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Chasseurs, promeneurs, cueilleurs : on peut se partager la nature en bonne intelligence !

Entretien avec Renaud Denoix de Saint Marc, de l’Académie des sciences morales et politiques
La question du partage harmonieux de l’espace entre les différents usagers de la nature (cueilleurs, promeneurs – à pied, à vélo ou motorisés- chasseurs, etc.), se pose depuis quelques années dans des termes nouveaux. Quels griefs réciproques, souvent infondés, les chasseurs et les autres usagers de la nature s’adressent-ils ? Quelles seraient les solutions ? Le juriste académicien Renaud Denoix de Saint Marc a examiné de près ces questions. Quant à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), établissement public tourné vers la chasse durable et la biodiversité, il mène sur le sujet, et depuis plusieurs années, une vraie réflexion, concrétisée sous formes de recommandations aux divers usagers.


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : Ecl749
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/ecl749.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 4 mars 2012

Membre du Conseil Constitutionnel, Renaud Denoix de Saint Marc, membre de l’Institut de France, répond à ces interrogations. Ce juriste a présidé le conseil d’administration de l’ONCFS de 1999 à 2004, il préside actuellement le Conseil d’orientation du domaine national de Chambord et le Club de la maison de la Chasse et de la Nature, à Paris.
Pour Renaud Denoix de Saint Marc, on distingue principalement trois motifs de tension entre chasseurs et non-chasseurs : la raréfaction des espaces disponibles en raison de l’augmentation de l’urbanisation, l’arrivée des « néo-ruraux » dans les campagnes françaises et la modification des modes de chasse.

Renaud Denoix de Saint Marc, de l’Académie des sciences morales et politiques
Renaud Denoix de Saint Marc, de l’Académie des sciences morales et politiques

La raréfaction des espaces disponibles

Elle est due au mitage des abords des villes et des villages. La construction en milieu rural est, parfois, un peu anarchique compte tenu du laxisme des premiers plans d’occupation des sols. Les effets de l’urbanisation s’accentuent et l’espace voué aux activités récréatives diminue, d’autant plus que les sports pratiqués au grand air se sont développés considérablement : marche à pied, jogging, équitation, cyclisme, moto-cross, quad, etc. Un espace toujours plus petit divisé en un nombre d’usagers toujours plus grand ne peut que provoquer des frictions.

L’arrivée des « néo-ruraux » dans les campagnes

Si le nombre d’agriculteurs ne cesse de baisser en France, de plus en plus de citadins éprouvent l’envie de s’installer à la campagne, pour des raisons économiques ou pour des besoins d’espace. Ces « rurbains » ou « néo-ruraux » ont parfois tendance à considérer que la nature leur appartient de facto alors que pour un juriste, l’idée même qu’elle appartienne à tous est juridiquement contestable.

La modification des modes de chasse

Le chasseur traditionnel, celui que les vignettes de la fin du XIXe siècle montraient accompagné de son chien d’arrêt ; celui qui se promenait dans les bois, les prés ou les vignes à la recherche d’un perdreau, d’une bécasse ou d’un lièvre et qui paraissait tout à fait inoffensif, tend à disparaître en raison de la raréfaction du petit gibier. Au contraire, les populations du grand gibier ont, elles, beaucoup augmenté, et la pratique des battues impose un nombre de participants plus élevé sur des compartiments de terrains plus larges. Il faut encadrer de grands territoires, notamment des territoires forestiers. Plus voyantes, plus bruyantes que les chasses traditionnelles, les battues de grand gibier sont celles que les autres usagers de la nature pointent prioritairement du doigt.

La chasse au grand gibier est pourtant indispensable. Le contrôle de populations grandissantes de cerfs, de chevreuils et de sangliers est d’intérêt général compte tenu des dégâts que ces dernières causent à l’agriculture et à la forêt, voire des accidents automobiles dues aux collisions avec la faune sauvage. Les médias rapportent régulièrement les cas de grand gibier surpris en zone péri-urbaine… Aussi, la puissance publique impose-elle aux chasseurs des plans de chasse à respecter, sachant que les propriétaires forestiers – l’État lui-même à travers l’administration des domaines, les collectivités territoriales comme les propriétaires privés- sont très attentifs au problème de l’augmentation des populations de grands animaux. Il faut ajouter que la chasse au grand gibier se pratique essentiellement le week-end, au moment ou citadins et ruraux aspirent légitimement à profiter eux aussi de la campagne. Durant la saison de chasse, le risque de télescopage des intérêts des différents utilisateurs de la nature se fait donc plus grand. Il convient d’ajouter que, depuis de nombreuses années, suite aux recommandations effectuées par l’ONCFS et la responsabilisation des chasseurs, le nombre d’accidents, accidents en soit toujours regrettables et qui sont souvent très médiatisés, ne cesse de baisser. La diffusion de bonnes pratiques de la chasse est un point dont les chasseurs eux-mêmes sont bien conscients.

Chasseurs – non chasseurs, des griefs réciproques

Les promeneurs ont une peur, largement irrationnelle, des chasseurs, et ceux-ci, se sentent parfois dérangés par la présence des promeneurs, bref, les différents usagers peuvent se gêner mutuellement. Les détonations des fusils, les véhicules 4/4, certaines tenues des chasseurs, parfois copiées sur les tenues militaires, peuvent surprendre. De leur côté, les passants non-chasseurs peuvent parfois perturber les actions de chasse : sécurité oblige. Pareillement, les usagers eux-mêmes, dans leur grande diversité, peuvent être une occasion de trouble les uns pour les autres. Ainsi, le bruit des motos va-t-il gêner les randonneurs ou ceux qui s’adonnent à la chasse photographique : ces amoureux- là de la nature cherchant à s’approcher au plus près des animaux. Ces mêmes engins à moteur vont aussi occasionner un dérangement pour la faune sauvage, voir abîmer des espaces sensibles, d’où l’existence d’une « police de la nature » et leur verbalisation par les agents de l’ONCFS.

Les remèdes pour le partage harmonieux de l’espace naturel

Tout d’abord, chacun doit connaître les limites de ses droits. On a parfois pensé à un « jour sans chasse ». Ce fut même une règle de droit pendant un certain temps. Mais cette règle a depuis semblé excessive par sa généralité. Dire que dans toute la France, « on ne va pas chasser un jour par semaine pour assurer la paix dans la nature et que les gens puissent se promener » correspond-t-il à la diversité des campagnes françaises ? Interdire l’exercice de la chasse, par exemple sur le plateau de Mille-Vaches, ou au cœur de la forêt landaise, a-t-il un sens ?

L’ONCFS et le permis de chasser

L’ONCFS s’occupe de former les futurs chasseurs et fait passer un examen théorique et pratique préalable à la délivrance du permis de chasser. Cet examen fait prendre conscience des dangers liés au maniement d’une arme, il répand les bonnes pratiques de la chasse et insiste sur la responsabilité de l’acte de chasse qui doit être un acte réfléchi dans son principe comme dans sa modalité d’exécution. Avec l’ONCFS, les fédérations départementales et la Fédération nationale des chasseurs, on s’est tourné depuis des années vers une chasse responsable, soucieuse d’un partage équitable des territoires et d’une pratique de la chasse en accord avec des règles de sécurité de mieux en mieux intégrées.



- Cette émission est coproduite par Canal Académie et l’ONCFS à l’occasion du quarantième anniversaire de l’Etablissement public.

- Visitez le site de l’ONCFS

- Écoutez le premier CD enregistré par les sonneurs de l’ONCFS :

Particularité culturelle française indiscutable, la trompe de chasse bénéficie d’une image prestigieuse qui dépasse les seules frontières cynégétiques et rayonne à travers l’ensemble du patrimoine national. En 1985, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) créait sa propre formation de sonneurs, rejoignant ainsi la Garde Républicaine et l’Office National des Forêts, seules institutions à posséder une formation de sonneurs.

Constitué d’agents de l’établissement en poste dans les services déconcentrés, le groupe des Sonneurs de l’ONCFS est régulièrement associé aux cérémonies du monde cynégétique comme aux événements qui rythment la vie de l’établissement public. A l’occasion du quarantième anniversaire de l’ONCFS, Jean-Pierre Poly, Directeur général, a proposé aux sonneurs de réaliser leur premier enregistrement. Le résultat, un répertoire musical riche et varié, composé de quarante-quatre fanfares, intitulé : Les échos de la chasse et de la faune sauvage.

Pièces traditionnelles et inédites se succèdent tout au long de ce disque, qu’il s’agisse d’airs de chasse ou de fantaisie. Un bel hommage rendu à la trompe de vénerie par des sonneurs passionnés, destiné aux connaisseurs comme aux amateurs.

« Les échos de la chasse et de la faune sauvage »
CD de 44 fanfares (15 € + 2,50 € de port).
Commandez en ligne sur www.oncfs.gouv.fr

Pour en savoir plus :

- Renaud Denoix de Saint Marc, membre de l’Académie des sciences morales et politiques

- Lire le texte de son discours sur le Courage et l’homme d’Etat

- Ecouter sa communication à l’Académie : Les animaux ont-ils des droits ? par Renaud Denoix de Saint-Marc

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