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L’essentiel avec... : Catherine Bréchignac

Le Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences confie à Jacques Paugam quelques moments essentiels de sa vie
Le Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, Catherine Bréchignac, physicienne de formation, se confie au travers de 7 questions posées par Jacques Paugam, sur l’essentiel de sa carrière et de ce qu’elle a à dire sur la société contemporaine.


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : HAB657
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/hab657.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida7722-L-essentiel-avec-Catherine-Brechignac.html
Date de mise en ligne : 2 octobre 2011

Catherine Bréchignac s’est fait un nom dans la communauté scientifique internationale grâce en particulier à ses travaux sur la physique des agrégats. Elle a été de 1997 à 2000 directeur général du CNRS avant d’en être de 2006 à 2010 la présidente. Elle fut également présidente du Haut Conseil des biotechnologies et en octobre 2011 s’achève son mandat de présidente de l’International Council for Science, mandat commencé en 2008. Elue à l’Académie des sciences le 29 Novembre 2005, elle en est devenue Secrétaire perpétuel le 22 juin 2010.

1- Dans votre itinéraire professionnel, dans votre carrière, quel a été d’après vous le moment essentiel ?_
Lorsque j’entends le mot « Essentiel » je pense au Petit Prince de St Exupéry lorsqu’il converse avec le renard qui lui dit : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Et il ajoute : « C’est le temps que tu as perdu avec ta rose qui fait ta rose si importante ». Alors pour moi il n y a pas un moment essentiel mais il y a du temps que j’ai passé, des jours et des nuits, à faire de la recherche, à chercher un signal pour essayer de comprendre des théorie, pour essayer de voir s’il existait une vérité scientifique dans un domaine très restreint qui était le mien. Et c’est ce temps que j’ai passé qui rend la recherche importante et presque essentielle à mes yeux. Ce temps passé m’a permis d’avoir une certaine maîtrise de mon impatience et de savoir jouer avec le temps. Il ne faut pas aller contre le temps mais avec lui. D’ailleurs dans mon livre N’ayons pas peur de la science , je fais l’éloge de l’ennui !

J.P. : Vous êtes physicienne mais vous vous intéressez beaucoup aux autres disciplines, entre autres à la chimie, vous suivez de très près l’année internationale de la chimie.
De toutes façons, pour les Français, je suis physicienne mais je suis pratiquement chimiste pour les Américains ! J’ai enseigné aux Etats Unis et là-bas, je suis vraiment à l’interface entre la physique et la chimie car lorsque j’ai commencé la physique des agrégats -bien avant que le mot nano soit inventé-, je regardais aussi les propriétés de réactivité de ces agrégats et pas seulement leurs propriétés physiques. Je regardais toute la panoplie de propriétés qu’avaient ces particules de quelques atomes à quelques centaines d’atomes. Donc je suis vraiment à l’interface entre la physique et la chimie. Je me sens presque chimiste de temps en temps[...].

Catherine Bréchignac, Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences
Catherine Bréchignac, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences
© Canal académie

2- Qu’est ce qui vous paraît essentiel à dire sur ce que vous faites actuellement ? Je pense en premier lieu à votre activité de Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences.

- Ce qui est essentiel n’est pas dans mon activité mais dans mes domaines d’activité car je me repose d’une activité en en faisant une autre. C’est pour moi très important de pouvoir passer de l’une à l’autre. Car lorsque vous êtes confronté à un problème, une question ou parfois même à un mur difficile à surmonter, c’est très bien de pouvoir faire digression, de penser à autre chose et de revenir avec un autre regard. Dans mon labo je m’occupe actuellement d’un sujet qui me passionne, le vieillissement des nanostructures.[...]
Ensuite il y a le rôle à l’Académie. On voit souvent les Académies comme le lieu où se réunissent l’ensemble de nos confrères qui discutent, ce qui est juste. Mais il y a aussi tout le personnel de l’Académie, les personnes qui font un travail quotidien. Le Secrétaire perpétuel est des deux côtés, à la fois dans les séances académiques mais aussi dans les bureaux à s’occuper du personnel et faire en sorte que l’Académie fonctionne.[...]

- J.P. : Dans vos fonctions il y a la délégation à la communication. J’ai vu que vous commenciez fort. Il y a une collaboration avec Le Figaro qui s’instaure. Une page tous les mois sur les grands enjeux scientifiques et ça a commencé avec la question nucléaire et vous n’y allez pas de main morte. J’ai lu un article du Pr Edouard Brezin qui explique que nous aurions tort de ne pas tirer tout le parti possible des réacteurs de la 4ème génération. Vous êtes d’accord avec lui ?

C.B. : Oui tout à fait. Après Fukushima c’est le Président de l’Académie des sciences, Alain Carpentier, qui a eu une excellente idée, de mobiliser l’Académie pour réfléchir aux suites de ce que pouvait engendrer la catastrophe de Fukushima. D’ailleurs il n’ y eut aucun décès à cause du nucléaire, toutes les morts sont dûes au séisme. Il faut remettre les choses en ordre. Le danger du nucléaire existe et il ne faut surtout pas le négliger. Alain Carpentier a donc demandé à ce qu’il y ait trois groupes : un lié au séisme, un pour le nucléaire et un par rapport à la santé. Nous allons avoir une séance sur l’énergie et la 4ème génération, versus le solaire. Car la première énergie est l’énergie solaire. Sans soleil on ne serait rien. Deuxièmement on a besoin d’avoir de l’énergie et une énergie contrôlée. L’énergie du nucléaire est une de ces énergies contrôlées. L’énergie éolienne ? Ca fait bien longtemps qu’on a des moulins à vent. L’énergie hydraulique aussi, et l’énergie nucléaire est très récente, et c’est une énergie pour laquelle il faut continuer la recherche.

- J.B. :J’étais à l’académie des sciences le 11 janvier 2011, et dans votre discours, vous avez dit :« en faisant fructifier notre intelligence collective nous combattrons peut être ainsi la bêtise collective ». Sur quel grand sujet impliquant la science, avez-vous l’impression que se manifeste le plus cette bêtise collective ?

C.B. :Lorsque la science ne suit pas ses règles de rigueur. Lorsque l’on met de l’émotion dans le raisonnement. Automatiquement le mélange raison-émotion devient dangereux et entraîne la bêtise collective. Il est beaucoup plus facile de toucher les hommes par l’émotion que par la raison.


- J.B. : Seriez-vous favorable à ce que ces débats passionnants qui ont lieu à l’Académie des sciences puissent être généralisés à l’ensemble des académies de l’Institut de France ?

C.B. : C’est très bien que vous me posiez cette question car c’est justement ce que nous comptons faire avec l’auditorium de l’Institut qui est en cours. Nous avons choisi l’architecte, et fin 2012 nous devrions commencer les travaux. Deux ans plus tard, l’Institut sera doté d’un grand auditorium de 400 places qui permettra de faire des débats avec l’ensemble des Académies.
3- Quelle est l’idée essentielle que vous aimeriez faire passer concernant l’évolution du monde et de notre société ?
C.B. : Nous avons pris conscience que la planète était de taille finie. On connaît tous les recoins de la planète, elle devient un jardin. De plus la démographie, - 6 milliards d’individus contre 200 000 au moment de l’empire romain-, fait qu’il va falloir vivre de manière différente tous ensemble. C’est pour moi la question clef. Valery avait raison de dire au début du XX ème siècle : « le temps du monde fini commence ». J’ai utilisé une fois cette citation et on m’a rétorqué « mais le monde est fini ! » Non, je voulais dire de taille finie !

4- Pour vous quelle est la plus grande hypocrisie de notre temps ?
C.B. : Faire croire que l’on a une solution à tout et que le progrès est infini et que la vie meilleure est ailleurs.

5- Quel est l’évènement de ces dernières années, ou la tendance qui vous laisse le plus d’espoir ?
C.B. : Actuellement on voit sortir un très gros espoir dans les sciences de la vie. On marche en crabe avec la science. On a eu la physique qui a longtemps donné une compréhension et donc beaucoup d’espoir. La chimie, qui l’a fait de son temps avec Lavoisier. Maintenant c’est la connaissance des sciences de la vie. La médecine se penche sur la compréhension de la vie : qu’est ce que la vie ? qu’est ce que le vieillissement ? comment soigner ? comment mieux vivre ? Il y a des progrès considérables qui ont été fait récemment.

6- Quel a été le plus grand échec de votre vie ? Comment l’avez-vous surmonté ou tenté de le surmonter ?
C.B. : Juste après ma thèse, je suis partie enseigner en Afrique subsaharienne. Je suis partie avec toutes mes idées pour enseigner au plus haut niveau dans ces pays, la mécanique quantique. Au premier cours j’avais une vingtaine d’élèves devant moi. J’ai dû repenser le cours et le réécrire. Je voyais que petit à petit beaucoup décrochaient sauf un. Je me suis dit "ce n’est pas grave"et je me suis accrochée à cet élève. Je me suis dit "même s’il n’ y en a qu’un, c’est celui là qu’il faut sauver". Et à peine a-t-il eu fini les cours qu’il est parti au Canada. Ça m’a fait un choc. Qu’est ce qu’on peut faire pour transmettre la connaissance ? Moi, je suis rentrée en France ; lui, il a émigré. A l’Académie avec François Gros, on a monté un comité sur les pays en développement. Ma préconisation, c’est qu’il faut essayer de faire des choses ensemble même s’il faut démarrer de zéro.

J.B. : Oui mais s’il n’y a pas de perspectives de développement sur place ?

C.B. : Au niveau de la Méditerranée, il était question de mettre un synchrotron en Jordanie. Les pays d’Europe ont dit "qu’est ce qu’on va aller mettre de l’argent là bas ?" J’ai défendu becs et ongles le fait qu’il faut mettre la technologie sur place.

7- Aujourd’hui quelle est votre motivation essentielle dans la vie ?
C.B. : Le plaisir.

- J.B. : Là vous laissez la science de côté ?

C.B. : Pas nécessairement. Enfin en partie. Ce que j’aime c’est rencontrer des personnes nouvelles, échanger, voir des régions que je ne connais pas. Et aussi me réchauffer au soleil. C’est sans doute une perspective naïve du plaisir, une perspective basique. Mais c’est instinctif. J’ai sous les yeux le mot d’Edward Wilson : « Le scientifique qui réussit est celui qui pense comme un poète lors des rares moments d’inspiration et qui travaille le reste du temps comme un comptable. »

Pour en savoir plus

- Retrouvez les autres émissions de la série "L’essentiel avec...", présentée par Jacques Paugam.

- Consultez la fiche de Catherine Bréchignac sur le site de l’Académie des Sciences






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