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L’œuvre ultime de Raoul Dufy : les cargos noirs

Une série animée par Jacques-Louis Binet, correspondant de l’Académie des beaux-arts

Au soir de sa vie, le 7 mars 1953 à Forcalquier, Raoul Dufy peint une mer très sombre avec un gros paquebot noir surgissant d’un halo funèbre… symbole de la mort toute proche. Explications en compagnie de Jacques-Louis Binet, secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie de médecine et correspondant dans la section membres libres de l’Académie des beaux-arts.


« Pour une raison obscure, on a toujours voulu faire de Dufy un homme du plaisir » commence Jacques-Louis Binet. Car pour notre invité, si Raoul Dufy est certes un peintre qui n’aime pas le tragique, il demeure un artiste touché par une polyarthrite rhumatoïde invalidante avec laquelle il tente de vivre tant bien que mal. « Il a été un des premiers patients au monde traité par la cortisone. Le traitement en était à ses premiers essais. Cela ne l’a pas guéri, mais a prolongé sa vie dans des conditions acceptables. Il mourra cependant d’une hémorragie digestive, grande complication de la cortisone » rappelle Jacques-Louis Binet.

Raoul Dufy est très vite marqué par la couleur pure. « Il devient un seigneur de la couleur qu’il dépose en forme de bandes ; le plus souvent trois bandes verticales » précise-t-il.
A ses débuts, Dufy peint des paysages du sud, marqués par une certaine géométrie, puis se tourne petit à petit vers les mythes. Sa Grande baigneuse femme imposante prenant un bain sur une plage de Normandie deviendra dans le tableau suivant la déesse Amphitrite (petite fille de l'Océan) avec le port du Havre pour toile de fond. On remarque que déjà, les paquebots commencent à hanter les tableaux de Dufy.



En 1937, le peintre se lance dans une grande création : La fresque de la fée électricité, réalisée en quatre mois dans le cadre de l’exposition universelle. Il fait appel à une centaine de peintres pour l’aider, dont son frère Jean. Le résultat est édifiant : une fresque de 10 mètres de haut pour 6 mètres de largeur [[La fresque de Raoul Dufy est visible au Musée d’art moderne de la ville de Parisp[- représentant tous les âges de la connaissance, depuis l’homme préhistorique jusqu’aux savants contemporains. Les paysages sont dans les tonalités bleues et jaunes, couleurs de prédilection de l'artiste.



C’est à partir de cette année que les effets de la polyarthrite commencent à se faire ressentir, lui procurant des douleurs aux doigts. Mais il reste muet sur ses douleurs et poursuit son travail sans relâche. La couleur l’obsède. Il se fait constituer un médium pour(...)


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