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Jean d’Ormesson : "J’ai de grandes réserves sur Napoléon empereur, mais j’admire beaucoup Bonaparte consul".
L’académicien présente son livre "La conversation", invité par Jacques Paugam
Jean d’Ormesson, de l’Académie française, nous fait découvrir, dans son nouveau livre, les conversations que tenaient Napoléon Bonaparte et Jean-Jacques Régis Cambacérès, le deuxième Consul, à la veille de l’avènement du Premier Empire. Le lecteur est alors transporté en cet hiver 1803-1804, aux Tuileries et entre dans les confidences de l’Histoire...
En cet hiver 1803-1804, Bonaparte considère que son régime est fragile et pourtant le bilan du Consulat est déjà plus que remarquable. Jean d'Ormesson le confirme d'emblée : "Le bilan est en effet remarquable, il faut dire que la situation que Bonaparte a trouvé les 18 et 19 brumaire était catastrophique. La France était vraiment dans un état lamentable. Après 10 ans de troubles et 3 ans de révolution violente, le 9 Thermidor avait mis fin à la dictature du Comité de Salut public mais ce qui était venu après était, selon la formule d’un historien, un sorte de tyrannie haletante. Plus rien ne fonctionne, la monnaie a perdu à peu près 90% de sa valeur, la rente est tombée à presque rien, les ports sont fermés, Marseille et Bordeaux ne fonctionnent plus, l’industrie est morte, les forêts sont ravagées, la sécurité n’existe plus, vous ne pouvez pas aller de Paris à Marseille, il faut acheter des laissez[asser à des bandes. Et donc en un an ou deux, Bonaparte rend confiance et espérance aux Français. Il ne viole à aucun moment le peuple français. Le peuple français l’adore, le vénère ! Il y a trois référendums qui se succèdent, l’un pour le consulat, l’autre pour le consulat à vie avec droit de choisir son successeur, c’est quand même inouï ! Et un troisième pour l’institution de l’empire. A chaque fois, c’est trois millions et demi de voix contre quelques milliers. En Vendée, Bonaparte obtient 17000 voix, contre quelques centaines. A droite et à gauche pour des motifs opposés, les Français adulent Bonaparte".
C'est amusant de mettre en face de Bonaparte, Cambacérès...
"Bonaparte est un grand capitaine, il est l’égal d’Alexandre le Grand, de César, de Charlemagne, d’Hannibal. A mon sens il est même un peu plus qu’eux parce que presque tous les autres sont des héritiers. Bonaparte, lui, s’est fait lui-même. Mais en dehors de ce stratège de génie, il a l’usage des mots qui est extraordinaire : c’est un grand lecteur, il lit tout ce qu’il trouve. Quand il part pour Égypte il emporte quarante caisses de livres et des livres qu’il va lire, non pas pour meubler des bibliothèques. Il a une mémoire stupéfiante. Dans l’Empire en 1808 ou 1809, il y a une discussion sur un point de droit et il récite un passage des dix gestes justiniens. On lui demande : "mais vous avez lu(...)
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