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Polyphonies de Paul Klee : peinture et musique au diapason

Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts, a vu l’exposition à la Cité de la Musique à Paris
Quelles étaient les méthodes de création de Paul Klee ? Et pourquoi l’artiste a-t-il choisi le mot "polyphonies" pour les exprimer ? Klee que l’on connait comme peintre était également un musicien hors pair. A découvrir grâce à Jacques-Louis Binet qui a vu pour nous l’exposition que la Cité de la Musique à Paris consacre à l’artiste jusqu’au 15 janvier 2012.


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J’ai déjà consacré une émission à Paul Klee, mais dans un cadre tout à fait différent, celui de L’œuvre ultime, à propos de l’exposition de la collection Ernst Beyeler, à l’Orangerie en 2010, et en préparation de La Journée du Livre de l’Académie nationales de médecine du 16 septembre 2011.
L’approche du musée de la cité de la musique est autre : ce ne sont plus les dernières œuvres de Klee et sa lutte contre la sclérodermie qui sont en cause, mais son inspiration, sa méthode de création qui sont évoquées dans cette remarquable exposition.

<i>Paul Klee Jugendl</i>. S.Portrait, 1910 [Autoportrait juvénile] Plume et pinceau sur papier sur carton, 17,5 x 15,9 cm
Paul Klee Jugendl. S.Portrait, 1910 [Autoportrait juvénile] Plume et pinceau sur papier sur carton, 17,5 x 15,9 cm
Berne, Zentrum Paul Klee, donation Livia Klee. © Berne, Zentrum Paul Klee (Peter Lauri, Berne / ABMT, Universität Basel)

POLYPHONIES ?

Le mot a été choisi par Klee lui-même, véritable musicien par ses relations personnelles (fils d’un professeur de musique et d’une cantatrice, ayant épousé une pianiste) et ses qualités professionnelles (il a joué dans plusieurs orchestres, mais aussi beaucoup publié sur ce sujet). Il convient bien à son œuvre, si on lui donne une extension métaphorique mais c’est une collection de livres qui serait nécessaire pour le traiter. Klee écrit beaucoup, mais publie peu.
Michael Baumgartner en a fait la synthèse pour l’exposition de Bruxelles en 2008 : Contribution à la théorie de la forme picturale (1921-1922) au Bauhaus de Weimar, Esquisses pédagogiques à Dassau en 1925, Recherches exactes dans le domaine de l’art en 1928. La théorie de la composition picturale, comportant 3000 feuillets, qui traite en détail du rythme, ne verra jamais le jour. Y figurent, dans les chapitres « Articulations », une charpente à trois membres reposant sur une microstructure formée par quatre grilles colorées symbolisant, pour Paul Klee, la structure d’une configuration polyphonique.
Un lecteur les a lus pour les confronter à ses compositions musicales, Pierre Boulez, et les a rapportés dans La Leçon de Paul Klee. Pour saisir la musicalité de la peinture de Paul Klee, Marcelle Lista, commissaire de l’exposition, a choisi une autre approche : le déroulement historique.

Anonyme, Quintette avec Paul Klee au violon, à droite, à l'École d'art
Anonyme, Quintette avec Paul Klee au violon, à droite, à l’École d’art
Heinrich Knirr, Munich, 1900 Zentrum Paul Klee, Berne

1898-1910, Musique ou peinture ?

Les débuts dans la musique ont été rapides et brillants : violoniste officieux dans l’orchestre de la Société musicale de Berne, il joue souvent en duo avec sa femme, Lily Stumpf, puis fonde un quatuor amateur pour interpréter Bach, Mozart, Beethoven et Brahms. Rédacteur musical de 1903 à 1906 dans un journal de Berne, il peut écrire en 1902 « Il n’y a guère qu’en musique que je n’aie jamais connu d’hésitations. » L’entrée dans le monde de la peinture allemande fut plus rude...
Installé à Munich en 1898, il rentre à l’Académie en 1900, ne parvient pas à publier ses caricatures- dessins et gravures à l’eau forte, dans un style inspiré par Dürer et Daumier crée une série Inventions (Autoportrait, La pianiste en détresse, Le Concert de partis).

1911-1915 Munich, Paris : Expressionisme et couleur

A l’automne 1910, il rencontre Kandinsky et le groupe Blaue Reiter (Franz Marc, Alexei Jawlensky)et découvre la musique atonale de Schönberg. Il visite de l’atelier Delaunay en avril 1912, la série des Fenêtres, et le mouvement de la couleur, par couleur (« passer du cercle à l’échiquier »). Au printemps 1914, Paul Klee voyage en Tunisie et résumera l’intensité de ce voyage dans cette phrase : « La couleur et moi sommes un : je suis peintre »

Robert Delaunay <i>Les Fenêtres</i>, 1912
Robert Delaunay Les Fenêtres, 1912
<i>Paul Klee Blick zum Hafen von Hamamet</i>, 1914 [Vue sur le port d’Hammamet] Aquarelle sur papier, 21,5 x 27 cm
Paul Klee Blick zum Hafen von Hamamet, 1914 [Vue sur le port d’Hammamet] Aquarelle sur papier, 21,5 x 27 cm
Suisse, Collection particulière. © Berne, Zentrum Paul Klee (Peter Lauri, Berne / ABMT, Universität Basel)

1916-1920, un point originel de la création

Franz Marc, l’un des principaux représentants de l’expressionnisme allemand meurt en 1916. Paul Klee est alors mobilisé. Il fera aussi la rencontre de Tristan Tzara, Arp, Sophie Taeuber, le groupe Dada au Cabaret Voltaire de Zurich et lors de l’exposition commune en 1917.

A la recherche d’« un point reculé originel de la création », Paul Klee s’emploie à utiliser des nouvelles textures avec par exemple, le gel d’amidon, mais également des nouvelles techniques de collage, nouvelle iconographie (paysages), poèmes en couleurs, détournement de la notation musicale. Ainsi il cherche à « remonter du modèle à la matrice ».

1921-1929, Weimar, Dessau : Musique et théâtre au Bauhaus

« La musique passe au premier plan des investigations théoriques » disait l’artiste et cela s’exprime parfaitement par l’aquarelle, comme La Fugue en rouge (1921), qui grâce à sa construction « fuguée » permet de faire apparaître la vibration et de densifier l’opacité de l’huile pour que la profondeur soit insinuée dans les tons mats, par la proximité ou la distance entre les tons, c’est-à-dire rechercher une forme de composition vraiment musicale où la couleur conduit la forme, comme par exemple, dans Les échiquiers, Architecture (1923), Harmonie de quadrilatères en rouge, jaune, bleu, blanc et noir, (1923) et Rythmes d’une plantation (1925).

Paul Klee <i>Fuge in Rot</i>, 1921 [Fugue en rouge] Aquarelle et crayon sur papier sur carton, 24,4 x 31,5 cm
Paul Klee Fuge in Rot, 1921 [Fugue en rouge] Aquarelle et crayon sur papier sur carton, 24,4 x 31,5 cm
Suisse, collection privée, en dépôt au Zentrum Paul Klee, Berne. © Berne, Zentrum Paul Klee (Peter Lauri, Berne / ABMT, Universität Basel

1930-1937, Recherches exactes dans le domaine de l’art

Entre 1930-1937 se sont des années difficiles pour Paul Klee. En 1930, il quitte le Bauhaus pour l’Académie de Düsseldorf, dont il sera renvoyé peu après l’accès d’Hitler au pouvoir. Il s’exile alors à Berne en 1933 et commencera à ressentir les premier symptômes de la sclérodermie dès 1935, ce qui l’empêche alors de pratiquer le violon, mais, s’appuyant sur ses écrits théoriques, sur son mode de construction musicale, il est capable de créer, sans doute le meilleur avec plusieurs rythmes, « Transversal », comme pour Pastorale (c’est le titre de cette huile de 1927), c’est-à-dire un rythme dessiné et à suivre comme une page de livre, de gauche à droite, et de haut en bas, et pour chaque ligne correspond un thème, qui sera repris plus bas, pour finir à peine audible.

Paul Klee,  <i>Rhyth-misches</i>, 1930 [En Rythme] Huile sur toile de jute ; cadre original, 69,6 x 50,5 cm
Paul Klee, Rhyth-misches, 1930 [En Rythme] Huile sur toile de jute ; cadre original, 69,6 x 50,5 cm
Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, achat en 1984 © Paris, Musée national d’art moderne – Centre Georges Pompidou, Collection Centre Pompidou, Dist. RMN / Bertrand Prévost

Il utilise aussi et toujours l’encadrement de l’échiquier (mais maintenant avec une bordure plus souple (« vagabonde ») comme on peut le constater dans le tableau(En Rythme (1930) où il suit une direction géométrique comme le faux labyrinthe de Polyphoniquement serti(1930), ou bien il se rapproche de la perspective avec Monument dans la contrée (1929), ou bien encore il dessine des triangles( Pyramide (1930), des images issues de formules mathématiques (Groupe polyphonique dynamique(1931), et choisit une écriture pointilliste pour Ad Parnassum (1932), Par une fenêtre, (1932), La lumière et les Arêtes (1935), où chaque note, chaque touche, chaque point prend une forme et parfois une couleur différente, qui se voient encadrées par une autre voix, celle d’une géométrie triangulaire ou rectangulaire.

1933-1940, une musique "sans auditeurs", les oeuvres ultimes

Klee ne peut plus jouer du violon, ni aller au concert, mais reprenant ce que lui écrivait, avant d’être tué en 1915, son ami, Franz Martz, à propos de Bach,« qui, au fond, n’a pas besoin d’auditeurs », sa musique reste dominante avec la rencontre de la cerne noire, de la couleur et de la musique sur Le Timbalier(1940), ou la symbiose du dessin, du musicien t de l’instrument dans les Forces du timbalier et la série Eidola ( ex.Harpiste, ex Pianiste).

Paul Klee <i>Paukenspieler</i>, 1940 [Timbalier] Couleur à la colle sur papier sur carton, 34,6 x 21,2 cm
Paul Klee Paukenspieler, 1940 [Timbalier] Couleur à la colle sur papier sur carton, 34,6 x 21,2 cm
Berne, Zentrum Paul Klee. © Berne, Zentrum Paul Klee (Peter Lauri, Berne / ABMT, Universität Basel)
Paul Klee, <i>Steinbruch</i>, 1915 <i>Carrière</i>
Paul Klee, Steinbruch, 1915 Carrière

Jacques-Louis Binet


Exposition Paul Klee, Polyphonies
Jusqu’au 15 janvier 2012
Cité de la musique
221, avenue Jean-Jaurès
75019 Paris


En savoir plus :

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