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Jacqueline de Romilly : "Se détourner des textes grecs, c’est déjà se couper des origines de notre civilisation"

Le "Ce que je crois" de l’académicienne, lu et présenté par Jean Roulet
Second volet de l’émission consascrée à l’ouvrage de Jacqueline de Romilly, intitulé Ce que je crois, écrit au lendemain des événements de mai 68. Texte resté trente ans non publié avant de paraître aux éditions de Fallois en 2012, soit deux ans après que son auteur nous ait quittés. Notre collaborateur Jean Roulet l’a tellement apprécié qu’il fait partager sa lecture !


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Émission proposée par : Jean ROULET
Référence : PAG1108
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag1108.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 25 novembre 2012

« Qu’aurait dit Démosthène ? »

Faisant l’éloge du monde grec, Jacqueline de Romilly nous nous rappelle que son credo prend source dans la lumière de la Grèce antique. « Voir la lumière, ainsi les Grecs définissaient-il le fait de vivre. Et les mots contiennent déjà, c’est le cas de le dire, comme une illumination. » Elle nous dit, aussi, combien la lumière est un don fragile : que s’installe la violence et le monde s’obscurcit. Évoquant le spectacle ordinaire de l’insécurité dans nos grandes villes, Jacqueline de Romilly demande ce qu’en eût dit Démosthène : nul doute eût-il parlé de la barbarie qui est l’en-creux de la civilisation. Or, -elle s’applique à le montrer-, se détourner des textes grecs c’est déjà se couper des origines de notre civilisation.

Eloge de la littérature

Les textes grecs ne sont pas la seule voie qui conduise au respect du civisme et à l’amour de la vie. Mais ils ont le mérite d’exister, d’être partout présents dans les bases de notre culture, et les valeurs qu’ils portent pour fonder un humanisme sont exprimées de façon simple et forte.

A partir de quoi, Jacqueline de Romilly élargit son éloge des textes grecs à celui de la littérature. Elle définit et illustre ce qu’elle nomme la transparence dont elle fait la qualité ultime dans tous les domaines de l’expression écrite. Cette transparence ne saurait se confondre avec la clarté du contenu mais plutôt avec sa force d’évocation, sa capacité à rendre présent le plus insaisissable et le plus précieux d’une réalité ou d’un sentiment.

L’enseignement des lettres en danger

Constat douloureux pour Jacqueline de Romilly, l’enseignement des lettres se laisse aujourd’hui impressionner par celui de la rigueur scientifique. Il en subit l’ascendant, se croit obligé d’en emprunter les méthodes si bien qu’à douter ainsi de lui-même il finit par y perdre son âme et en oublier sa mission.
Le succès grandissant des sciences humaines s’impose chaque jour au détriment de la spécificité littéraire que Jacqueline de Romilly trouve plus volontiers dans les romans que dans les récits ou autres témoignages souvent confiés à des équipes.
A cette mauvaise presse de la littérature s’ajoute la concurrence des nouveaux médias tels que le cinéma ou la télévision. Même si le cinéma apparaît aujourd’hui comme un moyen d’expression subtil, capable de jouer du symbole et de la nuance, le risque demeure que son impérialisme s’impose au détriment de l’écriture elle-même livrée à l’information documentaire.

Jacqueline Worms de Romilly, helléniste, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie française
Jacqueline Worms de Romilly, helléniste, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie française
© Louis Monier

La politisation de nos universités

Que devient dans tout cela l’excellence du langage écrit, la magie dont il était porteur ? « Le refus actuel de jouer des richesses du langage me semble un échec pitoyable » déclare Jacqueline de Romilly. C’est encore à ses yeux une forme de barbarie, un renoncement à la culture dont la littérature est le trésor. On ne peut plaider pour l’une sans plaider pour l’autre. Jacqueline de Romilly reconnaît le caractère élitiste de la culture. Pour autant, elle refuse de la renier au prétexte qu’elle a longtemps été un apanage de classe. Cet argument est pour elle d’une générosité trompeuse et elle déplore de l’avoir vu s’épanouir après 68 au sein de nos universités dont elle dénonce la politisation de façon virulente. « Peut-être croira-t-on que je suis un peu folle. » Jacqueline de Romilly nous l’avoue : elle connaît moins ses proches qu’elle ne connaît beaucoup de héros des romans qu’elle a lus. De même parle-t-elle de ses amis écrivains : « Lorsque je lis leurs œuvres, chaque mot me va au cœur, comble mon attente et la surprend. » De les avoir lus, elle les connaît au plus intime d’eux-mêmes. Mais lorsqu’elle les retrouve dans la vie, elle ne leur est plus si proche. « La vie réelle cherche toujours à me les reprendre, et me les reprendrait sans doute si j’oubliais leurs écrits. » Car la vie réelle, hors la littérature, est toujours pour elle un lieu d’incommunicabilité. C’est donc la lecture, bien plus que l’amitié, qui fait sa proximité avec les écrivains : « Peut-être me croira-t-on un peu folle si je dis combien m’ont été proches, jusque dans la peur et ses mythes, jusque dans la joie de certaines solitudes, des écrivains dont je ne savais rien. »

Ce que nous dit son Ce que je crois

Lorsque Jacqueline de Romilly dit Ce que je crois, peut-être attendons-nous un contenu dogmatique, alors qu’elle exprime d’abord l’intime conviction qu’elle retire d’un vécu. C’est on ne peut plus clair dans cette formule de la page 114 : « voilà ce que je crois quand je vais au concert. » L’émotion lui devient révélation, support d’évidence. Sans autre forme de preuve il lui apparaît en cet instant « que les hommes sont bons, nobles, tendres, et que tout le reste est malentendu aisé à dissiper, que tout le reste est véniel. »

Une contre-révolte

Jacqueline de Romilly a parfaitement conscience d’être en opposition avec que propose l’air du temps, du moins celui qu’elle respire dans l’université de l’après 68. Et, loin d’en suivre les modes, elle en fait le procès avec cette lucidité héritée des auteurs anciens. Elle la met au service, non sans une certaine verve, de ce que doit être pour elle un humanisme moderne.

Les textes de Jacqueline de Romilly et le poème de Max Jacob sont lus par Virginia Crespeau.

- Ecoutez le premir volet La foi en l’Homme : tel est le "Ce que je crois" de Jacqueline de Romilly (1/2)

En savoir plus :

- Jacqueline de Romilly de l’Académie française
- Jacqueline de Romilly de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

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