Alain Prochiantz : « La recherche reste un jeu, malgré mon accident de parcours »

Portrait du neurobiologiste académicien de sciences, professeur au Collège de France
Alain Prochiantz s’intéresse à la manière dont l’architecture de l’organisme des êtres vivants est déterminée. Il travaille plus spécifiquement à la morphogenèse du cerveau, les processus grâce auxquels notre cerveau acquiert sa forme spécifique. Il revient au cours de cette émission sur les grandes étapes de son parcours jusqu’au Collège de France où ses cours sont consacrés aux processus neurologique et psychiatrique sur un plan développemental.


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Référence : HAB719
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Date de mise en ligne : 20 janvier 2013
Alain Prochiantz
Alain Prochiantz
© Collège de France

Pour Alain Prochiantz, morphogénéticien, membre de l’Académie des sciences et professeur au Collège de France, « la recherche est un jeu ». Un jeu qui n’a pas toujours été très tendre pour celui qui a découvert par hasard que les homéoprotéines [1] étaient aussi des protéines messagères. Il lui aura en effet fallu près de 20 ans pour valider sa découverte et faire face à une communauté scientifique sceptique.
Alain Prochiantz considère même aujourd’hui cette découverte comme un « accident de la route ». « Aujourd’hui, sachant ce que cela a coûté à notre laboratoire, je me demande si après avoir fait cette observation en 1989, je ne l’aurais pas simplement oublié, parce qu’il a fallu beaucoup d’années pour faire admettre cette observation et je ne suis encore certain que ce soit entièrement admis »observe l’intéressé.
De l’amertume ? Non, vous répondra-t-il. Au-delà du jeu, la recherche a ses enjeux sociétaux.

Homéoprotéines superstars !

Les homéoprotéines sont des facteurs de transcription qui régulent la forme des neurones, la forme des cellules nerveuses mais aussi la forme du corps. Elles sont en effet impliquées dans la régulation des morphogènes, tout ce qui fait qu’une main ait la forme d’une main et soit bien au bout de votre bras et non au bout de votre cheville !

En plus de toutes ses observations, « nous avons montré que ces facteurs de transcription ne restaient pas sagement dans le noyau. Ils sortent de la cellule pour aller dans la cellule d’à côté. Comme ce sont des molécules qui sont porteuses d’information de position, c’est une manière pour ces cellules d’échanger de l’information positionnelle. C’est ça qui m’a fasciné au départ. Tout cela était dérangeant, pour la communauté scientifique comme pour moi ».

Ainsi, les cellules passent par une phase de reconnaissance sur le terrain pour interagir ou non entre elles. En échangeant également de l’information sur leurs positions, elles peuvent déterminer leur emplacement dans le corps au fur et à mesure de leurs déplacements. « C’est un mode de communication très ancien qui se retrouve aussi chez les plantes et devaient être présent chez les premiers vertébrés » explique-t-il.

Aujourd’hui, les travaux d’Alain Prochiantz et de son équipe ouvrent la voie à la recherche médicale pour la reconstruction d’organes lésés ou de maladies neurologiques. Ces cours au Collège de France sont d’ailleurs désormais consacrés aux processus neurologique et psychiatrique sur un plan développemental.

La culture scientifique : former nos gouvernants

Autre cheval de bataille pour Alain Prochiantz : le développement de la culture scientifique. Cela passe par les cours qu’il donne au Collège de France depuis 2006, la publication d’ouvrages scientifiques destinés au grand public [2], mais également par la co-écriture de nombreuses pièces de théâtre avec Jean-François Peyret [3]. Avec à chaque fois un seul mot d’ordre : élever le niveau. Le terme même de « vulgarisation scientifique » le hérisse. Et de remarquer : « le monde d’aujourd’hui est un monde scientifique. Or les gens qui nous gouvernent n’ont aucune culture scientifique et pourtant, leurs choix ont des conséquences politiques et économiques importantes. Lorsque vous allez à un dîner en ville, tout le monde vient vous voir en étant fière de vous dire qu’il ne connaît rien aux sciences, mais ces mêmes personnes ne seraient pas fières de dire qu’elles n’ont pas lu les grands classiques... ! »

Au cours de cette émission, Alain Prochiantz revient également sur ses années d’études en compagnie de Jacques Glowinski [4], son amitié avec le biologiste franco-suisse Denis Duboule [5] et Walter Gehring à Bâle [6].

Alain Prochiantz est neurobiologiste, morphogénéticien, membre de l’Académie des sciences, professeur au Collège de France.

En savoir plus :

- Alain Prochiantz, membre de l’Académie des sciences
- Alain Prochiantz sur Canal Académie

[1] les homéoprotéines régulent génétiquement la forme des neurones

[2] Les stratégies de l’embryon (1987), La construction du cerveau (1989), Claude Bernard : la révolution physiologique (1990), Les anatomies de la pensée - À quoi pensent les calamars ? (1997), Machine-esprit (2001), La Génisse et le Pythagoricien - Traité des formes I (2002), Les variations Darwin (2005), Géométries du vivant (2008), Qu’est-ce que le vivant (2012)

[3] Les Variations Darwin, Des Chimères en automne, Les Variations Darwin, Tournant autour de Galilée, Ex vivo / In vitro

[4] ancien administrateur du collège de France, membre de l’Académie des sciences

[5] membre de l’Académie des sciences

[6] membre de l’Académie des sciences






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