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La foi en l’Homme : tel est le "Ce que je crois" de Jacqueline de Romilly (1/2)

L’homme conservera-t-il la liberté qui conditionne l’humanisme moderne ? Lecture commentée proposée par Jean Roulet

"Ce que je crois" est un livre écrit par Jacqueline de Romilly dans les années qui suivirent les événements de mai 1968 (publié par les éditions de Fallois en 2012). Au malaise qui envahit alors notre société, cette grande dame de l’Académie Française oppose le remède d’une vie consacré aux textes de la Grèce ancienne et à leur enseignement. Elle y puise encore ses raisons d’aimer la vie. Jean Roulet a lu cet essai qu’il a trouvé si riche qu’il en propose l’étude en deux émissions, dont voici la première.


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Nous sommes dans les années soixante-dix, au lendemain des événements de mai 68. Jacqueline de Romilly, est alors professeur à la Sorbonne (elle entrera à l’Académie Française en 1989). Portant son regard sur une société en crise elle écrit « Ce que je crois ». Son livre ne sera publié qu’en 2012 après qu’elle se soit éteinte en 2010. Il s’agit donc d’une édition posthume. Son témoignage sur l’après 68 apporte le recul d’une vie consacrée à la civilisation de la Grèce antique et à sa littérature.


Il faut sauver le soldat Thucydide.


Jacqueline de Romilly avait fait sa thèse de doctorat sur Thucydide, le grand historien grec ayant vécu et relaté la guerre du Péloponnèse.
Il occupe à ses yeux une place privilégiée et compte parmi les écrivains qui lui ont conservé une assise morale dans les périodes difficiles qu’elle a traversées. Il fut, à ses yeux, le premier à s’efforcer de comprendre : « Si chacun dans son métier, dans son domaine, s’efforçait de comprendre, de voir ce qui va mal, de trouver mieux, peut-être le monde craquerait-il moins » écrit-elle.
Voilà bien l’idéal à sauver, cet effort loyal et obstiné pour comprendre. Il engage notre liberté plus encore que l’opposition entre le bien et le mal car il confronte chaque instant de l’esprit à une lutte entre lucidité et passivité.





Un humanisme moderne


Les connaissances évoluent, en champ de vision, et en profondeur, en complexité. Le temps n’est plus où, dans l’indivis du savoir, les sciences encore jeunes pouvaient s’unir et se combiner. Or « Vouloir comprendre exige que tout se tienne, comme dans la pensée platonicienne, et que la science n’aille pas sans une morale, une esthétique, une métaphysique.»

L’important est d’en conserver l’idéal, ne serait-ce que pour tendre vers cette unité perdue.
Plus encore que la lutte entre le bien et le mal, l’obstination à comprendre requiert à chaque instant un engagement de notre liberté, car à chaque instant, elle nous place devant le choix d’abandonner ou(...)


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