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Danièle Sallenave, de l’Académie française, reçue sous la Coupole

Retransmission intégrale de la cérémonie du 29 mars 2012, son éloge de Maurice Druon et le discours de Dominique Fernandez
Le 29 mars 2012, Danièle Sallenave, écrivain, traductrice, chroniqueur de radio, élue à l’Académie française le 7 avril 2011, a été reçue sous la Coupole de l’Institut de France. Elle a, selon l’usage prononcé l’éloge de son prédécesseur, Maurice Druon (décédé en 2009). Son confrère Dominique Fernandez, de l’Académie française a prononcé en réponse, un discours présentant l’œuvre et le parcours de la nouvelle élue, devant ses confrères et de nombreux invités. Canal Académie vous propose d’entendre la retransmission de cette séance solennelle.


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Référence : COU585
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/cou585.mp3
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Date de mise en ligne : 29 mars 2012

Sur ce 30 ème fauteuil dont elle sera désormais le 16 ème titulaire, Danièle Sallenave a commencé, dans son discours sous la Coupole, par évoquer le tout premier titulaire, Honorat de Bueil, seigneur de Racan, doux rêveur, ce poète, à qui Boileau trouvait du génie, et qui était malheureusement affligé d’un fort bégaiement, et ne parvint jamais à dire correctement son nom. Par bonheur il n’eut pas à prononcer de remerciement lors de sa réception à l’Académie : l’usage n’en fut établi que lors du premier renouvellement. Puis elle a ajouté : "En me faisant entrer sous l’or et la majesté de la Coupole, vous faites entrer avec moi la petite salle de classe où j’ai passé mes premières années, le village des bords de Loire où mes parents enseignèrent au milieu du siècle dernier, et avec eux la longue lignée, dont je suis fille et petite-fille, de ces instituteurs qui avaient l’amour du savoir, de la transmission et surtout l’amour d’une langue, la langue française. Je crois d’ailleurs reconnaître mes parents dans le portrait que fait mon prédécesseur, Maurice Druon, de son instituteur normand au premier volume de ses Mémoires : « Il avait trente ou quarante enfants à instruire, répartis en trois cours, et s’en arrangeait bien, passant des uns aux autres sans laisser de temps mort, faisant épeler les petits tandis que les grands résolvaient un problème d’arithmétique. […] L’hiver, il rechargeait de temps en temps, avec des bûchettes, le gros poêle de fonte. » Ce lien invisible et puissant qui, aux deux bouts d’une longue chaîne, relie la prestigieuse Académie à une modeste école de village, permettez-moi d’y voir un des traits constitutifs d’une nation qui a toujours confié à sa langue le soin de sa grandeur".

Danièle Sallenave, de l'Académie française
Danièle Sallenave, de l’Académie française
Copyright Clément Moutiez

Quelques mots, encore, sur les usages, quelques figures à évoquer, et le moment essentiel de son discours arrive : "Mais je sens bien que je ne me suis déjà que trop attardée : Maurice Druon n’était pas quelqu’un qu’on fait attendre".

De Maurice Druon, elle soulignera les nombreuses occasions qu’il eut, dans sa vie, de "naître et de renaître", dès l’enfance quand une grave maladie le foudroie. Et elle précise : "Tous les enfants ne naissent pas dans les mêmes conditions. À sa naissance, les siennes sont les plus mauvaises qui soient. Il se retrouve muni de plusieurs prénoms « Maurice Samuel Roger Charles », mais d’aucun nom légitime. Au fond, ç’aurait peut-être été mieux pour tout le monde qu’il ne naisse pas… Pour sa mère, Léonilla, comédienne mariée, séparée de son mari, pour son père surtout, Lazare Kessel, qu’on surnomme « Lola », le jeune frère de Joseph Kessel. Lauréat du premier prix du Conservatoire, pensionnaire de la Comédie-Française, Lazare Kessel se suicidera par balle le 27 août 1920 à l’âge de 21 ans. Sans avoir reconnu son enfant. Maurice Druon naît donc enfin, et vraiment, car naître c’est avoir un nom, lorsque sept ans plus tard sa mère épouse René Druon de Reynac. René Druon lui donne son nom et l’élève. C’est une naissance romaine, qui nous vaut de belles pages sur l’adoption, et un éloge de l’homme autant que de son geste... »

Après avoir évoqué ses origines familiales et les années d’enfance et de jeunesse, puis les années du Front Populaire, elle en arrive à l’année 1938 : "...Les accords de Munich sont signés le 30. Fin de sa jeunesse, fin d’un monde. Il est prêt à combattre, la France ne l’est pas. Le Front populaire et sa « victoire » ont traumatisé la bourgeoisie qui s’accommode mieux du péril brun que du péril rouge. Renvoyé à sa rage solitaire et impatiente, Maurice Druon ne songe qu’à vivre sa vie de jeune écrivain classique, plus que jamais ennemi d’André Breton, ce « fils de gendarme » : c’est ainsi qu’Aragon, qui fut son ami, et le mien, le nommait, je m’en souviens encore"...

Danièle Sallenave, de l'Académie française et Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie française
Danièle Sallenave, de l’Académie française et Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française
Copyright Clément Moutiez

Autour de Joseph Kessel

Puis c’est l’année 39 : "En 1939, Joseph Kessel, « le dionysiaque héracléen », enfin s’intéresse à lui. « Je lui procurais le sentiment d’avoir une descendance. » Autour de Jeff gravitent des personnages marqués par une vie forte, aventureuse. Les as de l’Aéropostale, Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry et Henri Guillaumet. Il y a aussi Katia Gangardt, née « au nord de l’immense Russie », Germaine Sablon, sœur de Jean Sablon, des musiciens tziganes et des chanteuses de cabaret russe. « Tous ces personnages dressés dans ma mémoire comme au long d’une voie Appienne de l’étrangeté. » Gaston Gallimard, « rond, replet, gris et rose », ressemblait à un notaire de province. Ne pouvant partir en Espagne, il entreprend sa première pièce, Mégarée. On voit que les grandes figures de l’antiquité héroïque et mythologique ont précocément hanté l’imagination de Maurice Druon. Fin août, signature du pacte germano-soviétique, l’angoisse prend les Français à la gorge. Grâce à Jeff, il dîne avec Pierre Lazareff. Hitler prononce un discours. « Il ne se passera rien tant qu’il parle », dit Lazareff. Le discours fini, Hitler envahit la Pologne, l’état de guerre est proclamé. En quelques heures, le jeune Maurice a écrit un article que Jeff porte à Lazareff et qui est publié : « J’ai vingt ans et je pars. »

La drôle de guerre. Les Allemands dans Paris. Le choix -évident- de résister. La fuite vers le Portugal et enfin de Gaulle à Londres : "Rien d’exceptionnel pour lui, cependant, à Londres, à aucun moment il ne participe à des affaires difficiles, encore moins dangereuses. Aide de camp du général François d’Astier de la Vigerie, puis attaché au poste « Honneur et Patrie », il sera correspondant de guerre auprès des armées françaises jusqu’à la fin des hostilités".

C’est alors que le destin frappe son plus grand coup, dit Danièle Sallenave qui entreprend alors de raconter la naissance du fameux "Chant des Partians".

Lorsque la guerre est finie, c’est la publication de son ouvrage "Les Grandes familles" qui assurera définitivement la célébrité de Maurice Druon. L’écrivain Sallenave ne s’y trompe pas : "On ne peut relire sans être grandement impressionné cette peinture au vitriol des mœurs d’une société que Maurice Druon connaît bien, celle qui détient l’argent et le pouvoir". Puis "Les Rois maudits", ce "fragment de notre roman national" ainsi qu’elle le définit auquel le nom de Druon restera définitivement attaché dans toutes les mémoires.

Danièle Sallenave s’attache ensuite à décrire le combat politique de son prédécesseur (le 5 avril 1973, Maurice Druon est nommé ministre des Affaires culturelles, en remplacement de Jacques Duhamel. Il le restera jusqu’à la mort de Georges Pompidou en avril 1974.) et son combat pour la langue française lorsqu’il est élu à l’Académie : "Le 8 décembre 1966, Maurice Druon est élu à l’Académie française au 30e fauteuil, succédant ainsi à Georges Duhamel. Il a quarante-huit ans, il y restera quarante-trois ans, presque la moitié de sa vie, et il en sera le Secrétaire perpétuel de 1985 à 1999. " Nul plus que lui n’a pris ce combat à coeur, estime celle qui, à sa façon, s’engage aussi dans ce même combat.

Danièle Sallenave, de l'Académie française et Dominique Fernandez
Danièle Sallenave, de l’Académie française et Dominique Fernandez
Copyright Clément Moutiez

Poursuivez l’éloge de Maurice Druon par Danièle Sallenave en consultant l’intégralité du texte sur le site de l’Académie française, rubrique Actualités : http://www.academie-francaise.fr/actualites/index.html

- Canal Académie vous propose dans cette même retransmission d’entendre le discours de Dominique Fernandez sur Danièle Sallenave qui commence ainsi : " Madame, nous nous sommes connus dans un train. Nous avons parcouru ensemble, pendant trois semaines, 9 288 kilomètres, traversé l’Oural, la taïga et la steppe, relié l’Europe à l’Asie, franchi des fleuves larges de trois kilomètres, longé un lac long de huit cents kilomètres, nous arrêtant dans des gares en forme de palais russe, de château cosaque, de mosquée, de locomotive, sans nous douter que cette épopée ferroviaire, cette magnifique aventure du Transsibérien, aboutirait pour vous, Madame, à la plus prestigieuse de toutes les gares au monde, la Coupole que voici. Vous ne vous mettez pas, en rejoignant notre Compagnie, sur une voie de garage, vous entrez dans une gare où vous verrez se croiser les idées, les discussions, les disputes intellectuelles et linguistiques, dans un trafic incessant des choses de l’esprit"...

- Dominique Fernandez interviewé par Marianne Durand-Lacaze est venu parler de ce voyage par le transsibérien, sujet de son dernier ouvrage paru. L’émission sera diffusée très prochainement.

- Le texte du discours de Dominique Fernandez est disponible sur le site de l’Académie française à la rubrique Actualités. http://www.academie-francaise.fr/actualites/index.html

A écouter aussi avec Danièle Sallenave sur Canal Académie :
- L’essentiel avec... Danièle Sallenave, de l’Académie française
- Danièle Sallenave, "Sibir, Moscou-Vladivostock, mai-juin 2010" , carnet de voyage en terre sibérienne

Avec Maurice Druon :
- Senghor l’académicien par Maurice Druon, de l’Académie française
- Hommage à Jean Bernard par Maurice Druon, de l’Académie française

Sur Maurice Druon
- Mémoires de Maurice Druon, de l’Académie française : C’était ma guerre, ma France et ma douleur






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