre histoire...


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Émission proposée par : Elizabeth Antébi
Référence : PAG227
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Date de mise en ligne : 23 novembre 2006


Ce livre est déjà entré dans la légende : deux prix prestigieux (Académie Française et Goncourt), un auteur qui ne répond plus au téléphone, des centaines de milliers d’exemplaires vendus, des blogs qui en parlent à toute heure du jour ou de la nuit... Un météore.

L’auteur américain Jonathan Littell a rédigé son premier roman entièrement en Français
L’auteur américain Jonathan Littell a rédigé son premier roman entièrement en Français

L’une des raisons du succès du roman, c’est qu’on est là pour parler de vous et de moi. Littell tend à nos turpitudes secrètes et supposées un miroir « bienveillant » comme sont Bienveillantes ces Euménides qui sont les Erynnies du mythe grec, monstres du remord et de la vengeance attachées aux pas du criminel - en particulier, et ce n’est pas neutre, d’Oreste qui a tué sa mère ; et le Dr. Max Aue, qui nous narre sa vie passée, avant qu’il ne se recycle dans la dentelle, à l’époque où il était dans la Sécurité SS, a entre autres choses tué sa maman.

Livre pervers, comptable de l’ignoble non pathétique, roman de l’inversion à tous les sens du mot, pétri de références culturelles subliminales ou énoncées, il nous narre notre quotidien quand le ton passe du raisonnable au raisonneur, voire au ratiocineur, pour nous expliquer notre fin programmée. Ce pourrait être sinistre, c’est hélas assez passionnant pour ne jamais nous lasser. Et puis, à la page 880, attendez-vous à une pirouette et, comme qui dirait, un pied-de-nez - je ne veux pas vous gâcher le suspense. C’est un roman qui a « passé les sombres bords ». C’est un roman qu’il faut lire car il témoigne de notre époque, peut-être le premier roman « humanitaire » écrit par un ex-humanitaire de tous les fronts des massacres, et si ces massacres prouvent une chose « c’est bien paradoxalement, l’affreuse, l’irrésistible solidarité de l’humanité ». Les prémisses sont fausses, mais le développement imparable. Notre époque, vous dis-je !

Reste quand même ce sentiment de honte « comme du sable qui crisse entre les dents ».

Mais c’est aussi, d’abord, un chef d’œuvre littéraire : Dans les champs de blé, les coquelicots achevaient de mourir, mais le seigle et l’orge mûrissaient, et sur des kilomètres sans fin, les tournesols, dressés vers le ciel, suivaient de leurs couronnes dorées la trajectoire du soleil.

Jonathan Littell, Les bienveillantes, éditions Gallimard, 2006.
Jonathan Littell, Les bienveillantes, éditions Gallimard, 2006.
Grand prix du roman de l’Académie française, Prix Goncourt 2006.

Article : Elizabeth Antébi






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