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Une Journée à l’Académie des beaux-arts avec le peintre Pierre Carron, membre de l’Institut

L’art contemporain est-il un simulacre ?
L’Art d’autrefois pourrait-on déjà dire est remplacé par quelque chose d’autre qui tout en en gardant l’intitulé, le cérémonial, devient le simulacre sous l’appellation saugrenue d’art contemporain à l’image de ce qu’il représente. C’est le point de vue de Pierre Carron, membre de la section Peinture de l’Académie des beaux-arts.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : CARR938
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/carr938.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 22 janvier 2013
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Pierre Carron, a été élu membre de l’Académie des beaux-arts, dans la section "peinture", le 21 février 1990, au fauteuil de Félix Labisse. Il a été président de l’Académie des beaux-arts durant l’année 2002. L’artiste né en 1932, a obtenu le fameux Premier Grand Prix de Rome en 1960, un prix aujourd’hui disparu. À ce titre, il séjourna de 1961 à 1964 à la Villa Médicis où il eut la chance de rencontrer Balthus, alors directeur de l’établissement romain, avec qui il se lia d’amitié. Professeur à l’École nationale supérieure des beaux-arts durant trente ans de 1967 à 1997, Pierre Carron a fondé en 1968 le Groupe de Recherche des Moyens d’Expression Plastique.

L’intervention de Pierre Carron s’est déroulée dans la grande salle des séances où se réunissent habituellement les membres de l’Académie des beaux-arts. Sa communication est introduite par Guy Boyer, rédacteur en chef de Connaissances des arts, modérateur des débats, lors d’une rencontre à l’Académie des beaux-arts entre les académiciens et les acteurs privés et institutionnels du monde de l’art. C’était "Une Journée à l’Académie", le 28 novembre 2012. Guy Boyer l’a invité à se prononcer sur la part « d’art officiel » en ce début du XXIe et sur « la part de la création d’aujourd’hui qui n’aurait rien à nous dire » selon Pierre Carron ainsi que sur « la tendance à schématiser un peu trop entre une certaine figuration et une certaine abstraction ».

Texte de la communication de Pierre Carron


Hier encore, que faire ?

Une Histoire qui commence avec celle de l’Humanité lorsque l’homme à peine dépouillé de son animalité en inversant la mort dans une représentation de la vie invente l’art et met en situation les images originelles par des moyens inédits, un de ces premiers gestes.

À partir de cette perfection première, le thème ne cesse de s’amplifier jusqu’à devenir un dessein à l’échelle de l’univers, celui d’établir un écho terrestre à ce qui roule dans le ciel.

L’on assiste alors en tout lieu à de fantastiques levées de pierres, à la matérialisation d’épisodes vécus ou rêvés par l’Humanité, à la mise en élévation de tout ce qui palpite derrière la paroi des apparences, à des éloges du corps et de ses gestes, à l’apparition de toute une population de créatures invisibles jusque-là que des initiés à ce type de délivrance semble extirper de la gangue ou de toute éternité, elle sommeillait, fossilisée, les dressent alors devant nous étincelantes, vivantes, plus vraies que ce qu’elles commentent, plus vraies que nature.

Pierre Carron de l'Académie des beaux-arts, 28 novmbre 2012
Pierre Carron de l’Académie des beaux-arts, 28 novmbre 2012
© Brigitte Eymann/Académie des beaux-arts

Des œuvres qui semblent procéder d’un projet initial, celles d’une avancée simultanée de deux univers en interaction permanente, celui de l’art et de la vie ou ce qui disparait de l’un sous l’action du temps qui passe, réapparaît dans l’autre. L’art qui, de génération en génération, de renaissance en renaissance, quels que soient les bouleversements, poursuit le cours de son évolution.

À l’issue de chaque point ultime de décadence, comme le phénix renaissant de ses cendres, à partir d’une logique qui lui est propre, l’art puise en lui-même les ressources nécessaires à son développement, tirant de son passé, les avenirs qu’il contient suivant un processus et des modalités ancestrales sans cesse réinventées, réinterprétées mais jamais comme aujourd’hui abandonnées. En effet, hier encore, l’atelier, l’école, le musée, étaient les lieux privilégiés de l’apprentissage où l’expérience de l’œuvre par le biais de la copie faisait entrer le postulant de plein pied dans les arcanes du métier le plaçant en situation de s’inscrire dans une lignée, de prendre le relais tendu par des prédécesseurs lointains ou immédiats, une conception fondée sur l’héritage, la mémoire, la transmission, une conception opposée à celle qui s’est imposée aujourd’hui à notre temps qui semble être frappée d’amnésie où l’on a substitué au culte ancien rendu à la beauté, celui de l’ex-nihilo.

Pierre Carron de l'Académie des beaux-arts, 28 novmbre 2012
Pierre Carron de l’Académie des beaux-arts, 28 novmbre 2012
© Brigitte Eymann/Académie des beaux-arts

L’Art d’autrefois pourrait-on déjà dire est remplacé par quelque chose d’autre qui tout en en gardant l’intitulé, le cérémonial, devient le simulacre sous l’appellation saugrenue d’art contemporain à l’image de ce qu’il représente. Ce simulacre envahit l’ensemble de l’espace culturel et l’air du temps. Un label de qualité supérieure réservé à des créatures élevées au rang de créateur, un système où l’absence même d’art dans l’œuvre devient l’un des critères majeurs de qualité comme le confirme la sacralisation des détritus destinés à la poubelle, des rebuts, des riens qui résultent des relents du vieil urinoir qu’accompagnent les élucubrations et les discours de ceux qui sont trop intelligents pour être honnêtes, une production marquée par la monochromie, les lacérations, les projections des espaces bitumés, l’art scatologique, profanatoire, en un mot une adhésion où tout est son contraire dans le plus parfait éclectisme de rigueur : des goûts et des couleurs, qui rend toute prise de position ou définition inutile, sans objet. Ainsi la définition platonicienne de la beauté qui serait la splendeur du vrai bien embarrassante dans le contexte contemporain ne devient-elle pas caduque ?

Pierre Carron, La robe rose sur le fauteuil bleu - huile sur toile - 130x162cm - 1985
Pierre Carron, La robe rose sur le fauteuil bleu - huile sur toile - 130x162cm - 1985

Enfin le musée qui organise la juxtaposition du pas grand-chose avec les chefs-d’œuvre dont il dispose tentant ainsi de justifier le rien par le tout.

Une nouvelle conception de l’art qui correspondrait à un monde qui aurait changé, un nouvel ordre celui du désordre mental en tout état de cause, des mises en scène qui se voudraient lisibles par tous et qui en dépit d’une intense propagande restent toutefois réservées à un dessus de panier composé de bien-pensants.

En revanche, faut-il souligner qu’un certain nombre d’égarés dans le temps non labellisés bien que contemporains n’ont pas cédé au dictat et poursuivent aujourd’hui encore inlassablement l’aventure.

Je cite au sujet de l’Olympia de Manet en 1863 : L’opéra, une véritable révolution : la transformation des choses en un univers plastique autonome, cohérent et particulier (Malraux).

Manet est à l’origine des grandes tendances de la peinture moderne, de Gauguin à Matisse, du fauvisme à l’art abstrait.
Voici l’exemple même de ce qui est asséné comme une évidence, comme base de réflexion incontournable comme l’on dit pour appréhender intelligemment la période moderne ; certes, l’Olympia fit scandale mais sans nul doute pas en raison du propos pictural pas plus que celui du traitement du thème, en tout cas lui attribuer la paternité de l’art moderne et par-dessus le marché de l’art abstrait dépasse l’entendement. L’air du temps est friand de ce type de rapprochement saugrenu et pratique volontiers le grand écart dès lors qu’il s’agit de justifier le présent par le passé, de préférence en dépit du bon sens et d’autant plus volontiers qu’aucun rapport ne peut être établi entre les genres. En effet, pourquoi ce qui par définition ne ressemble à rien devrait-il ressembler à quelque chose ?

Pierre Carron – novembre 2012

Pour en savoir plus

- Retrouvez sur Canal Académie les émissions liées à cette journée du 28 novembre 2012 :
- Une Journée à l’Académie des beaux-arts : avec le sculpteur Claude Abeille
- Une Journée à l’Académie des Beaux-arts avec François-Bernard Mâche
- Exceptionnel ! Partagez une Journée à l’ACADEMIE DES BEAUX-ARTS avec François-Bernard Michel
- Une Journée à l’Académie des beaux-arts avec Bernard Perrine

- Pierre Carron sur le site de l’Académie des beaux-arts

- Une journée à l’Académie des beaux-arts

Le mercredi 28 novembre, une journée de communications et de débats sur les rapports que l’Académie des beaux-arts entretient avec la création aujourd’hui.

Une journée à l’Académie des beaux-arts / Débats

- Le Programme du 28 novembre

9h30 Ouverture de la journée par Arnaud d’Hauterives, Secrétaire perpétuel de l’Académie des beaux-arts

10h « L’Académie des beaux-arts se présente » par Lydia Harambourg (correspondant de la section de peinture) et Robert Werner (correspondant de la section d’architecture)

14h30-17h « L’Académie des beaux-arts et la création aujourd’hui ». Débat animé par Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des Arts, avec les interventions de :

Claude Abeille, sculpteur, graveur, membre de la section de sculpture : « L’Homme qui marche ! »

François-Bernard Mâche, compositeur, musicologue, membre de la section de composition musicale : « L’œuvre d’art est-elle obsolète ? »

François Chaslin, critique d’architecture, correspondant de la section d’architecture : « L’architecture, entre coups d’éclats et éclatement »

Bernard Perrine, photographe, éditeur associé du Journal de la Photographie, correspondant de la section photographie : « La photographie, entre modèle et banalité »

Pierre Carron, peintre, membre de la section peinture : « Hier encore, que faire ? »

17h : Conclusion par le Professeur François-Bernard Michel, Président de l’Académie des beaux-arts






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