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Les Académiciens racontent l’histoire : sur la butte de Valmy, Dumouriez et Kellermann... (2/2)

Avec des textes d’Arthur Chuquet et de Victor Duruy
Voici notre seconde émission « Les Académiciens racontent l’Histoire » sur la Bataille de Valmy qui sauva, le 20 septembre 1792, la France de l’invasion étrangère et la République. Arthur Chuquet était membre de l’Académie des sciences morales et politiques ; quant à Victor Duruy, il siégea dans deux académies, celle des sciences morales et politiques et à l’Académie française et était membre libre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.


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Références émission afficher
Émission proposée par : Anne Jouffroy , Virginia Crespeau
Référence : VOI619
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/voi619.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 23 septembre 2012

Valmy, la première victoire des armées françaises depuis la déclaration de guerre du 20 avril 1792 à l’Autriche et la Prusse. C’est sous la plume de l’Académicien des sciences morales et politiques, Arthur Chuquet, que le récit de cette bataille va se poursuivre, il s’achèvera en seconde partie d’émission sous celle de Victor Duruy, membre libre de l’Académie des inscriptions et belles lettres en 1873, élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1879 et à l’Académie française en 1884.

Le contexte de la victoire de Valmy

La butte de Valmy est située sur le flanc ouest du massif de l’Argonne à mi-chemin entre Verdun et Paris. Au début septembre les troupes prussiennes du duc de Brunswick ont pris Verdun et se dirigent vers Paris, franchissant l’Argonne. Dumouriez a reçu l’ordre du ministère de la Guerre d’arrêter cette progression. Il fait placer Kellermann à deux lieux de Sainte-Menehould, dans une zone en creux dominée par la butte de Valmy. Le matin du 20 septembre, l’avant-garde prussienne débouche devant cette butte, que Kellermann décide d’occuper. En arrière, s’installe Dumouriez…

La biographie de Chuquet :

Arthur Chuquet né en 1853, mort en 1925 est critique et historien. La littérature germanique est sa formation initiale : il publie des éditions d’auteurs allemands ; puis il se fait connaître par de nombreuses publications sur l’histoire militaire de la Révolution française et de l’Empire.

Arthur Chuquet de l'Académie Française
Arthur Chuquet de l’Académie Française

Il fait partie des pionniers des études révolutionnaires et connaît une grande carrière d’universitaire sous la Troisième République. Comme les dix autres volumes de ses Guerres de la Révolution, le tome II intitulé Valmyest un ouvrage classique et important de l’historiographie militaire de la Révolution française. Écoutons et découvrons de nouveau la plume taillée avec précision d’Arthur Chuquet, grand admirateur de Dumouriez…

"Tout changeait dans la matinée du 20 septembre ; l’armée française était attaquée sur son front ; et Kellermann, désormais en première ligne, allait recevoir le choc des assaillants. Dumouriez aida généreusement son collègue. Il commanda à Stengel de se porter à l’extrémité de l’Yvron pour mieux couvrir la droite de Kellermann. Il plaça derrière Stengel seize bataillons formés en colonne, sous le commandement de Beurnonville qui devait se développer sur l’Yvron, si les ennemis tentaient d’attaquer Stengel ou de le tourner. Il envoya quelques escadrons de l’avant-garde de Dillon, sous la conduite de Frégeville, se joindre à la gauche de l’armée de Kellermann. Lorsqu’il apprit que Valence avait abandonné la hauteur de la Lune qui demeurait inoccupée, il donna l’ordre à Chazot de se porter avec neuf bataillons et huit escadrons, sur la grande route, de prendre possession du point le plus élevé de la montagne et d’arrêter prés de la maison de la Lune l’effort des assaillants. Grâce à ces dispositions, le plateau de Valmy était flanqué de toutes parts, et Kellermann, protégé sur ses deux ailes par les lieutenants de Dumouriez, ne pouvait être débordé.

Le moulin de Valmy
Le moulin de Valmy

Dumouriez conçut en outre une manœuvre audacieuse qui fait grand honneur à son génie militaire, mais que lui seul ou Stengel pouvait exécuter. Il s’agissait de tourner la gauche des prussiens ; douze bataillons et huit escadrons, commandés par le lieutenant-général Le Veneur, devaient franchir l’Aisne, au-dessus de la Neuville-au-Pont, et tout en appuyant la droite de Beurnonville, se porter par Berzieux et Virginy sur les derrières des alliés. En même temps, il ordonnait à Duval de rassembler ses troupes à Vienne-le-Château et de traverser l’Aisne, ainsi que Le Veneur, pour tomber sur les bagages des Prussiens, et il formait en colonnes, à l’extrémité de sa gauche, une réserve de douze bataillons et de six escadrons, prêts à déboucher sur le grand chemin pour soutenir Kellermann. C’est ainsi que Dumouriez passa la journée du 20 Septembre à son quartier général, envoyant de tous cotés des ordonnances et imprimant aux divers corps de son armée leur direction. Les habitants de Sainte-Menehould, entendant le canon gronder depuis ce matin, s’étonnaient que le général en chef ne se rendît pas de sa personne sur le champ de bataille et Dumouriez ne sortit de la ville qu’à dix heures. Mais les dispositions qu’il avait prises étaient sagement conçues et sauvèrent Kellermann.

Cependant, l’avant-garde prussienne restait immobile prés de la ferme de Maigneux. Le major Massenbach, suivi d’un officier russe, le compte de Forstenbourg, se dirige vers la Lune. Forstenbourg, aimable compagnon, chevaleresque, toujours le premier au feu, était fils naturel de Brunswick, et, comme disait Massenbach, le Vendôme de cet Henri IV. Les deux officiers arrivent à la grande route, devant l’auberge. « Que de chemin nous avons fait, s’écrit Forstenbourg en riant, nous voici dans la Lune ! » La maison offrait l’aspect le plus affreux. Le toit était criblé de boulets, et les tuiles brisées jonchaient le sol. Des blessés français gisaient sur la route et dans les fossés. Un d’eux attira l’attention de Massenbach ; c’était un jeune officier d’artillerie, au regard intelligent et fier ; il avait ses deux jambes fracassées. Le major, ému de pitié, le fit transporter dans l’auberge."

Découvrez la suite du déroulement de cette importante bataille dans l’Histoire de France, Valmy, en bas de page en cliquant sur « Document joint-Chuquet »

Le dénouement de cette bataille vous est exposé à présent grâce à un texte de l’Académicien Victor Duruy, historien et ministre à l’esprit libéral et positiviste.

Né en 1811 dans une famille d’artisans employés aux Gobelins et mort, à Paris, en 1894, Duruy est, entre François Guizot et Jules Ferry, un des grands organisateurs de l’instruction publique en France. Il est successivement professeur d’histoire, inspecteur de l’Académie de Paris, maître de conférences à l’École normale, inspecteur général et professeur à l’École polytechnique. Distingué par Napoléon III, qu’il a aidé dans ses recherches pour la Vie de César, il est de 1863 à 1869, ministre de l’instruction publique. Il accomplit des réformes importantes : rétablissement de l’agrégation de philosophie, suppression de la bifurcation (spécialisation des élèves jusqu’alors prématurée dès la quatrième, soit dans une section des Lettres, soit dans une section des Sciences), introduction de l’histoire contemporaine dans l’enseignement, création de l’enseignement secondaire spécial, ouverture de nombreuses écoles primaires. Pour enlever à l’Eglise le monopole de l’enseignement secondaire des jeunes filles de la bourgeoisie, Duruy organise pour elles un enseignement secondaire d’Etat. Dans l’enseignement supérieur, il fonde des laboratoires et crée à Paris l’Ecole des Hautes Etudes.

Enfin, il inaugure l’enseignement destiné au public, sous forme de cours pour adultes et de conférences dans les facultés. Après sa retraite il se consacre à ses études historiques. On lui doit un grand nombre d’ouvrages dont le plus important est sa grande Histoire des Romains.

Voici des extraits de son Histoire de France de 1789 à 1795, il s’agit du livre II : l’Assemblée législative ; chapitre VIII : Victoire de Valmy (20 septembre 1792)

"L’effort principal porta sur la butte de Valmy, où Kellermann avait pris position avec ses conscrits, que les émigrés appelaient des tailleurs et des cordonniers mais il se trouva que ces courtauds de boutique respiraient, comme de vieux soldats, l’odeur de la poudre. Ces conscrits supportèrent le feu avec un sang-froid sur lequel l’ennemi ne comptait pas. L’action ne fut guère qu’une canonnade de plusieurs heures. Les obus ayant mis le feu à quelques caissons des batteries françaises, l’explosion blessa ou tua beaucoup de monde, et il y eut un moment de désordre. Brunswick en profita pour lancer son infanterie en colonnes d’attaque. Kellermann les laisse avancer sans tirer un coup de feu, puis se met au u premier rang, et, au cri de Vive la nation ! Que toute la ligne répète, s’apprête à charger l’ennemi à la baïonnette. Ce cri immense qui se prolonge pendant plusieurs minutes, cette fière attitude, arrêtent les Prussiens ; le canon de Dumouriez laboure le flanc de leur colonne ; ils redescendent à la hâte et Brunswick fait cesser l’action (20 septembre). Le lendemain de Valmy, la Convention se réunissait et proclamait république. Sa première réponse aux négociations proposées par Brunswick fut digne du vieux sénat de Rome : »La république française ne peut entendre aucune proposition avant que les troupes prussiennes aient entièrement évacué le territoire français. « Les Prussiens, cruellement décimés par la disette et les maladies, commencèrent le 1er octobre leur mouvement pour sortir de France.

IX. DEFENSE DE LILLE, VICTOIRE DE JEMMAPES Pendant que Dumouriez arrêtait à Valmy l’armée d’invasion, mais la poussait mollement dans sa retraite, Custine, le long du Rhin, avait pris l’offensive, enlevé Spire, Worms, même la grande ville de Mayence. Sur les Alpes, Montesquiou conquit la Savoie, et Anselme le comté de Nice. Aux Pays-Bas, les Autrichiens avaient attaqué Lille avec une barbarie sauvage ; ils y avaient lancé six jours durant des bombes et des boulets rouges, qui y brûlèrent quatre cent cinquante maisons, en endommagèrent sept à huit cents, mais ne purent vaincre la constance de cette patriotique cité (29 sept.-7 oct.). On vint dire sur le rempart à un canonnier que sa maison brûlait : »Mon poste est ici, dit-il, feu pour feu ;c et il continua de servir sa pièce. Dumouriez arrivait avec l’armée de Valmy pour venger cette cruauté inutile. Il gagna la bataille de Jemmapes (6 novembre), qui nous donna les Pays-Bas. Le 13 novembre il entrait à Bruxelles. Un de ses lieutenants à Valmy et à Jemmapes avait été le fils du duc d’Orléans, plus tard le roi Louis-Philippe. Ainsi, dès la première campagne, la France nouvelle, formant sous le feu ses jeunes soldats, repoussait l’attaque des rois et mettait la main sur des terres à demi françaises que Louis XIV lui-même n’avait pu saisir.

A Valmy, le grand poète de l’Allemagne, Goethe, se trouvait

Goethe
Goethe

dans l’armée prussienne, non comme soldat, mais en curieux, car c’était moins une guerre que les coalisés croyaient faire qu’un voyage à Paris, une course rapide et au bout une entrée triomphale. Il partageait leur confiance présomptueuse ; le canon de Valmy dissipa cette fumée. Le soir, au bivouac, on demandait au poète de chasser avec sa verve ordinaire les sinistres pressentiments qui déjà s’éveillaient. Mais ils l’avaient saisi lui-même ; il resta longtemps silencieux. Lorsqu’il parla enfin, sa voix était grave, ô solennelle, et il ne dit que ces mots : "En ce lieu et dans ce jour, commence une nouvelle époque pour l’histoire du monde."

Nous retournons dans le texte de Duruy pour écouter ces 2 phrases finales qui clôturent nos 2 émissions de la série « Les Académiciens racontent l’Histoire » consacrées à la bataille de Valmy qui fut le signe que le phénomène révolutionnaire était irréversible.

A Paris, le même jour, le 20 septembre 1792, la Convention se réunit pour la première fois.

Le 21 septembre 1792 tous les députés de la Convention votent l’abolition de la royauté et, dès le lendemain, décident de dater les actes officiels de «  l’an I de la République ».

"La royauté avait succombé le 10 août. La Convention n’avait plus qu’à écrire dans la loi ce qui existait déjà dans les faits : son premier acte fut de proclamer la république."

Vous pouvez télécharger les 2 émissions décrivant la bataille de Valmy. La 1ère de ces 2 émissions propose des lectures des textes des Académiciens Historiens : Jules Michelet de l’Académie des sciences morales et politiques, Arthus Chuquet de l’Académie des sciences morales et politiques et Victor Duruy, membre de l’Académie des Inscriptions et belles lettres, de l’Académie des sciences morales et politiques et de l’Académie française.

Site et Moulin de Valmy monument historique à 51800 - VALMY Tel. : +33 (0)3 26 60 85 83 tourisme@argonne.fr Voir le site web Dates d’ouverture :Du 01/01/2012 au 31/12/2012

- Écoutez la première partie de cette émission : Les Académiciens racontent l’histoire : La victoire de Valmy, heure de gloire de la Révolution (1/2)



Arthur Chuquet, fin du récit de la bataille de Valmy




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