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La mondialisation selon Michel Pébereau : une obligation !

Elle est indispensable mais avec de nouvelles conditions de coopération et de régulation
Michel Pébereau, président du Conseil d’administration de BNP Parisbas, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, a proposé, le lundi 27 juin 2011, une réflexion sur le thème de la mondialisation et sur les nécessités et contraintes qu’elle engendre. Réfléchissant aussi à la place de la France, il se montre optimiste, mais insiste sur les conditions qui permettront de relever le défi.


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Référence : ES617
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Date de mise en ligne : 11 septembre 2011

Le texte ci-dessous proposé n’offre qu’un résumé des propos tenus par Michel Pébereau. Pour apprécier les explications et les nuances, il convient de lire l’intégralité du texte (sur le site www.asmp.fr).

L’académicien a commencé par préciser qu’il traite de la mondialisation économique et financière (globalisation en anglais) et par expliquer pourquoi celle-ci a été initiée après les deux guerres mondiales de façon à établir la paix, mais sur un schéma économique de coopération et de libéralisme, un choix qui n’était pas évident dans le contexte de l’époque.

"Je vais essayer de montrer que la poursuite de la mondialisation est aujourd’hui indispensable. Mais elle implique à mon avis la mise en place de régulations et de coordinations qui supposent de profonds changements dans le contenu et les formes de la coopération internationale. Et pour saisir les opportunités qu’elle va offrir, notre pays doit accélérer son adaptation aux contraintes qu’elle génère".

Le premier point qu’il développe porte donc sur le caractère indispensable de la mondialisation :
- Elle seule peut assurer croissance économique et progrès social, notamment pour les pays avancés, dont l’économie a été déstabilisée par la crise.
- Elle est de toute façon inévitable du fait des interdépendances qui se sont créées entre les nations et des modifications profondes que les progrès des technologies entraînent dans les conditions des échanges et dans les aspirations des peuples.

Il commence par évoquer quelques données incontournables de la science économique, se référant notamment à la démonstration faite par Adam Smith dès le XVIII e siècle, dès 1776, dans ses « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations" : Trois arguments étayent le raisonnement : l’échange international élargit le marché, donc la capacité de production, et le revenu ; il permet d’accroître la capacité d’épargne ; et il a l’avantage d’éliminer les activités nationales peu compétitives. Puis il fait référence à David Ricardo, en 1817 avec son principe des avantages comparatifs : chaque pays, démontre-t-il, a intérêt à se spécialiser dans la fabrication pour laquelle il a la plus grande supériorité relative, ou la moins grande infériorité, celle pour laquelle son « avantage comparatif » est le plus grand. Une spécialisation effectuée selon ce principe permet à l’échange d’améliorer la situation de chacune des parties et d’optimiser la production totale. Il revient à John Stuart Mill en 1848, de montrer que le prix qui optimise les échanges internationaux de produits est le prix de marché. Les recherches ultérieures vont approfondir l’explication de ces principes, et notamment montrer que les avantages comparatifs sont les conséquences de différences quantitatives et qualitatives des dotations en facteurs de production des différents pays.

Les pays qui ont adopté l’économie de marché ont vu leur croissance grandir tandis que les autres l’ont vue s’étioler. Dès son premier sommet à Washington en décembre 2008, le Groupe des Vingt a appelé à la poursuite de la mondialisation, conscient qu’il était que toute interruption du processus susciterait, ici ou là, des tentations protectionnistes et des risques de conflits commerciaux dommageables pour la croissance de l’économie mondiale.

Un autre fait sur lequel Michel Pébereau insiste est celui de l’interdépendances des nations sur le plan économique et financier. Les échanges extérieurs, qui occupent une place centrale dans les pays avancés et les pays émergents, ne peuvent pas disparaître sans laisser de séquelles. « La situation de dépendance des échanges internationaux est plus marquée encore pour les pays dont la consommation et les investissements sont très largement assurés par leurs importations : l’Europe en particulier, dont l’économie est très dépendante des échanges extérieurs. » Ces interdépendances ont pour point culminant l’essor des grandes sociétés multinationales qui agissent comme de réelles « communautés internationales ».
De plus, l’anéantissement de l’obstacle géographique grâce au progrès technique et aux nouvelles technologies de l’information permet de toucher d’autres marchés potentiels.

« La crise récente l’a bien montré : c’est à l’échelle de la planète que se posent de plus en plus souvent les problèmes. C’est donc à ce niveau qu’il faut mettre en place les coopérations et les régulations nécessaires. Mais les réponses institutionnelles sont difficiles à apporter et tardent de ce fait à intervenir, » poursuit Michel Pébereau, qui démontre que la consommation croissante de ressources physiquement limitées a besoin de ces coopérations et de ces régulations. Mais d’autres raisons s’ajoutent à celle-là ; comme la sécurité et le risque de certains déséquilibres dans les économies nationales et les échanges internationaux ou encore la gestion des ressources rares.

Les institutions internationales ? Elles ont une marge de manoeuvre limitée

Revenant sur le rôle des institutions de l’Organisation des Nations Unies, du FMI, de la Banque Mondiale, de l’Organisation Mondiale du Commerce et des institution spécialisées, Michel Pébereau explique la marge de maneuvre limitée dont elles souffrent. « Aussi les responsables des pays avancés et des grands pays ont-ils cherché des solutions pratiques : des concertations en cercle restreint et la recherche de consensus au sein du club constitué ou choisi pour ce faire ; puis la pression du club, via l’opinion publique, pour assurer la mise en œuvre des orientations arrêtées, tant par les pays membres du club que par les autres. La mission de réflexion et de concertation a été confiée dans certains cas à des organismes internationaux et qui avaient une autre vocation. Les périodes de crise ont conduit à la constitution de groupes de chefs d’Etat et de Gouvernement. » Après le détail des différentes initiaves portées par ces organismes, un constat apparaît : « il ne fait pas de doute qu’il faudra, tôt ou tard, que les pays, grands ou petits, acceptent dans un nombre croissant de domaines de transférer au niveau d’organisations internationales certaines compétences pour lesquelles la globalisation suppose un échelon mondial de régulation. Et c’est sans doute au G20 de montrer le chemin, et de donner l’exemple. »

La place de la France et le rôle de l’Europe

Dans la troisième partie de son discours, l’Académicien revient plus particulièrement sur la place de la France dans le processus de mondialisation. « La France va devoir accélérer et approfondir la construction européenne, et renforcer son potentiel de croissance et sa cohésion sociale », prévient-il. Pour s’armer face aux problèmes que la mondialisation ne va pas manquer de poser, la France pourra s’appuyer sur deux formidables atouts, à savoir l’Europe et la zone euro.« L’Europe a manifestement les moyens de renforcer et de développer sa construction, si elle en a la volonté politique. Et cet approfondissement est indispensable car il est probable qu’il faudra tôt ou tard à de nouveaux élargissements, notamment en raison des demandes d’adhésion des pays des Balkans. Le succès de la construction européenne est vital pour tous les Européens bien sûr. Mais il est aussi important pour le monde tout entier. Car les problèmes de transferts de souveraineté, que l’Europe doit traiter pour poursuivre sa construction, ne sont pas bien différents de ceux qui seraient nécessaires à la communauté internationale pour face aux besoins de régulation et de coopération que fait naître la mondialisation. L’Europe est en quelque sorte un modèle réduit de la Communauté internationale, un laboratoire. En trouvant une solution à chacun de ses problèmes, elle peut à nouveau servir de modèle au monde, et disposer ainsi de la stature nécessaire pour y défendre avec succès ses valeurs. »
Mais la France doit aussi compter sur elle-même, tout d’abord parce qu’elle possède des entreprises performantes et actives dans plusieurs secteurs d’activités, mais aussi parce que la France comme lieu de production jouit d’avantages comparatifs considérables en matière de compétitivité comme lieu de production. « Les entreprises trouvent en France l’un des états de droit les plus sûrs du monde : le droit de la propriété et le droit du contrat sont anciens et protecteurs ; et nos tribunaux ont une solide réputation d’équité et d’honnêteté. Notre pays offre en outre à ceux qui y vivent un dispositif des plus efficaces pour assurer la sécurité des personnes et des biens et les libertés individuelles. »
Bien sûr, elle souffre tout de même de plusieurs handicaps dont ceux des déficits publics et de la dette publique, auxquels, il faudra apporter des solutions pour « assurer la compétitivité de notre territoire national dans une perspective d’économie mondialisée ».

En conclusion, Michel Pébereau met en avant la culture de solidarité qui existe chez les Français, pour faire part de son optimisme quant à la place que devra occuper la France au sein de la mondialisation : « ses capacités d’adaptation et d’innovation lui donnent les moyens de saisir les multiples opportunités qu’elle fait naître. Dans les entreprises, les Français de tous niveaux ont démontré la capacité à s’adapter, à améliorer leur efficacité. Pourquoi refuseraient-ils, comme citoyens, les adaptations qui sont nécessaires à notre pays, pour tirer avantage de la mondialisation ? Face aux défis de l’avenir, il nous faut retrouver le secret de l’optimisme. L’optimisme qui permet d’entreprendre, de créer, d’avancer : de réussir. »

Retrouvez la chronique Science-Fiction par Michel Pébereau, de l’Académie des sciences morales et politiques.






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