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La mondialisation de l’inégalité, niveaux de vie, pauvretés, une évolution paradoxale

Une communication de François Bourguignon à l’ACADEMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
En matière d’inégalité mondiale des niveaux de vie, une évolution apparemment contradictoire a eu lieu au cours du dernier quart de siècle. D’une part, l’inégalité mondiale, c’est-à-dire entre les citoyens du monde, a diminué très significativement. D’autre part, l’inégalité a augmenté dans un grand nombre de pays, et en particulier les pays développés. Dans les deux cas, il s’agit d’une rupture historique. Qu’y a-t-il derrière cette évolution ? Ecoutez l’analyse proposée par François Bourguignon, consultant auprès de nombreux organismes internationaux, auteur de travaux sur la redistribution des revenus. Il a donné sa communication le lundi 8 octobre devant les membres de l’Académie des sciences morales et politiques réunis en séance.


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Référence : ES666
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/es666.mp3
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Date de mise en ligne : 9 décembre 2012

"Dans une large mesure la mondialisation est présente derrière ces deux évolutions. Elle explique en partie le formidable rattrapage Sud-Nord en cours et aussi les effets inégalitaires des mutations structurelles de première grandeur qu’elle cause au sein des économies du Nord comme celles du Sud. Mais d’autres phénomènes sont aussi à l’œuvre. Ce court texte examine ces divers facteurs, l’évolution future de l’inégalité dans le monde et les moyens à la disposition des gouvernants pour contenir les inégalités nationales tout en bénéficiant des gains d’efficacité économique permis par la mondialisation".

Rappelons que le texte ci-dessous ne propose que le début de cette communication qui peut être écoutée en entier de manière sonore ou lue dans son intégralité en consultant le site de l’Académie des sciences morales et politiques : www.asmp.fr

L’intervenant a poursuivi son intervention ainsi :

"Qu’y a-t-il derrière cette évolution ? D’une part, un formidable phénomène de rattrapage Sud-Nord. Et d’autre part, les effets de mutations structurelles de première grandeur au sein des économies du Nord comme celles du Sud.

Les réformes entreprises en Chine au tournant des années 1980 mais surtout l’ouverture délibérée aux investissements étrangers et au marchés mondiaux décidée un peu plus tard ont projeté un milliard de personnes dans un processus accéléré de rattrapage vis à vis du reste du monde. Il en est de même, quoiqu’à un rythme moins rapide, de l’Inde après les réformes entreprises au début des années 1990 et la décision d’ouvrir aux échanges internationaux cette économie traditionnellement très fermée. Au total ce sont plus de deux milliards de personnes dont le niveau de vie a commencé d’augmenter à une cadence inconnue jusque là, et surtout beaucoup plus rapide que dans les pays riches, d’où la diminution de l’inégalité dans le monde. En 20 ans, le nombre de pauvres dans le monde, tentant de survivre avec moins d’un euro par personne et par jour en pouvoir d’achat des pays développés, a diminué d’un demi-milliard après avoir crû pendant plusieurs siècles.

Bien sûr, il reste encore beaucoup, beaucoup trop, de pauvres dans le monde (plus d’un milliard) mais ils sont de moins en moins en Asie. Les pays pauvres d’aujourd’hui sont en Afrique ou en Asie centrale. Quelques-uns sont même parfois plus pauvres qu’étaient les chinois ou les indiens il y a 25 ans, ce qui fait dire à certains que l’inégalité a augmenté dans le monde. Mais, leur poids démographique est trop faible pour annuler l’effet de la croissance des géants asiatiques sur la chute des inégalités mondiales. En outre, un effet d’entraînement des grands pays émergents sur ces pays pauvres est apparu récemment. Après 15 ans de stagnation et même de récession dans un grand nombre d’économies africaines on observe depuis le tournant du siècle une croissance du Produit Intérieur par habitant qui dépasse souvent 3% par an.

La baisse de l’inégalité mondiale est donc avant tout le résultat d’une baisse de l’inégalité "entre" pays, et en particulier entre les pays riches et les grands pays émergents, et plus récemment pratiquement l’ensemble des pays en développement. Ce processus de rattrapage n’est même pas affecté par la crise qui sévit dans l’économie mondiale depuis 2008. La croissance est plus lente partout, mais l’écart en faveur des pays en développement reste à peu près constant.

Le revers de la médaille, c’est que ce bouleversement de l’économie mondiale s’est accompagné d’une hausse substantielle et inattendue de l’inégalité "au sein" des pays. On a ainsi le sentiment d’être confronté à un mécanisme de vases communiquant dans lequel la baisse de l’inégalité entre pays, en partie liée à l’ouverture des géants asiatiques à l’économie mondiale, se verrait compensée par une montée des inégalités nationales. La compensation n’est, heureusement, que partielle. La hausse de l’inégalité au sein des pays n’a jusqu’à présent eu que peu d’impact sur l’inégalité entre tous les habitants de la planète. Par ailleurs, même s’il est tentant de le penser du fait de la concomitance de ces évolutions, il n’est pas dit que les deux phénomènes aient la mondialisation pour seule et unique cause. Certes, la mondialisation explique une partie du rattrapage Sud-Nord et peut expliquer aussi une partie de la hausse des inégalités nationales au Nord ou au Sud. Mais d’autres facteurs sont également présents dont certains ne sont qu’indirectement liés à la mondialisation et d’autres spécifiques à certains pays. "...

- Lire la suite sur le site :

http://www.asmp.fr/travaux/communications/2012_10_08_Bourguignon.htm






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