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La foi en l’Homme : tel est le "Ce que je crois" de Jacqueline de Romilly (1/2)

L’homme conservera-t-il la liberté qui conditionne l’humanisme moderne ? Lecture commentée proposée par Jean Roulet
"Ce que je crois" est un livre écrit par Jacqueline de Romilly dans les années qui suivirent les événements de mai 1968 (publié par les éditions de Fallois en 2012). Au malaise qui envahit alors notre société, cette grande dame de l’Académie Française oppose le remède d’une vie consacré aux textes de la Grèce ancienne et à leur enseignement. Elle y puise encore ses raisons d’aimer la vie. Jean Roulet a lu cet essai qu’il a trouvé si riche qu’il en propose l’étude en deux émissions, dont voici la première.


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Émission proposée par : Jean ROULET
Référence : PAG1106
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/pag1106.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 18 novembre 2012

Nous sommes dans les années soixante-dix, au lendemain des événements de mai 68. Jacqueline de Romilly, est alors professeur à la Sorbonne (elle entrera à l’Académie Française en 1989). Portant son regard sur une société en crise elle écrit « Ce que je crois ». Son livre ne sera publié qu’en 2012 après qu’elle se soit éteinte en 2010. Il s’agit donc d’une édition posthume. Son témoignage sur l’après 68 apporte le recul d’une vie consacrée à la civilisation de la Grèce antique et à sa littérature.

Il faut sauver le soldat Thucydide.

Jacqueline de Romilly avait fait sa thèse de doctorat sur Thucydide, le grand historien grec ayant vécu et relaté la guerre du Péloponnèse. Il occupe à ses yeux une place privilégiée et compte parmi les écrivains qui lui ont conservé une assise morale dans les périodes difficiles qu’elle a traversées. Il fut, à ses yeux, le premier à s’efforcer de comprendre : « Si chacun dans son métier, dans son domaine, s’efforçait de comprendre, de voir ce qui va mal, de trouver mieux, peut-être le monde craquerait-il moins » écrit-elle. Voilà bien l’idéal à sauver, cet effort loyal et obstiné pour comprendre. Il engage notre liberté plus encore que l’opposition entre le bien et le mal car il confronte chaque instant de l’esprit à une lutte entre lucidité et passivité.


Jacqueline Worms de Romilly, helléniste, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie française
Jacqueline Worms de Romilly, helléniste, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie française
© Louis Monier

Un humanisme moderne

Les connaissances évoluent, en champ de vision, et en profondeur, en complexité. Le temps n’est plus où, dans l’indivis du savoir, les sciences encore jeunes pouvaient s’unir et se combiner. Or « Vouloir comprendre exige que tout se tienne, comme dans la pensée platonicienne, et que la science n’aille pas sans une morale, une esthétique, une métaphysique. »
L’important est d’en conserver l’idéal, ne serait-ce que pour tendre vers cette unité perdue. Plus encore que la lutte entre le bien et le mal, l’obstination à comprendre requiert à chaque instant un engagement de notre liberté, car à chaque instant, elle nous place devant le choix d’abandonner ou de poursuivre l’effort. Pour Jacqueline de Romilly, elle se confond avec « l’humanisme moderne qui est, en définitive, une morale de la liberté. »

Les nouveaux dangers

Les découvertes sur l’inconscient ont montré les limites de la lucidité. De son côté la nouvelle donne du matérialisme historique jette une ombre sur la capacité de jugement. Cela se passe à un moment où l’individu est de plus en plus soumis à la pression des groupes.
Face à de tels risques, Jacqueline de Romilly s’interroge : l’homme va-t-il pouvoir tenir bon, sauvegarder son autonomie, l’exercice de la liberté, tout ce qui, selon elle, conditionne un humanisme moderne ?

Au-delà du savoir : la lumière.

Nous sommes en deuil de la belle unité que proposait le savoir grec. Au moins devons-nous le garder comme modèle. Notre science est chaque jour contrainte de se remettre en question. Elle court après une grande unification qu’elle n’atteindra sans doute jamais. C’est pourtant ce qui la fait avancer : en avoir sauvegardé l’ambition. Voilà déjà ce que nous retenons de ce crédo. Non pas l’adhésion à un savoir ancien, aujourd’hui balayé par notre savoir moderne, mais une foi en l’homme, en sa vocation de comprendre ; même si cette démarche voit indéfiniment son horizon se dérober ; même si, indéfiniment, de nouvelles incohérences imposent de nouvelles révisions ou font surgir de nouvelles disciplines.
Telle que nous l’avons héritée du monde grec, nous devons conserver cette foi en l’homme. Elle n’est pas de l’ordre du savoir, elle le précède. Pas plus que les conquêtes du savoir ne doivent nous griser – comme au temps du rationalisme triomphant –, ses tâtonnements et ses échecs ne doivent nous faire douter. Le savoir est moins important que cette marche vers le savoir et l’aspiration dont elle est porteuse. Jacqueline de Romilly rapproche Platon rêvant « la vie de l’âme séparée du corps et admise à la contemplation des mystères divins » et la foi de François Mauriac lorsqu’il écrit « Moi aussi je crois à la lumière ». Et de conclure : « Je sais – je sais même très bien ! – que les hommes sont loin d’être admirables. Je sais aussi – et d’expérience – que la vie n’a en général rien de resplendissant. Mais si cette lumière existe, sous une forme ou sous une autre, dans une vie ou bien une autre, je crois, très fermement, que cela rachète bien des choses. » (p. 39)


Les textes de Jacqueline de Romilly, sont lus par Virginia Crespeau



En savoir plus :

- Jacqueline de Romilly de l’Académie française
- Jacqueline de Romilly de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

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