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Lu pour vous... à la Documentation française : "L’Ecole en crise ?"

La chronique de Myriam Lemaire et le point de vue de Pierre LENA, de l’Académie des sciences
Alors qu’est annoncée par le Président de la République la « refondation de l’école », la Documentation française a publié deux ouvrages consacrés au système éducatif français. Le dossier des Cahiers français, intitulé « L’école en crise ? », tente de dresser un bilan et de répondre aux interrogations. Myriam Lemaire l’a lu pour vous et a recueilli le point de vue de Pierre Léna, de l’Académie des Sciences. A écouter ici.


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Émission proposée par : Myriam Lemaire
Référence : vue533
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/vue533.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida9718-Lu-pour-vous-a-la-Documentation-francaise-L-Ecole-en-crise.html
Date de mise en ligne : 21 octobre 2012

La question de l’avenir de l’école, dans ses différentes dimensions, s’impose depuis plusieurs mois dans le débat public français, comme un enjeu majeur. Au moment où une loi d’orientation et de programmation sur la « refondation de l’école », est annoncée pour décembre 2012, il semble utile de s’interroger sur le système éducatif français. L’école française est-elle en crise ? Quelles sont les raisons de cette crise ? Quels en sont les symptômes ? Quel bilan peut-on dresser des multiples réformes dont l’école a été l’objet depuis quelques années ? Que faire pour résoudre les difficultés qu’elle connaît ?

Les onze articles de ce numéro des Cahiers français, dont les auteurs sont des spécialistes de l’éducation, invitent à réfléchir aux réalités de l’enseignement, de l’école maternelle à l’université, à ses missions, à ses enjeux et à ses évolutions. Ils proposent aussi des solutions pour que l’école réponde mieux aux besoins de la société.

Une crise de confiance

Alors qu’elle a longtemps représenté un vecteur de transformation sociale, l’école française connaît aujourd’hui une crise de confiance. Elle serait inefficace, inégalitaire et victime de la permanence de « l’élitisme républicain », écrit le professeur Philippe Raynaud. Expression de cette désaffection, le sondage Ipsos, « la perception de l’école par les Français », réalisé en juillet 2011 : 64 % des personnes interrogées estiment que l’institution fonctionne plutôt mal, notamment pour assurer l’égalité des chances. Ce sondage traduit une évolution à la fois récente et brutale.
Pour comprendre le problème du rapport entre l’école et la société, l’auteur propose de revenir sur la naissance du système éducatif actuel – qui est, selon lui, très différent de « l’école républicaine » et de mieux comprendre les demandes que sa naissance a induites. Il retrace l’évolution de l’école depuis la IIIème République, période considérée par les Français comme « l’âge d’or de l’institution scolaire », soulignant que c’est plutôt après 1945 que s’est imposé le rôle de l’école comme un des moyens privilégiés de la transformation sociale. Les multiples réformes du système éducatif n’ont, estime-t-il, pas véritablement apporté de réponse au malaise de notre société face à son école et y ont peut-être contribué.

Cette crise de confiance est analysée aussi par Marie Duru-Bellat, professeur de sociologie à Sciences Po. Elle confirme que certaines évolutions de l’institution scolaire peuvent alimenter cette perte de confiance et constate que des politiques récentes, comme la suppression de la carte scolaire, encouragent les parents à un certain « consumérisme » scolaire.

Le système éducatif français dans l’OCDE

Professeur à l’université de Genève, Georges Felouzis analyse les résultats des enquêtes PISA, proposées par l’OCDE, depuis 2000 tous les trois ans.
Réalisées auprès d’un échantillon représentatif des élèves de 15 ans dans chaque pays, elles permettent de comparer les résultats des systèmes éducatifs dans le monde. Elles montrent qu’entre 2000 et 2009, le niveau des élèves français a baissé à la fois en français et en mathématiques et que les inégalités scolaires se sont accrues en France. Les écarts de compétences entre les bons et les mauvais élèves se sont creusés depuis dix ans. Seule la Nouvelle-Zélande serait plus inégalitaire que la France. L’influence de l’origine sociale sur les performances est en France parmi les plus élevées au sein de l’OCDE.

Un bilan peu flatteur, souligne l’auteur. « Il révèle une crise profonde qui donne à voir un déclin lent et régulier et un décalage grandissant entre d’une part les missions affichées d’égalité des chances et de promotion sociale, et d’autre part la réalité d’une école ségrégative et reproductive ».

Des inégalités dès la petite enfance

Pour Marie Duru-Bellat, ces inégalités scolaires se construisent dès l’école maternelle et sont établies dès le CE2. Et les écarts observés dès les premiers niveaux de l’école se creusent au collège. Ces inégalités résultent de l’environnement familial des élèves mais aussi de l’environnement scolaire - les maîtres et les écoles – au niveau du primaire.
Pour réduire les échecs précoces, cet auteur plaide pour une certaine mixité sociale à l’école et pour la réduction de la taille des classes. Elle préconise d’affecter les maîtres les plus expérimentés aux élèves les plus faibles et de revoir certaines pratiques pédagogiques, en s’inspirant d’expériences étrangères. Mais les politiques éducatives ne sont pas suffisantes, selon elle, pour réduire les inégalités scolaires. Il faut aussi lutter contre le risque d’exclusion par des politiques de l’emploi, du logement et de la formation des adultes.

Collège unique : un bilan critique

Issu de la loi Haby de 1975, le collège unique avait pour objectif de proposer le même enseignement à tous les élèves pour limiter les inégalités scolaires. Nathalie Bulle, directrice de recherche au CNRS, dresse un bilan. Observant la baisse des performances des collégiens français dans les enquêtes internationales, elle souligne l’échec de cette stratégie. Elle évoque la violence latente que le mythe du collège unique représente pour les élèves, en raison de son inadaptation à leurs besoins et aspirations.
Une alternative possible serait une plus grande flexibilité de l’offre éducative. Le regroupement des élèves par niveau et la différenciation des rythmes de progression en français et en mathématiques, ainsi que des approfondissements, enseignements complémentaires et optionnels, en s’inspirant de certaines expériences étrangères, permettraient, selon elle, de mieux répondre à la diversité des attentes des élèves.

Un encadré est consacré par la Rédaction aux principaux axes de la réforme du lycée mise en œuvre depuis 2010. Elle vise notamment à rééquilibrer les séries d’enseignement général et à faciliter les réorientations. Il est encore trop tôt pour dresser un bilan de cette réforme.

Quelle place pour l’enseignement technique et professionnel ?

Cette question est analysée par Vincent Troger, maître de conférence à Nantes. Il explique que « notre système éducatif est peut-être à la veille d’un renversement de son échelle de valeurs ». La réforme du baccalauréat professionnel et des baccalauréats technologiques ont revalorisé les enseignements techniques et professionnels et leurs débouchés, jusque-là peu considérés. Cependant, pour l’auteur, le caractère positif de cette évolution doit être nuancé. Il souligne que la question de la formation des enseignants et celle des débouchés de ces filières pour l’accès aux BTS, IUT et écoles d’ingénieurs sont toujours en suspens.

Nos universités sont-elles compétitives ?

Inspecteur général et professeur associé à l’EHESS Jean-Richard Cytermann rappelle les réformes du système universitaire qui se sont succédées depuis douze ans et dont l’objectif est de le rendre plus compétitif et plus attractif au plan international. En effet, aucune université française ne figure parmi les vingt premières mondiales, selon les classements internationaux, dont celui de Shanghai. Pour cet auteur, la loi LRU du 10 août 2007, les investissements d’avenir, la réforme du statut des enseignants-chercheurs, la restructuration de la carte universitaire ont initié un processus de renouvellement des universités françaises. Mais il est encore inachevé et ses effets se mesureront dans la longue durée.

Le chef d’établissement et l’enseignant : quelles évolutions ?

De nouveaux modes de gouvernance sont expérimentés par l’Education nationale. Bernard Toulemonde, Inspecteur général de l’Education nationale et recteur, en propose une analyse. Il explique que l’organisation des Académies, redéfinie en 2012, donne des pouvoirs élargis au recteur et à son équipe de pilotage. Mais ces derniers doivent composer avec la montée en puissance du Préfet de région et de l’administration régionale. Evoquant la nouvelle gouvernance des établissements scolaires, il s’interroge sur la culture de la performance qui s’installe peu à peu et constate que les chefs d’établissement sont devenus de véritables « managers », appelés à « diriger » les enseignants.

Pour les enseignants, la réforme du recrutement intervenue en 2011 marque une véritable rupture historique, estime Jean-Pierre Obin, Inspecteur général de l’Education nationale. Selon l’auteur, cette réforme implique à court terme une diminution du nombre des candidats au concours et accentue le caractère académique de leur formation. Il évoque aussi la dégradation de l’image du métier d’enseignant qui se poursuit depuis quelques années. Le bilan critique de cette réforme incite l’auteur à penser que de nouvelles modifications de la formation et du recrutement des enseignants sont nécessaires.

Le numérique à l’école : quel avenir ?

Pour Michel Pérez, Inspecteur général de l’Education nationale, la France accuse un retard certain quant à l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (Tice), malgré un effort massif pour faire bénéficier les élèves des outils numériques et des actions engagées récemment pour intégrer les usages du numérique à l’école. En l’absence d’une formation des enseignants adaptée à la pédagogie du numérique et aux dispositifs innovants qu’il permet, sa valeur ajoutée dans l’enseignement et son efficacité pour lutter contre l’échec scolaire restent décevantes.

Etat des lieux de l’orientation

En clôture de ce dossier, Francis Danvers, professeur en sciences de l’éducation à Lille 3, se livre à un examen de la situation de l’orientation en France, où elle a un peu plus d’un siècle d’existence. Rappelant les évolutions, il explique que l’école s’est emparée de ce domaine, la massification des effectifs scolaires rendant nécessaire l’adoption de nouvelles procédures de formation, d’orientation et d’affectation des élèves.
Il rappelle que les choix individuels des jeunes sont influencés par de multiples facteurs qui relèvent du milieu socio-familial, du contexte scolaire et de l’image des métiers. Des déterminants, comme le genre, interviennent aussi dans les orientations, notamment pour les vocations scientifiques, comme le souligne l’Académicien Pierre Léna (cf. « L’enseignement des sciences et la crise des vocations scientifiques »). Mais, constate l’auteur, « trop souvent l’orientation scolaire fonctionne comme une mécanique d’exclusion, notamment aux dépens des élèves souffrant de handicaps ».

Les transformations de notre économie et du marché du travail rendent désormais nécessaire une orientation tout au long de la vie. Pourtant, il n’existe pas en France, à l’heure actuelle, de service commun d’orientation et l’organisation est si complexe que certains, comme l’Académicien Jean-Robert Pitte, dans son rapport « Orientation pour tous », parlent d’un « labyrinthe de l’orientation ». « L’orientation à tout âge de la vie reste un chantier d’avenir », conclut le professeur.

A lire également dans ce numéro, des articles sur le retour du protectionnisme, la règle d’or des finances publiques, le bilan de la RGPP.



-  L’école en crise ?
Sous la direction de Céline Persini
Collection Cahiers français n° 368, La Documentation française
96 pages, 9,80 €.

- Derniers numéros parus :

- n° 367 - La France mondialisée 
- n° 369 – La santé, quel bilan
- n° 370 – Quelle Vème République demain ?

A paraître :
- n° 371 – Comment va la famille ?

Lu aussi pour vous… à la Documentation française : « Parlons école en 30 questions »
A quoi sert l’école ? Combien coûte un élève ? La démocratisation est-elle réussie ? Quelle réforme pour le lycée ? Quels rythmes scolaires pour apprendre mieux ? Telles sont quelques-unes des 30 questions auxquelles répond Georges Felouzis, professeur de sociologie à l’université de Genève, dans cet ouvrage de la collection Doc’ en poche – entrez dans l’actu, conçue pour le grand public, lancée en janvier 2012 par la Documentation française. Un panorama introductif, des doubles pages de questions-réponses et des réponses à des questions posées par les internautes permettent d’apporter des informations factuelles et chiffrées et d’aborder rapidement le sujet, afin de mieux comprendre cette école que l’on dit en crise.

« Parlons école en 30 questions »
Georges Felouzis
Doc’ en poche – entrez dans l’actu
96 pages, prix : 5,90 € pour la version papier et 4,99 € pour la version numérique.

Dans cette collection : - Le Président de la République en 30 questions (cf. chronique sur Canal Académie) - Parlons mondialisation en 30 questions (cf. chronique sur Canal Académie) - L’Assemblée Nationale en 30 questions - Parlons Europe en 30 questions

Pierre Léna à Canal Académie
Pierre Léna à Canal Académie
© Canal Académie

Le point de vue de l’Académicien Pierre Léna
Astrophysicien, membre de l’Académie des sciences, dont il fut longtemps Délégué à l’éducation et à la formation, professeur émérite à l’Université Paris Diderot, Pierre Léna est aussi cofondateur de La main à la pâte, un programme éducatif pour transformer l’enseignement scientifique en primaire et au collège. S’appuyant sur cette expérience réussie qu’il relate dans son livre Enseigner, c’est espérer, il donne ici son point de vue sur l’école. Pour ce « scientifique passionné par l’éducation », l’école française est en crise. Mais il a constaté que le modèle de l’école française est toujours dans le monde une certaine référence et que « le choc que ressent notre école est partagé par beaucoup de pays ». Cette crise tient principalement à la grande difficulté d’adaptation de l’école qui n’a pas changé depuis un demi-siècle, alors que la jeunesse a profondément changé.

L’ Académicien évoque plusieurs signes de cette crise qu’il juge profonde, notamment le « grand écart » entre les élèves les moins bons et les meilleurs, qui est en France le plus important des pays de l’OCDE, ainsi que la désaffection pour le métier de professeur. Préconisant quelques pistes de changement, il recommande de mettre en œuvre un processus d’expérimentation, comme celui de La main à la pâte. Il insiste sur la nécessité de modifier la vision traditionnelle du métier de professeur qu’il faut désormais préparer à un travail collectif. Selon, Pierre Léna, le rôle de l’école est désormais moins de transmettre des savoirs devenus plus disponibles que de « construire le cerveau de l’élève » en intégrant la révolution numérique.

Ecoutez les émissions de Pierre Léna sur Canal Académie :

- Pierre Léna : gardons l’espérance pour l’école !
- Pierre Léna , un moment essentiel de ma vie
- Les nouveaux défis de l’éducation, discours de Pierre Léna, de l’Académie des sciences
- Pierre Léna ou la Quête scientifique
- Plaidoyer pour une éducation scientifique en France
- On apprend mal le calcul à l’école primaire !

Et aussi :

- Orientation et formation pour tous à tout âge... Le rapport de Jean-Robert Pitte avec l’académicien Jean-Robert Pitte
- « A quoi sert le baccalauréat ? » avec le sénateur Jacques Legendre
- La scolarisation précoce : l’accueil des jeunes enfants doit-il être un nouveau service public ? avec la sénatrice Monique Papon

Consultez les autres chroniques de Myriam Lemaire et les émissions de Canal Académie, en partenariat avec la Documentation française.

En savoir plus :


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