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L’âge d’or du romantisme allemand

Aquarelles et dessins à l’époque de Goethe
Daniel Marchesseau, directeur du Musée de la Vie Romantique, nous conduit à travers le romantisme allemand et ses principaux protagonistes. Un florilège de dessins témoigne d’une création foisonnante de cette période si riche intellectuellement. Sont ainsi présentées 124 feuilles de qualité exceptionnelle signées de quelque soixante artistes.


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Émission proposée par : Krista Leuck
Référence : CARR366
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr366.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida3089-L-age-d-or-du-romantisme-allemand.html
Date de mise en ligne : 1er juin 2008
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Cette exposition apparemment ciblée sur un temps et un type d’œuvres, ouvre néanmoins tout un univers. Il y a comme un effet de loupe sur l’âme de cette époque avec ses élans métaphysiques et son enracinement dans le concret de la vie.
L’écrin de l’exposition : le Musée de la Vie Romantique, au cœur d’un vieux quartier d’artistes en contrebas de Montmartre, l’ancienne demeure du peintre et sculpteur Ary Scheffer (1795-1858), constituée de plusieurs pavillons à l’italienne dans un délicieux jardin de roses et de lilas. Daniel Marchesseau, directeur, conservateur est également co-commissaire de cette exposition (qui dure du printemps 2008 jusqu’au 15 juin).

La notion de « romantisme allemand » n’est-elle pas devenue un peu vague ? Pierre Rosenberg, de l’Académie française, qui contribue également au catalogue de l’exposition, affirme même que « le mot de romantisme, on l’a vidé de son sens, de tout sens. » Peut-être est-ce une raison pour préciser qu’il s’agit dans cette exposition du « Romantisme Allemand à l’époque de Goethe » .

Joseph Karl Stieler, Johann Wolfgang von Goethe
Joseph Karl Stieler, Johann Wolfgang von Goethe
© Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Neue Pinakothek, Bruno Hartinger, Munich

L’époque est en effet traversée par de profonds bouleversements. Le poète (1749-1832) a vécu successivement l’Aufklärung - les Lumières ; la monarchie constitutionnelle, la Révolution française, Napoléon et les guerres de libération, la Restauration, et dans la littérature, le Sturm & Drang (tempête et élan) jusqu’à l’art bourgeois du Biedermeier… Le XVIIIe siècle est dominé par les aristocraties de cour, le XIXe par une bourgeoisie nouvelle.

La philosophie, la littérature et, pour les beaux-arts, le dessin, jouent un rôle prédominant, le dessin faisant partie de toute bonne éducation. Les artistes de talent qui s’adonnent à cette discipline sont nombreux (la colonie allemande à Rome en compte plusieurs centaines). Les artistes comme les premiers amateurs de randonnées (wandern, en allemand, Der Wanderer, Schubert) sont attirés par la nature qui devient but de voyage et nourrit leur imaginaire, comme par l’Italie où ils trouvent liberté de vie et inspiration.

Caspar David Friedrich (1774-1840), Le Massif des Schneegruben vu de Hainbergshöh
Caspar David Friedrich (1774-1840), Le Massif des Schneegruben vu de Hainbergshöh
© Collection particulière

Quelques figures emblématiques peuvent être soulignées : Caspar David Friedrich, P.O. Runge, J.H. Füssli, J.H. Tischbein ou J.G. von Dillis, Moritz von Schwind, L. Richter, les Nazaréens comme F. Overbeck ou J. Schnorr von Carolsfeld, etc .

Daniel Marchessau nous guide à travers les différentes salles d’exposition :

Les premières salles et la Tradition académique :
J.W. von Goethe (Une Veduta de Rome, 1787), Angelika Kauffmann(portraitiste, admiratrice et amie de Goethe), J.H. Tischbein (Le Tribunal des animaux, La bataille de Leipzig, d’après la fable de Goethe, Maître Renard. Tischbein est également écrivain et illustrateur, Chodowiecki (un artiste majeur de l’époque de Frédéric II de Prusse (1712-1786), J.P. Hackert (peintre à la cour de Ferdinand IV de Naples, ami de Goethe. Ses Vedute de Rome connaissent un succès international), J.G. Wille (qui vécut longtemps à Paris).

Suivent d’autres salles :
L’Italie : « le grand bonheur de l’indépendance sans bornes et sans contrainte » selon (J.C. Reinhart). Reinhart (L’orage ou La Tempête qu’il compare à la Révolution française, La lutte contre la tempête, est selon le poète F. Schiller l’expression d’une liberté intérieure et d’une volonté insensible à la violence du monde extérieur.

Salle du Néoclassicisme autour de 1800 :
L’idéal néoclassique de Winckelmann – la théorie de l’art antique comme modèle – gagne les beaux-arts à la fin du XVIIIe siècle. A.J. Carstens est le plus original du courant néoclassique de la fin du XVIIIe siècle. Son Autoportrait est un bel exemple du nouvel idéal de liberté des artistes de la génération du Sturm und Drang).

Le « Pré-Romantisme / le « Sturm et Drang » (Tempête et élan) vers 1770-1790), le « Mai 68 du XVIIIe siècle » !
Cette période correspond à la révolte d’une génération qui souffre de l’absolutisme féodal. Penseurs et poètes, notamment Schiller et Goethe, s’affirment contre les générations précédentes. Avec une empathie nouvelle pour la nature, on vénère Jean-Jacques Rousseau. Le dessin surtout traduit cet état d’esprit. J.H. Füssli (artiste suisse, son inspiration se nourrit chez Homère, Dante, Milton, Shakespeare et le Nibelungenlied…) ; J.A. Koch (L’Enfer de Dante).

Johann Heinich Füssli (1741-1825), Le Désespoir de l'artiste devant la grandeur des ruines antiques
Johann Heinich Füssli (1741-1825), Le Désespoir de l’artiste devant la grandeur des ruines antiques
© Grafische Sammlung, Kunsthaus Zürich

Le romantisme du nord :
Ce courant protestant est originaire des régions d’Allemagne du nord parmi lesquels Philipp Otto Runge (1777-1810) et Caspar David Friedrich (1774-1840) : « Le peintre ne devrait pas seulement peindre ce qu’il voit devant lui, mais aussi ce qu’il voit en lui », écrit-il dans ses Aphorismes. « Si la nuit même se levait, si un jour nocturne et une nuit diurne pouvaient nous embrasser tous, ce serait enfin le but suprême de tous les désirs. » (Friedrich).
Sont également exposées les œuvres J.G. Schadow (le meilleur sculpteur de cette époque et dessinateur de premier plan) ; de K.F. Schinkel (architecte qui se consacre à la peinture sous l’occupation napoléonienne (sa Barque sur le Königsee rappelle les gravures de Dürer et fit l’admiration de Goethe). Daniel Marchesseau détaille longuement cette œuvre majeure, l’un de ses coups de coeur.

Karl Friedrich Schinkel (1781-1841), Le Tumulus des larmes, pressentiment d'un jour nouveau
Karl Friedrich Schinkel (1781-1841), Le Tumulus des larmes, pressentiment d’un jour nouveau
© Kupferstichkabinett, Staatliche Museen, Berlin

L. Richter et Moritz von Schwind partagent le même intérêt pour les contes et légendes germaniques. C.G. Carus (La Frauenkirche de Dresde, auteur de nombreux écrits, grand admirateur de Goethe), est une figure clé parmi les romantiques de Dresde.

Le mouvement collectif des régions catholiques du sud, les Nazaréens, ancêtres des Pré-raphaëlites :

J. von Führich : son Autoportrait dans l’esprit de celui de Raphaël illustre l’admiration des Nazaréens pour le maître italien.
J. Riepenhausen, P. Cornelius
J. Schnorr von Carolsfeld, premier représentant de l’idéal nazaréen en Allemagne.
J.F. Overbeck, le « guide » du groupe, restera toute sa vie à Rome, fidèle à son admiration pour Raphaël. L’Italia brune à la Raphaël devant un paysage d’Italie, et une Germania blonde à la Dürer sur fond de ville allemande. L’Amitié demeure une toile emblématique de l’art nazaréen.

Johann Friedrich Overbeck, Italia et Germania
Johann Friedrich Overbeck, Italia et Germania
© Staatliche Graphische Sammlung, Munich

- D’autres mouvements sont encore présentés, le « Naturalisme » et « l’école de paysage de Munich » dont les vues admirables d’Olevano et Monts des Volsques de F. Horny.

Daniel Marchesseau évoque enfin une œuvre qui lui tient particulièrement à cœur : Moritz von Schwind et sa très romantique et féérique Apparition dans la forêt dessinée à 19 ans. La forêt, thème omniprésent dans le folklore germanique, est le cadre de compositions empreintes de mystère propres à l’époque de Dürer.
Ces œuvres illustrent à merveille la capacité du romantisme à saisir l’éphémère de l’instant et à lui donner une pérennité, un souffle poétique fragile et pourtant intemporel.

En savoir plus :
- Musée de la vie romantique à Paris

Catalogue de l’exposition L’Age d’Or du romantisme allemand, sous la direction de Hinrich Sieveking, historien d’art, avec des contributions de Daniel Marchesseau et de Pierre Rosenberg, de l’Académie française.
Dans ce livre sont reproduits tous les dessins et aquarelles de l’exposition sur pleine page avec des commentaires et analyses des plus éminents spécialistes du romantisme allemand.

L’exposition a bénéficié du soutien de la Fondation Rudolf-August Oetker für Kunst, Bielefeld et de Madame Maja Oetker






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