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MOTS611
Le mauvais « gény » des mots
« Faut-il le dire ? » la chronique de Pierre Bénard
Que faire lorsque tout ce qui nous entoure, du journal du matin au menu du dîner, comporte des fautes d’orthographe ? Il faut s’en remettre à Pierre Bénard bien sûr ! Luttez contre ces erreurs insidieuses qui s’infiltrent dans votre quotidien avec cette nouvelle émission qui fustige, entre autres, cette manie de mettre des Y partout...
Dans un récit de Fermé la nuit intitulé « La nuit de Babylone » (et où il s’agit de Paris), Paul Morand met en scène une délicieuse Denyse (Denyse avec « y ») qui ne se contente pas d’enrichir d’un « y » son prénom, qui met des « y » partout. C’est ainsi qu’elle parle de la « Savoy » (v-o-y) et de la « Normandy » (d-y). « Souvenirs d’hôtels », commente ironiquement le narrateur, ladite Denyse ayant sans doute, dans une vie plutôt dissipée, fréquenté les hôtels de luxe où l’amenaient des liaisons fructueuses. Les noms flamboyants de ces établissements se sont ainsi gravés dans son esprit avec leur orthographe anglaise. Enfant, elle devait écrire correctement « Savoie » et « Normandie ». L’expérience de la vie l’en éloigna.
La prolifération de la forme anglaise des mots détermine de véritables ravages dans l’orthographe. Quiconque a éclusé des masses de copies d’examen connaît le fléau de la terminaison en « ic » se substituant à « i-q-u-e » et produisant, jusque dans les meilleurs devoirs, des « technic » (i-c), « unic » (i-c), « astronomic » (i-c), « métaphysic » (i-c), « economic » (i-c), « comic » (i-c). La liste remplirait un volume.
C’est le résultat, en grande partie, du prestige de l’anglais, qui ne date pas d’hier, dans les trouvailles du commerce et de la publicité. Mais la pratique habituelle de l’anglais peut jouer, notamment dans les professions où l’on a constamment sous les yeux des textes écrits dans cette langue. À la une d’un de nos principaux journaux, on lisait l’autre soir « objet » écrit « object » (c-t), et je veux croire que l’anglais « object » était à l’origine de la méprise.
Ici, il me tente fort de placer mon refrain sur l’insuffisante correction de la presse française, qui nous régale quotidiennement de bourdes et de pataquès. On rêve de voir revenir les temps point si lointains où les journaux se lisaient de la première page à la dernière sans qu’on eût une seule fois occasion de sourciller.
En vérité, on a quelque mérite, de nos jours, à conserver le sens de l’orthographe. Devant tant de fautes harcelantes, obsédantes, insistantes, triomphantes, ont est un peu comme saint Antoine qu’assiège la procession de ses(...)
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