Les premières photos scientifiques...

...conservées à l’Institut de France
C’est dans le Palais du quai Conti que fut révélé, le 19 août 1839, un tout nouveau procédé de fabrication d’images, dont la paternité fut attribuée à Louis-Jacques Mandé Daguerre. La photographie était née lors d’une séance de l’Académie des sciences ! En compagnie de Laurence Hamouda, découvrez les premières applications scientifiques de cet art, dont les photos restent conservées à l’Institut de France...


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Date de mise en ligne : 7 novembre 2006
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Il existe plusieurs dates pour parler de l’invention de la photographie. Nicéphore Niepce inventa le procédé de la photogravure en 1822, mais la présentation officielle du procédé de la photographie fut réalisée devant l’Académie des sciences en 1839 par Daguerre !

À cette époque, l’Académie des sciences avait une forte influence sur les prises de décisions d’État. Le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences d’alors, François Arago, voit tout de suite l’importance de cette technique et de ses applications. Il débloque des crédits pour lancer le daguerréotype, et fait acheter le procédé par l’État français. Lors de la proclamation officielle de l’invention de la photographie ce fameux ... août 1839, d’autres revendiquent la paternité de l’invention, tels que l’anglais Henry Fox Talbot et son calotype (c’est d’ailleurs lui qui inventa le principe de la reproduction photo et c’est son invention qui prendra le pas sur le daguerréotype dès 1848), ou encore le français Hippolyte Bayard.

L’engouement pour la photo est sans commune mesure ! Entre 1840 et 1875, quelques 500 communications à l’Académie des sciences ont trait à ce sujet. Plus de 600 photographies à caractère scientifiques ont été recensées à l’Institut de France.

Quelles furent les premières applications scientifiques ? Tout d’abord dans le domaine de la photomicrographie. En associant le microscope à la photographie, cette mise en pratique permet de montrer au grand public ce que voit l’œil du scientifique d’alors. Les premières photos sont surtout appréciées pour leur qualité esthétique.

Jules Girard, appliaction de la lumière polarisée à la photographie des cristaux microscopiques de certains sels, cynotype, 7 x 8 cm, diffusé  en avril 1870 à lors d’une séance de l’Académie des sciences.
Jules Girard, appliaction de la lumière polarisée à la photographie des cristaux microscopiques de certains sels, cynotype, 7 x 8 cm, diffusé en avril 1870 à lors d’une séance de l’Académie des sciences.
© Académie des sciences de l’Institut de France

Sur le plan de la recherche médicale, la photo devient une preuve scientifique irréfutable à la thèse soutenue par le médecin. Dans le domaine de la neurologie par exemple, Jules Bernard Luys réalisa (1873) une coupe de cerveau durcit dans une solution de chrome et qu’il prit en photo. Il prouva ainsi devant ses pairs l’existence de circuits neuronaux.

Jules Bernard Luys, Coupe intéressant les régions supérieures de la couche optique, vers 1873. Epreuve sur papier albuminé. 17,2  x 13,9 cm, planche V de l’album, Iconographie des centres nerveux, Paris, J.B. Baillère et fils, 1873.
Jules Bernard Luys, Coupe intéressant les régions supérieures de la couche optique, vers 1873. Epreuve sur papier albuminé. 17,2 x 13,9 cm, planche V de l’album, Iconographie des centres nerveux, Paris, J.B. Baillère et fils, 1873.
© Institut de France

En psychiatrie, la photo eut pour but de saisir sur le fait des patients en état de crise passagère. C’est ainsi qu’en 1878, Jean-Martin Charcot créa le service photo de la Salpêtrière. Il observa chez les femmes les différentes phases de l’hystérie. Il releva des attitudes passionnelles telles que la mélancolie, l’extase ou l’érotisme.

Désiré- Magloire Bourneville et Paul Regnard, Attaque d’hystérie, première phase ; vers 1877. Epreuve papier albuminé avec traces et retouches d’encre, 9,5 x 6 cm, planche II de l’album Iconographie photographique  de la Salpêtrière, Paris, Delahaye 1877.
Désiré- Magloire Bourneville et Paul Regnard, Attaque d’hystérie, première phase ; vers 1877. Epreuve papier albuminé avec traces et retouches d’encre, 9,5 x 6 cm, planche II de l’album Iconographie photographique de la Salpêtrière, Paris, Delahaye 1877.
© Institut de France

Duchenne de Boulogne quant à lui s’intéresse à la physiologie et plus exactement à l’expression de nos sentiments. Pour lui, chaque muscle traduit un mouvement de l’âme. On retrouve notamment dans le livre Eclats d’Histoire, deux photos impressionnantes, ou les muscles faciaux étaient stimulés par des décharges électriques.

Enfin, les premiers pas de la radiographie ! Il faut attendre 1895 pour réussir à "pénétrer la matière opaque". Lors de premiers tests, les patients furent exposés jusqu’à sept heures aux rayons X ! La bibliothèque de l’Institut dispose par ailleurs de la première radiographie d’un corps entier (en une douzaine de planches).

Les entomologistes aussi utiliseront la photographie pour immortaliser leurs collections. Et les astronomes prendront de nombreux clichés d’éclipses de lune tout d’abord, de soleil ensuite. Les archives de l’Académie des sciences dispose d’ailleurs des premières photos de Daguerre à ce sujet (1839).

Et puis n’oublions pas les premiers pas de la photographie couleur ! Une nouvelle fois, ce sont deux français qui mettent au point cette révolution : Louis Ducos de Huron et Charles Cros. Par une combinaison de trois couleurs primaires, ils synthétisèrent les couleurs naturelles (principe de la trichromie). Les premières photos couleurs datent de 1870 ! Mais cette technique ne sera réellement mise au point qu’une quinzaine d’années plus tard.

Louis Ducos du Huron, Vue d’Agen, prise de la maison Louis Ducos du Huron, s. d., héliochromie, 13,4 x 19,2 cm, 1874.
Louis Ducos du Huron, Vue d’Agen, prise de la maison Louis Ducos du Huron, s. d., héliochromie, 13,4 x 19,2 cm, 1874.
© Académie des sciences de l’Institut de France

En compagnie de Laurence Hamouda, professeur d’Histoire, attachée au service pédagogique de l’Institut, découvrez une (infime) partie de la richesse du patrimoine photographique entreposée à la bibliothèque de l’Institut de France et aux archives de l’Académie des sciences.

Bibliographie :

Laurence Hamouda, Catherine Dalarun,  Anne Cartier-Bresson, Eclats d’Histoire : Les Collections photographiques de l’Institut de France, 1839-1918, Actes Sud, 2003.
Laurence Hamouda, Catherine Dalarun, Anne Cartier-Bresson, Eclats d’Histoire : Les Collections photographiques de l’Institut de France, 1839-1918, Actes Sud, 2003.

Laurence Hamouda, Catherine Dalarun, Eclats d’Histoire, éditions Actes sud, 2003.

Retrouvez les aventures de François Arago en Espagne, pendant ses jeunes années, avant de devenir secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, dans notre émission À voie lue ici

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