Le Caire, plus grande mégapole d’Afrique

avec Delphine Pagès-El Karoui, géographe
Le Caire présente de multiple visages, de la vieille ville et du quartier "anglais", aux quartiers construits sans infrastructures, jusqu’aux "new settlements" et "cités-satellites". Retour sur les grandes étapes de l’urbanisation du Caire, avec Delphine Pagès-El Karoui, géographe, enseignante à l’INALCO (Langues’O).


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Émission proposée par : Priscille Lafitte
Référence : ECL221
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Date de mise en ligne : 16 novembre 2006




Les Fondations :
- Fustât, bâtie par les conquérants arabes (642) ;
- Al Askar (750) puis Al Qatai (868), établissements des Abbassides et des Toulounides ;
- Al Qâhira (969), construite par les Fatimides du Maghreb ;
- la Citadelle (1176) par Saladin, trace la ville actuelle.

Le Caire médiéval : La ville mamelouke s’épanouit, depuis l’apogée de la civilisation arabe jusqu’au milieu du XIXe siècle, où la ville s’occidentalise. Il reste, dans les quartiers du Caire ancien, quelques vestiges de ce Caire médiéval.

La ville traditionnelle (1517-1798) : La période ottomane commence avec la défaite de l’armée mamelouke, lors de la bataille livrée aux forces ottomanes du sultan Sélim, aux portes du Caire, le 23 janvier 1517. 281 années plus tard, non loin des pyramides, les Ottomans sont vaincus par l’armée de Bonaparte, le 21 juillet 1798. Dans la soirée, les troupes françaises pénètrent le Caire. Entre ces deux batailles décisives se déroulent près de trois siècles de domination ottomane. On voit se réaliser un programme urbain lancé en 969, réorienté vers le sud par Saladin en 1176, développé par Muhammad al-Nasir, avec la tentative d’occupation de l’ouest. En 1798, la croissance de la ville était achevée, avec une urbanisation complète de la partie sud de la ville, et presque terminée dans sa partie ouest.

Le Caire contemporain : L’occupation française sonne le glas de l’Egypte ottomane. Avec l’arrivée de Muhammed Ali au pouvoir en 1805, Alexandrie se développe et passe de l’avant-port somnolent du Caire, avec 10.000 habitants, en bourgeonnante métropole méditerrannéenne : 105.000 habitants en 1848 (dont 5.000 étrangers), 232.000 en 1882 (dont 49.000 étrangers). Alexandrie supplante le Caire comme centre du commerce international en Egypte. Le Caire semble échapper à ce tourbillon. Entre 1805 et 1849, la ville ne change guère, la population stagne (du fait des épidémies de peste et de choléra, la conscription militaire, et la mortalité sur les grands chantiers).

1863 : année importante pour le Caire. Avènement du souverain Isma’il (1863-1879), qui, pour la première fois depuis neuf siècles, s’attache à un projet global de développement de la ville, selon un modèle occidental et haussmannien (depuis la visite à Paris en 1867 du souverain Isma’il).

1869 : inauguration du canal de Suez. Entre temps, il fallait construire, dans un laps de temps très court, un quartier occidental, à la limite ouest de la vieille ville. Ce nouvel urbanisme repose sur une organisation planifiée de l’espace qui donne la prééminence au tracé des voies, à la géométrie urbaine : carroyage précis, alignement, perspectives. Les immeubles construits sont composés d’appartements standards sur le modèle occidental, alors que la tradition locale aurait pu fournir, avec le rab’, un type d’habitat collectif indigène.

L’expansion démographique impose l’extension du Caire au-delà de la ville traditionnelle. La ville devint « double ». La ville « anglaise » des années 1882 à 1936 ne constitue qu’un développement de l’ébauche esquissée en quelques années sous Isma’il. Entre la ville « indigène » et la ville « européenne », la fracture se creuse : le réseau des rues est anarchique à l’est, régulier à l’ouest.

Le Caire
Le Caire
Copyright : Bertrand Gardel/hemis.fr

1936 : début de l’ère nouvelle

En 1930, le cap du million d’habitants est franchi. Jusqu’alors, l’essor démographique était modéré. L’accélération ne devient dangereuse pour les planificateurs que vers 1936.

Passé 1937, la croissance de la population cairote passe de 1,5-2% à 4%, avec une pointe de 4,8% entre 1937 et 1947. La population du Caire double entre 1947 et 1966. Cette croissance excède largement la croissance naturelle de l’Egypte. La part du Caire passe de 6% (1937) à 12% en 1947, et 18% en 1976. La mortalité baisse, du fait de l’amélioration des conditions sanitaires en ville. Le rajeunissement de la population maintient une forte croissance naturelle et demande des efforts considérables pour répondre aux besoins en éducation, en travail, en logement. A ces effets démographiques s’ajoute un fort exode rural.

En 1985, le gouvernement du Caire panique et suggère d’interdire l’immigration vers la ville, de délivrer des cartes d’alimentation réservées aux Cairotes de « souche », de n’admettre dans les écoles que des enfants de « résidents »... A cette époque pourtant, le phénomène était déjà en nette décroissance, et de plus en plus d’Egyptiens émigrent vers les autres pays arabes (Lybie, Arabie, Irak, pays du Golfe...). Le traité de paix avec Israël permet également aux Egyptiens de retourner vivre près du Canal.

La ville s’est étendue à des régions vouées, jusque là, à des activités agricoles. Les urbanistes tentent de diriger cette expansion vers les zones désertiques. Mais la fabrication des briques, à partir de l’argile, a stérilisé des milliers d’hectare de terres agricoles.

La surdensification du Caire devient impressionnante : elle est trois fois plus importante qu’à Paris. Les ensembles funéraires sont transformés en lieux permanents d’habitation, plusieurs familles cohabitent dans le même logement, les immeubles sont surélevés, avec des constructions précaires sur les toitures. C’est au nord de la ville que les changements sont les plus spectaculaires.

Le cimetière nord du Caire
Le cimetière nord du Caire
©www.diapo.ch

Paradoxalement il existe 15% de logements vides, surtout dans les couronnes de Héliopolis et de Madinat Nasr.

L’effort de planification urbaine est souvent en-deçà des réalités prévisibles. Les plans sont chargés de corriger les plans précédents.

1956 : 1er schéma directeur qui prévoit six cités satellites, à vocation industrielle, dont une seule, Hulwan, fut développée ; et deux zones suburbaines en région désertique, dont seule Madinat Nasr fut développée.

1970 : second schéma directeur, dans un contexte catastrophique : explosion des infrastructures du Caire, en particulier des égouts (1965), et désastre militaire en 1967. Déjà, les plans de villes satellites et villes nouvelles, le pont du 6-octobre, un boulevard périphérique.

1983 : 3e schéma directeur, élaboré avec une collaboration française. Il prévoit dix "New Settlements", un boulevard périphérique "Ring road", et de découper la ville en seize zones homogènes qui auraient vocation à devenir des entités urbaines autonomes.

Delphine Pagès El-Karoui
Delphine Pagès El-Karoui

Bibliographie :
- Delphine Pagès-El Karoui, Villes du delta du Nil, cités de la densité, Karthala, collection "Terre et gens d’islam", 2005.
- André Raymond, Le Caire, Fayard, 1993.


- Les grandes dates du Caire sont sur Kronobase

- Retrouvez le programme complet de nos émissions consacrées à l’Egypte.

Les ambiances sonores ont été enregistrées par Canal Académie au Caire et à Louxor, en novembre 2006.






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