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Quand les dictionnaires sont... sur les dents !

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost

Dans cette chronique de langue, Jean Pruvost se penche sur les dents. En effet petite souris et rat de bibliothèque ont toujours fait bon ménage, apportant au lexicologue les nombreuses anecdotes dont il nous fait part ici. Dévorez à pleines dents les dictionnaires et notamment celui de l’Académie française, qui, dans ses premières éditions, ne prenait pour exemple que des femmes pour le mot "édentée" ou encore "dentier"... mais il est vrai que ce dernier a changé de sens !


Le dentifrice a précédé le dentiste. Une telle affirmation mérite commentaire : on a peut-être déjà compris qu’il s’agit de la présence du mot « dentiste » dans un dictionnaire. Ainsi, en 1680, dans le Dictionnaire françois de Richelet, le premier dictionnaire monolingue – monolingue… nous voilà déjà au cœur du sujet : la bouche, la langue, les dents… – on ne trouvera que les mots « dent » et « denture », sans oublier l’« arracheur de dents » qui, en l’occurrence et peut-être symboliquement, n’a pas de définition et se trouve à la suite de l’article « arracheur ».

Si maintenant, dix ans plus tard en 1690, on se reporte au Dictionnaire universel de Furetière, ce sont deux mots bien installés qui entrent dans les colonnes du dictionnaire, « dentier » et « dentifrice », mais point encore de dentiste.
Quant à la première édition du Dictionnaire de l’Académie, livrée au public quatre ans plus tard, avec pour avantage certain sur les deux premiers dictionnaires cités celui de rassembler les mots par famille, elle offre, en pages 314 et 315 pour être précis, tout d’abord un article très documenté sur les dents, suivi d’autres articles, en l’occurrence « denté », « dentier », « bresche-dent » - alors orthographié avec un s - curedent, surdent, édenté, sans oublier les mots qui s’y rattachent par métaphore : « dentelle », « dentelure » et « trident ».

Une remarque, hélas, s’impose quant au principe habituel des dictionnaires du moment, qui fait attribuer aux femmes la plupart des défauts et misères… Encore qu’aujourd’hui cela nous permet de sourire.
C’est à Richelet d’ouvrir le feu, avec l’adjectif « édenté ». Quel est l’exemple choisi : « C’est une vieille édentée ». Furetière n’est pas en reste, il reprend exactement le même exemple, non sans préciser à propos du verbe « édenter », qu’« il y a des tyrans qui ont fait édenter les Martyrs, et des criminels ».
Du côté de l’Académie qui, souvenons-nous, reste jusqu’au XIXe siècle exclusivement masculine et donc sans critique interne possible, «(...)


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