Sus aux Conventionnels

le bibliologue Bertrand Galimard Flavigy
Lors d’une précédente chronique, celle intitulée "L’instruction sous le couperet de la guillotine", Bertrand Galimard Flavigny avait évoqué plusieurs conventionnels. Il poursuit ici cette page de l’Histoire et de la bibliophilie.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : PAG203
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Date de mise en ligne : 26 octobre 2006

Les Conventionnels déjà évoqués (Lavoisier, Daunou, etc) sont les mal aimés de l’Histoire ; il est vrai qu’ils ont peu fait pour séduire les générations futures, entre le vote pour la mort de Louis XVI, la pacification de la Vendée, et ce que l’on a appelé la Terreur, ils ont laissé peu de place dans la mémoire collective. Nous devons pourtant à la Convention la fondation, notamment des Ecoles Centrales, de l’Ecole Polytechnique, de l’Ecole Normale, la réorganisation du Muséum d’Histoire Naturelles et du Collège de France, l’organisation du Conservatoire des Arts et Métiers, et enfin la création de l’Institut de France. Comme le souligna l’historien Louis Madelin : « Elle avait ainsi détruit et bâti, terrorisé et pacifié, atteint pour les uns l’extrémité du crime et pour les autres celle de la vertu ».

L’auteur d’une liste noire La Convention était composée de sept cent quarante-neuf députés. L’histoire n’a pas conservé un très bon souvenir de la plupart d’entre eux, surtout les 361 qui ont voté la mort de Louis XVI. A une majorité d’une voix. On a toujours dit que c’était celle du cousin Orléans. Celui-ci ne figure pas sous son nom dans la Petite biographie conventionnelle ou tableau moral et raisonné... que fit paraître en 1815, le libraire Alexis Eymery. Il y est nommé « Egalité », et l’auteur précise qu’il l’a fait « en respect dû à son véritable nom, et aux éminentes vertus de sa veuve ». Cet auteur, anonyme, que nous savons être Antoine-Joseph Raup de Baptestein de Moulières, ne s’est pas contenté de dresser les portraits de conventionnels, il a fait aussi œuvre de sociologue en notant que l’on rencontrait parmi eux des « comtes, des curés, des marquis, des bouchers, des évêques, des comédiens, des médecins, des huissiers, des peintres, des moines, des barbiers de village, des gardes-du-corps, des apothicaires, des avocats, des cardeurs de laine, etc, etc, ». Bref, une bonne représentation des Français. Que sont-ils devenus tous ces conventionnels ? C’est à cet instant que le sous-titre de l’étude, Tableau moral et raisonné, intervient : 56 périrent sur l’échafaud, 27 de mort violente, extraordinaire et non naturelle ; 15 - dont 13 ont voté la mort - peuvent être considérés comme fou « tant par leurs paroles et leurs écrits, que par leur conduite » ; 44 - parmi lesquels, un seul prêtre - eurent « le courage, malgré les menaces, d’émettre librement leur opinion modérée ».


Ces statistiques sont incomplètes d’un point. Hérault de Séchelles dont la biographie est omise dans le livre, a été guillotiné le 5 avril 1794. Cet oubli a été réparé dans la deuxième édition parue l’année suivante en 1816, toujours chez le même éditeur. Il avait conservé, comme indiqué sur la page de titre, en frontispice « une jolie gravure » représentant une jeune femme lisant, appuyée contre un socle et le pied posé sur une... faux.

Le mémorial sur la Révolution. La Convention a laissé des traces dans les esprits des générations suivantes, et bon nombre d’auteurs s’y sont employés, afin que l’on n’oublie pas ses méfaits. Cela relevait d’un simple devoir d’éducation. Ainsi Claude Dudouyt de Tourville était, en 1824, en classe de troisième au collège de Coutances. Il était plutôt bon élève, surtout en grec, puisque le jour des prix qui se déroula le 12 août, il reçut en récompense de son prix de version, Le Mémorial sur la révolution française, ses causes, ses promesses et ses résultats,...Le volume sortait tout droit de « l’Imprimerie ecclésiastique de Beaucé-Rusand, hôtel Palatin, près Saint-Sulpice ». Le livre était bien relié, mais lourd. Il réunit sur 650 pages, outre le mémorial proprement dit, trois préfaces, une « introduction tirée de la « Politique sacrée de Bossuet » ; suivi d’un supplément sur le sort des principaux Impies, Usurpateurs, Factieux, etc., de l’an 40 à l’an 1823 ».

Nous sommes face à un véritable traité de l’impiété, qui selon l’auteur, « perdra celui qui s’y livre ». Cet auteur-là, Toussaint-Félix Jolly était chanoine régulier de la congrégation de France et ancien professeur du séminaire de Troyes. Il avait l’habitude du « mémorial » puisqu’il en composa un autre consacré à l’Écriture Sainte, sous-titré Manuel de vérité et de salut... également imprimé par Beaucé-Rusand, en 1824-1826, en deux volumes. Son Mémorial sur la révolution française fut réimprimé en 1828, en deux volumes par E. Bricon et connut la même année, une version « abrégée » concoctée par M. d’Exauvillez pour le libraire Méquignon-Havard. « Nous avons donné à cet ouvrage le nom de Mémorial, parce que notre but est de rappeler aux personnes plus âgées les causes, les promesses, ainsi que les résultats de la révolution, et d’en instruire celles qui, par leur âge, n’ont pu en être témoins », note en tête de la première préface le chanoine. Son étude l’a conduit à démontrer que la révolution a offert quatre caractères distinctifs : conjuration philosophique générale ; proclamation publique de l’athéisme ; volonté de « renverser non seul le trône de France en égorgeant son roi et une partie des princes et princesses, ainsi que leurs fidèles serviteurs, mais tous les trônes sans excepter un seul » et enfin rejet du « nom même de la religion d’une loi proposée par le roi très-chrétien et de la législation de vingt-cinq millions de français... ». Le père Jolly, malgré ses faibles connaissances - c’est lui qui l’affirme - a constaté que « ces caractères monstrueux » ne s’étaient jamais rencontrés de cette manière avant le dix-huitième siècle. Comment une telle chose avait-elle été rendue possible : ces caractères avaient été « enfantés par la longue et perpétuelle conjuration de l’impiété philosophique de ce siècle ».

Tous les philosophes, citations à l’appui, comme ensuite tous les évènements qui se déroulèrent depuis 1789 jusqu’en 1815, comme le sort réservé aux révolutionnaires, sont passés au crible par notre bon chanoine qui se garde toujours d’entrer en polémique. Dans un chapitre consacré aux « quatre-vingt-deux noms de factions et de partis », il ne peut s’empêcher, pourtant de donner la définition des « use culotte », c’est-à-dire « nom donné aux députés de la Convention qui ne faisaient autre chose que se lever et s’asseoir à la volonté des dominateurs, lâche complaisance par laquelle ils les aidaient à rendre tant de décrets sanguinaires et atroces ». Ce qui lui permet, au moment d’évoquer Louis XVI, de rappeler que la Constituante l’avait proclamé : le restaurateur de la liberté. Bertrand Galimard Flavigny






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