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A l’heure où le jour des morts, 2 novembre, revêt encore une signification (en témoigne la fréquentation des cimetières), serions-nous en train de vivre une révolution anthropologique qui passerait inaperçue, et qui serait amenée à progresser jusqu’à devenir un jour la nouvelle norme ? Le sort que l’on réserve à son cadavre n’est pas anodin : se faire inhumer ou recourir à la crémation, pratique naguère marginale, constitue un révélateur de première importance.
Philosophe, Damien Le Guay en a pris conscience au fil d’essais consacrés à notre rapport à la mort, ce tabou du monde postmoderne. Avec La Mort en cendres(Cerf), celui qui est également vice[résident du comité national d’éthique du funéraire, aborde de face tous les aspects auxquels chacun d’entre nous aura à réfléchir, en particulier s’il veut être fidèle à un « art de mourir ».
Damien Le Guay analyse les répercussions de la crémation sur le deuil, mot qui signifie à la fois « douleur » et « duel »*, ce dernier mot justifiant une explication particulière : il existe une belle manière de mourir, aristocratique, héroïque, fondée sur la lutte, même perdue d’avance. Damien Le Guay l’oppose à une forme de fuite et de renoncement : « nous désirons que la mort vienne nous voler notre mort », écrit-il. Le duel, c’est aussi la séparation qui doit absolument exister à ses yeux entre l’espace des vivants et celui des morts. La mise en bière puis en terre n’a donc pas la même portée que la réduction dans une urne, laquelle traduit une forme de « délocalisation de la mort », qui n’est pas sans(...)
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