La mort dans l’œuvre de Gerhard Richter, une conférence de Camille Morineau, conservatrice au Centre Pompidou

Retransmission de la conférence de la Journée du livre médical à l’Académie nationale de médecine
Le vendredi 14 septembre 2012, l’Académie nationale de médecine organisait sa 10e journée du livre médical, intitulée De la mort à la vie. Cette journée a pour but de rappeler le rôle primordial de la mort dans la double histoire de la médecine et de la peinture. Artistes, gens de lettres et personnalités, à l’invitation de Jacques-Louis Binet, membre de l’Académie de médecine et correspondant de l’Académie des beaux-arts, ont tenu une conférence sur un artiste de leur choix. Dans cette retransmission, nous vous proposons de découvrir Camille Morineau sur la mort dans l’œuvre de Gerhard Richter.


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Date de mise en ligne : 10 février 2013

C’est la seconde fois que j’ai le privilège de parler de l’exposition PANORAMA organisée, jusqu’à fin septembre dernier, au Centre Pompidou : dans un premier temps, j’avais essayé de guider les visiteurs à travers les cents cinquante œuvres présentées ; aujourd’hui je voudrais rendre compte de l’analyse, que Camille Morineau, commissaire de l’exposition à Paris, a présentée aux journées du livre de l’Académie nationale de médecine le 14 septembre 2012. Elle a souligné trois originalités de l’art de Gerhard Richter, l’importance des dédoublements, le rôle du « blow-up » photographique dans le passage à l’abstraction et le climat dans lequel s’est préparée cette triple exposition à Londres, Paris et Berlin.

Premier point fort, la cohérence, la continuité de l’œuvre. Elle rassemble une multiplicité de techniques, photographies, peintures sur photographies, peintures sur verre, figuration, abstraction, retour à l’histoire de l’art et à l’histoire contemporaine, en même temps, que le Louvre consacrait, aussi, deux salles aux travaux sur papier avec la même diversité de sujets (croquis familiaux, évocations cosmiques) et de moyens (crayon, stylo bille, pierre noire, encre de chine, aquarelle).
Mais l‘unité est retrouvée dans l’architecture même de l’exposition : autour d’une grande salle triangulaire, deux murs obliques évoquent une traversée plus qu’une énumération chronologique et montrent clairement l’importance du dédoublement, aussi bien dans les tableaux figuratifs (deux Crânes, deux Bougies, deux Pommes) simultanés ou décalés dans le temps, qu’abstraits : « La plupart des peintures abstraites monumentales des années 1980 sont de vrais ou de faux diptyques ». « Deux et deux font un », écrivait déjà en 1986, Pierre Schneider à propos des doublets de Matisse.

Bougie, 1982, huile sur toile
Bougie, 1982, huile sur toile
© Gerhard Richter 2012

Autre lecture de Panorama, le passage de la figuration à l’abstraction dans les années 1980. Il s’est produit sans rupture, d’abord par coexistence de formes figurées et abstraites, comme dans Peinture abstraite de 1984 ou apparaissent très clairement le bas et le haut d’une bougie. Puis, plus que la photographie, c’est le Blow-up, c’est-à-dire l’agrandissement d’un motif d’une peinture, qui transforme son « identité, son échelle et son impact ». Et Camille Morineau a très précisément montré comment « les traces de peinture, qui y figuraient, se référaient à la peinture gestuelle, les colonnes à la peinture géométrique et les plans de couleur aux origines monochromes de l’abstraction ». Dernier geste du peintre, l’application de la raclette, à chaque couche de peinture, révélant les couches antérieures qui donnaient à voir « une épaisseur temporelle, la somme de plusieurs unités de moments. »

Autoportrait, 1996, huile sur toile
Autoportrait, 1996, huile sur toile
© Gerhard Richter 2012

Enfin la commissaire de l’exposition a décrit le climat, à la fois chaleureux et sérieux de cette préparation, où les trois responsables s’étaient entendus sur le choix des œuvres à montrer, et à chacun sa présentation. Elle n’a pas oublié les longues heures passées dans le silence de l’atelier de Gerhard Richter.

Jacques-Louis Binet.

En savoir plus :

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- Matisse, une seconde vie avec l’exposition Paires et séries au Centre Pompidou

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- La fiche de Jacques-Louis Binet sur le site de l’Académie des beaux-arts






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