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Roland Recht : Nicolas de Leyde, le sculpteur du XVe siècle au regard moderne

L’extraordinaire personnalité de cet artiste européen, évoquée par l’académicien des inscriptions et belles-lettres
Nicolas de Leyde (vers 1430-1473) considéré, avec Claus Sluter, comme le plus grand sculpteur de la fin du Moyen Âge au nord des Alpes, porte sur le monde un « regard moderne », affranchi des conventions que la commande religieuse imposait depuis des siècles à la représentation du visage et aux mouvements du corps. Roland Recht, de l’Académie des inscriptions et belles lettres, évoque l’extraordinaire personnalité de cet artiste européen – presque oublié- et le formidable retentissement de son art.


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : carr855
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/carr855.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 10 avril 2012

Le Musée de l’œuvre Notre-Dame de Strasbourg expose jusqu’au 8 juillet, conjointement avec le musée du Liebieghaus Skulpturensammlung de Francfort : Nicolas de Leyde, sculpteur du XVesiècle, un regard moderne

Strasbourg, une métropole artistique au XVesiècle

Pour un artiste du nord de l’Europe, le bassin du Rhin supérieur et plus particulièrement Strasbourg forme un lieu de concentration exemplaire où la prospérité du commerce et le flux des échanges favorisent tout naturellement l’activité artisanale et artistique –en lien, en particulier, avec le chantier de la cathédrale Notre-Dame, achevée dans son ensemble en 1439.


Roland Recht lors de la Cérémonie des docteurs de l'Université de Strasbourg
Roland Recht lors de la Cérémonie des docteurs de l’Université de Strasbourg
©2011 Roland Recht Collège de France Tous droits réservés

Le « Gothique tardif » sur le Rhin supérieur

Roland Recht précise : «  Le rythme de la progression de l’architecture, de la sculpture et de la peinture gothiques n’est pas le même en Allemagne que dans les autres pays européens. La France et l’Angleterre évoluent d’une manière beaucoup plus rapide. On peut dire que la phase finale du gothique commence en France au cours du XIVesiècle. Le « Gothique tardif » est une notion un peu générale qui englobe une période durant laquelle on entre dans un monde de formes, picturales et architecturales, particulières dans les pays germaniques au mitan du XVesiècle.

Deux tendances esthétiques, associées, le caractérisent : un retour sur des courants artistiques du XIIIesiècle et un nouveau langage formel, aride, puissant, lié à une forme de sauvagerie ; quelque chose qui se rapprocherait –et pourquoi pas ?- du cubisme analytique.

Esquissé dès avant la moitié du XVesiècle, le renouvellement du style s’accomplit essentiellement dans l’oeuvre de Nicolas de Leyde qui est à la source même de la sculpture gothique tardive de la partie sud de l’Empire. »

Nicolas de Leyde, Épitaphe du chanoine Conrad de Bussnang, Strasbourg, 1464. Grès.
Nicolas de Leyde, Épitaphe du chanoine Conrad de Bussnang, Strasbourg, 1464. Grès.
Strasbourg, Cathédrale ( chapelle Saint Jean-Baptiste). Photo : M. Bertola

Esquisse d’une biographie

On sait peu de chose de Nicolas de Leyde, dont seules 11 années sont documentées. On suppose qu’il est né vers 1430 à Leyde en Flandres comme son nom l’indique, mais il est également appelé parfois Nicolas Gerhaert, du nom de son père. Il est signalé pour la première fois en 1462 où il signe un monument à Trêves, s’installe pour quelques années à Strasbourg et meurt à Vienne en 1473 où il avait été appelé au service de l’Empereur Fréderic III.

Aucune donnée n’est connue sur sa formation et sur ses voyages d’apprentissage mais certaines de ses œuvres laissent supposer qu’il a pu voyager en Bourgogne ou dans le nord de la France. La filiation artistique entre le sculpteur Claus Sluter (né à Harlem à une date imprécise- arrivé à Dijon en 1385 où il est mort en 1406) et Nicolas de Leyde est évidente.

Les peintures des Primitifs flamands, Van Eyck, le Maître de Flemalle, Rogier Van der Weyden, ont visiblement inspiré les œuvres en trois dimensions de Nicolas de Leyde.

Nicolas de Leyde, Tête d’une sibylle (fragment du buste de la Chancellerie de Strasbourg). Strasbourg, 1463. Grès rose
Nicolas de Leyde, Tête d’une sibylle (fragment du buste de la Chancellerie de Strasbourg). Strasbourg, 1463. Grès rose
© Francfort, Liebieghaus Skulpturensammlung. Photo : Rühl & Bormann

Chefs-d’œuvre qui jalonnent son parcours

S’il a sculpté le bois comme la pierre, ce sont essentiellement les œuvres en pierre qui sont parvenues jusqu’à nous. Daté de 1462, le tombeau de l’archevêque Jacob von Sierck de Trêves est le premier à fournir une date et une signature « nicolas(us).gerardi.de.leyd(en) ».

Nicolas rejoint ensuite Strasbourg où il acquiert le droit de bourgeoisie en 1464 et produit successivement le portail de la Chancellerie (1463) et l’épitaphe du chanoine de Bussnang dans la cathédrale (signé et daté 1464), puis vraisemblablement le crucifix monumental pour le cimetière de Baden-baden (signé et daté 1467).

Nicolas de Leyde, Épitaphe du chanoine Conrad de Bussnang (détail), Strasbourg, 1464. Grès.
Nicolas de Leyde, Épitaphe du chanoine Conrad de Bussnang (détail), Strasbourg, 1464. Grès.
Strasbourg, Cathédrale ( chapelle Saint Jean-Baptiste). Photo : M. Bertola

En 1466, il achève le retable du maître-autel de la cathédrale de Constance (disparu lors de l’iconoclasme de la Réforme). A Vienne il réalise le tombeau de l’Empereur dans la cathédrale, ainsi que celui de l’impératrice à Wiener-Neustadt, qui semble être un travail d’atelier.

Bustes appuyés sur le rebord d’une baie : une innovation remarquable

Nicolas n’invente pas le thème lui-même mais il est le premier à le conjuguer avec un sens de l’observation physionomique introduit par les peintres des Pays-Bas méridionaux. En inscrivant ses bustes non pas dans l’espace fictif d’un tableau mais dans l’espace réel d’une façade ou d’une chapelle, il leur confère une présence et leur communique une vie propre. La sculpture entre en dialogue avec nous.

Nicolas de Leyde, Buste d’homme accoudé, Strasbourg, 1463 ( ?). Grès rose.
Nicolas de Leyde, Buste d’homme accoudé, Strasbourg, 1463 ( ?). Grès rose.
Strasbourg, Musée de l’Œuvre Notre Dame. Photo : M. Bertola

Un « regard moderne »

Pour Roland Recht, le « regard moderne » de Nicolas a une double signification : c’est le regard de ces bustes, présents au monde, et c’est le regard d’un artiste génial non plus sur les figures de monde chrétien seulement, mais sur l’homme, sur sa dimension psychologique dont ses outils de sculpteur virtuose analysent chaque trait.

Tout ceci fait que Nicolas de Leyde, d’une certaine façon, n’appartient plus au Moyen Age –il est déjà un artiste moderne.

Nicolas de Leyde, Épitaphe du chanoine Conrad de Bussnang (détail), Strasbourg, 1464. Grès.
Nicolas de Leyde, Épitaphe du chanoine Conrad de Bussnang (détail), Strasbourg, 1464. Grès.
Strasbourg, Cathédrale ( chapelle Saint Jean-Baptiste). Photo : M. Bertola

Une influence décisive sur la sculpture

L’influence de Nicolas de Leyde renouvelle la production sculptée sur plusieurs générations, de même que sur les centres secondaires de la région du Rhin supérieur. le succès de la formule du buste accoudé chez les artistes tels que Nicolas de Hagenau ou Veit Wagner témoigne de cet ascendant.

À Vienne et en Europe centrale, plusieurs sculpteurs œuvrent dans son sillage en particulier son successeur Hans Kamensetzer, actif à Strasbourg puis à Vienne.

Nicolas de Leyde, Buste d’homme accoudé (détail), Strasbourg, 1463 ( ?). Grès rose.
Nicolas de Leyde, Buste d’homme accoudé (détail), Strasbourg, 1463 ( ?). Grès rose.
Strasbourg, Musée de l’Œuvre Notre Dame. Photo : M. Bertola

En savoir plus :

Roland Recht de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

- Visitez le site du musée de l’Oeuvre Notre-Dame à Strasbourg

- Visitez le site de Roland Recht






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